CRÉOLES ET MÉTISSES
jointe à une rigueur de mœurs qui en fait les femmes les plus faciles a choquer qui soient au monde; toujours calmes, toujours maîtresses de leurs émotions, ce sont les wliite-livered, les femmes à foie blanc, selon le nom que leur donnent plaisamment les bouillantes Caroliniennes ou les ardentes Louisianaises.
Dans la vallée du Mississipi, les allures sont moins raides, plus débonnaires, les mœurs moins rigides; le caractère bon enfant ignore l'orgueil ; mais l'activité est la même, comme aussi la promptitude au gain et à la dépense. La Californienne joint à l'aisance et à la gaieté un réel entrain et une très grande liberté morale.
11 n'est pas rare de remarquer dans les rues de New-York des femmes qui ont tournure de Françaises : même type, même tournure, même vivacité.
Leur beauté, comme celle de la Parisienne, est due bien plus à l'animation des traits qu'à leur tinesse ou à leur régularité.
Cette beauté, l'Américaine la garde, le plus souvent, longtemps après la quarantaine; comme la Française, elle s'épaissit un peu avec l'âge. On peut la féliciter de n'avoir hérité de l'Anglaise ni les dents, ni les pieds, ni les mains, qui peuvent compter au premier rang de ses attraits.
Jeune lille ou femme, l'Américaine est une enfant gâtée qui doit à son
tempérament, ni sensuel, ni sentimental, de pouvoir jouir de libertés presque absolues. Ayant reçu une instruction des plus solides, connaissant tous les pièges qui pourraient lui être tendus, habile à dresser ceux dans lesquels viendra se faire pincer l'imprudent flirteur sur qui elle a jeté son dévolu, la jeune miss yankee est à la fois un des êtres les plus charmants, les plus troublants, les plus pervers et les plus honnêtes qui soient. A dix-huit ans, elle va, vient, voyage, court les théâtres, les bals, se fait accompagner, inviter à dîner, à souper même, par qui lui plaît. Chez elle, elle reçoit qui bon lui semble sans que ses parents s'en préoccupent. Elle peut compter, de la part de tout gentleman, sur un respect qui est fait de plus de politesse vraie et de moins de galanterie qu'en France. Dédaigneuse, en général, de l'élégant parfumé , cosmétique , . du diide, elle préfère à ces marionnettes pour tailleurs l'homme doué des qualités mâles d'intelligence, d'activité, de volonté, d'énergie qui font le business man, le gros gagneur 4'argent.
C'est qu'une fois mariée, elle sera une épouse exemplaire, mais une ménagère peu économe. La prodigalité est d'ailleurs le erand défaut — ou la grande vertu — de la nation. Il lui faut des toilettes d'un luxe effréné, des bijoux de haut prix. Élégante, pleine de chic, elle a de la grâce, de la distinction, mais pas de simplicité. Ce qui
A nglo-s^i.vonne i.i'A mériqiie.
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coûte cher lui agrée plus que ce qui est vraiment beau. On a pu dire avec raison que si, en France et en Angleterre, la femme prenait les intérêts de son mari, aux Etats-Unis elle prenait son capital.
L'Américaine apporte souvent à chercher le mariage d'argent une âpreté qui ne lui donne pas toujours le bonheur; ses erreurs ne peuvent s'excuser, comme celles des Françaises, ni par l'ignorance de la vie, ni par le despotisme familial. Heureusement les unions facilement conclues sont rompues sans trop de peine. En certains Etats, on divorce pour ainsi dire à volonté.
Le Palais de Justice de Chicago a pu mériter le nom de Divorces yyiill (moulin aux divorces^, et le dicton veut que, si les trains s'arrêtent vingt minutes à Indianopolis, c'est pour laisser aux époux mal assortis le temps de faire trancher, par l'épée de Themis, des liens qui faisaient leur malheur.
Allemandes de l'Amérique du Nord.
Dès le xvir siècle, répondant à l'appel que William Penn adressait « à tous les malheureux, à tous les opprimés », nombre de Rhénans, d'ha-
bitants de la Forêt-Koire et de la Bavière se rendirent comme « engagés », c'est-à-dire comme esclaves dans les colonies anglaises d'Amérique. Ce mouvement d'immigration prit au XIX" siècle des proportions considérables, et c'est par millions qu'il faut aujourd'hui compter les colons allemands établis sur le sol de l'Union.
Sauf sur les quelques points de l'IUinois, du Michigan ou de TOhio, où ils forment des groupes compacts, ils ont assez rapidement perdu leur nationalité pour se fondre dans la masse des maîtres du pays. La première génération garde les coutumes allemandes et célèbre les fêtes de la Mère-Patrie; mais peu à peu les descendants s'américanisent, oublient leur langue nationale et leur nom même qu'ils modifient ou traduisent en anglais.
Les quelques nationalistes d'Outre- Rhin qui saluaient déjà la naissance d'une Néo-Germania, au delà de l'Atlantique, en seront pour leurs rêves déçus.
L'émigration allemande, composée en grande partie d'agriculteurs, comprenait un nombre relativement élevé de temmes. Celles-ci, moins accessibles à l'action du milieu, ont plus que les hommes gardé le type germanique; elles se montrent également rebelles aux influences naturelles qui agissent sur les Allemands, comme sur les Yankees, pour rapprocher leur aspect physique de celui des races autochtones.
A Ile m a II Je Je i'Ohio.
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Hispano-Américaînes.
La population hispano-américaine du Nouveau-Monde s'est formée de tous les éléments divers, rouges, noirs et blancs, qui ont peuplé le pays. Il faudrait plusieurs pages pour don? er la liste des noms multiples dont on désigne les individus qu'ont produits les mélanges divers opé'és entre la race autochto::e, la race esclave importée et la race conquérante et dominatrice,
A la drtërence de TAmérique du Nord, où le blanc refoule 'quand il ne les extermine pas] le rouge et le noir, atin de .'avoir point à subir leurcontact, l'Amérique du Centre et celle du Sud voient ainsi se constituer une race nouvelle, intelligente, belle et fone, à laquelle semblent promises les plus hautes destinées. C'est surtout dans les régions andines que la fusion s'est opérée enire les Espagnols et les Indiens; elle semble presque achevée dans les régions les plus peuplées du Venezuela ei de la Colombie, en quelques parties du Pérou et du Chili, dans l'Uruguay et sur les rives de la Plata,
A Cuba, la disparition complète des primitifs habitants du pays a laissé pleine prépondérance à l'élément ibérique.
La grâce voluptueuse des Cubaines
est proverbiale, mais les traits de leur visage sont souvent peu dignes de la réputation de beauté à laquelle ont droit ces filles de Castillanes et d'Andalouses. Chez toutes, cependant, le corps est un chef-d'œuvre de proportions et de charme, les yeux grands et veloutés sont sans égaux, le sourire est idéal. Les défauts des traits s'oublient si bien que l'on peut dire qu'il n'est créole qui ne captive : il lui suffit d'un regard, d'un sourire, d'un tour de tête ou d'une ondulation d'épaules.
Leur adorable noncha ance se trahit dans tout ce qui émane d'elles, même dans leur parler, si lent, si doux, si paresseux qu'on ne sait s'il est ainsi fait « pour ne point fatiguer les lèvres qui causent ou pour fasciner les oreilles qui écoutent ». La Havanaise pousse à l'excès cette horreur du mouvement et de l'action. Avant quatre heures de l'après-midi, elle n'a point fait dix pas dans sa maison. Etendue en rond, comme une chatte, dans ce fauteuil à bascule que l'on appelle berceuse, ou couchée sur une natte, à peine vêtue, mais soigneusement coiffée, la tête ornée de fleurs, elle rêve... à quoi ? A tout ce qui ne lui procurera pas la moindre occupation. Le soir venu, luxueusement habillée, elle se blottit à nouveau dans sa berceuse et la fait traîner sur une fenêtre grillée, en forme de rotonde, qui lui sert de balcon. De là elle regarde circuler les passants, et. comme les salons sont au niveau
Femme cubaine,