‹ Traces de buddhisme en Norvége avant l'introduction du chritianisme;Chapitre 15 sur 21 · LES CELLULES DES PRÊTRES ET LES TEMPLES · texte numérisé non relu

LES CELLULES DES PRÊTRES ET LES TEMPLES

A chaque tôpe était attaché un vihara, espèce de couvent, où les prêtres ou officiants religieux demeuraient ou au moins séjournaient pendant la période de leur service. Si les topes étaient élevés dans le voisinage de quelque rocher, ce qui est le cas ordinaire en Afghanistan, on creusait les cellules clans le roc voisin. Un grand nombre de ces cellules se trouve encore dans ces endroits. Mais, quand on éleva les tôpes sur les plaines, on construisit pour les religieux des maisons, quelquefois si spacieuses, qu'elles pouvaient contenir des centaines de moines, comme par exemple le couvent, dit le Lohaprâsâda, que construisit le roi Duchagamani a Anuradjapura en Ceylan. On rapporte que ce couvent avait deux cent vingt-cinq pieds de longueur et autant de largeur et de hauteur, et était bâti sur seize cents piliers de granit, placés en carré. Ces piliers subsistent encore et servent a constater les dimensions de l'édifice qui y reposait jadis 2. Le Foe-koue-

1 Hiouèn Thsang, p. 128.

3 Lassen, Ind. Alterlh., II, p. 421. Les indigènes appellent ces ruines Lowa Maha Paga, selon le rapport de M. Chapmann dans le Journ. ofthe R. As. Soc, XIII, p. 1 64 et suiv. — M. Sirr, II, p. 293 et suiv., rapporte que ces piliers s'élèvent encore à une hauteur de onze pieds sur la terre.

kî el l'historien de Hiouèn Thsang parlent souvent de couvents contenant des milliers de religieux, et au Tihet et en Tartarie, où le buddhisme est encore professé et protégé par le gouvernement, il y a des couvents contenant, non-seulement des centaines, mais des milliers de religieux \

Si nous cherchons dans la Scandinavie des maisons d'une destination semblable, il sera difficile d'en constater l'existence, parce qu'elles doivent avoir été construites en bois et par conséquent détruites depuis des siècles2. Néanmoins nous trouvons des traces de maisons, dont la situation nous fait penser qu'elles étaient attachées a un monument sacré. L'Ous haug, dont nous avons fait mention plus haut (§ IV), est entouré d'un rang de pierres debout, et dans cette rangée il y a une ouverture au côté du nord, d'où un chemin pavé, large de dix pieds et long de cent pieds, conduit a quelques restes de fondements de deux petites maisons, chacune d'elles a un côté du chemin3. Il est clair que ces maisons ont été attachées de quelque manière au tertre, et probablement elles ont servi de demeure pour les religieux officiants, ou l'une d'elles peut avoir eu cette destination, tandis que l'autre a servi a déposer les images des dieux, dont la présence auprès des monuments doit avoir été aussi essentielle dans le Nord qu'en Asie, où il y a constamment, parmi les cavernes dont nous avons parlé, une caverne plus grande que les

1 M. Prinsep, dans son ouvrage intitulé : Tibet and Mongolia, parle d'un grand nombre de ces couvents.

2 L'histoire fait parfois mention de quelques temples en Norvège, dont la destination principale paraît avoir été de servir d'abri aux images des dieux, et, par conséquent, ils ne doivent pas avoir été très-grands. Si on osait tirer quelque conclusion des dimensions des temples buddhiques, ils doivent même avoir été, en effet, très-petits. M. Forbes (I, p. 215) remarque que, dans les ruines d'Anuradjapura, on voit autour de l'arbre sacré les restes de plusieurs petits temples (several small temples), et (vol. II, p. 109) il fait la remarque qu'on rencontre souvent à Ceylan des arbres sacrés plantés sur des élévations de deux ou trois terrasses, entourées de temples en miniature, bâtis en pierres brutes et n'ayant pas plus de deux pieds de haut, la petite coupole comprise.

3 Urda, ï, p. 101.

autres avec Le plafond taillé en forme de coupole et les parois fournies de niches, qui annoncent que des statues y avaient été placées. Et, d'autre part, on trouve encore souvent a côté du tôpe un petit temple avec des figures de Buddha l.

Je ne dois pas omettre de mentionner ici quelques cavernes creusées dans le roc en Norvège, cavernes dont la description peut faire supposer qu'elles on jadis servi de temples. M. l'évêque Neumann a donné, dans Y Urda, une série de descriptions des cavernes de roc qui sont situées dans le diocèse de Bergen2. 11 parle entre autres d'une caverne dans la paroisse de Haram, dont le plafond s'élève en forme de cône ou de cloche, et d'une autre dans la paroisse de Stranden, dont il dit : « Sur deux parois on voit de grandes niches, qui paraissent être taillées dans le roc, pour y placer peut-être les images des dieux qu'on trouva dignes d'adoration 3. »

Dans l'île de Seloë, diocèse de Bergen, il y a une caverne, dite la caverne de Sainte-Synneve, qui a tant de ressemblance avec les temples buddhiques, dans les rochers de Ceylan, que je ne puis pas me dispenser d'en donner la description qu'en fait M. Neumann4. Tout en haut du rocher au pied duquel se trouvent les ruines du couvent de Sainte-Synneve, on voit quelques grandes ouvertures horizontales qui conduisent

par des directions différentes dans l'intérieur La hauteur

décroît a mesure qu'on s'éloigne de l'entrée Devant cette

entrée il y a deux terrasses artificielles, longues de cinquante-six pieds et larges de quarante pieds, soutenues

1 Arîana antiqua, p. 58.

2 Urda, I, p. 201 et suiv.

5 Je me rappelle d'avoir, il y a longtemps, entendu un habitant des contrées septentrionales de la Norvège décrire une caverne, au milieu de laquelle il avait vu une pierre, dont peu de chose s'élevait sur le sol à cause d'une couche très-épaisse de fiente de mouton ; car, depuis des siècles, les moutons cherchent un abri dans ces cavernes contre l'intempérie de Fair. Cette pierre était arrondie au sommet, et on la considérait comme un ancien autel. C'était probablement un linga. (Voyez g 12.)

4 Urda, I, p. 215-217. "

par un mur haut de vingt-huit pieds. On monte vers l'entrée par un escalier de vingt-quatre degrés, bien taillés en pierres longues de quatre pieds et larges d'un pied. Cet escalier est presque recouvert du rocher qui s'avance au-dessus et qui forme ainsi une voûte, laquelle semble s'étendre a mesure qu'on monte. Près du degré supérieur il y a un mur, qui passe d'abord vers le sud, fait ensuite un angle et s'étend vers l'est jusqu'à la caverne, où on trouva le corps de sainte Synneve (d'après la légende). Ce mur paraît avoir atteint auparavant la voûte du rocher qui le domine; mais a présent la partie supérieure manque. M. Klïvwer, qui visita cette caverne quelques années avant M. Neumann et qui en a aussi donné une description, dit1 que la voûte a conservé quelques traces de peintures, et quelques petits clous de fer, qu'il suppose avoir servi a y suspendre des lampes.

Comparons a cette description celle que donne M. Sirr 2, des temples dans les rochers de Dambul, a Ceylan. il y a, dit-il, quatre temples arrangés dans une large caverne, en partie naturelle , sur le flanc méridional du rocher, et élevée de trois cent vingt pieds au-dessus de la plaine voisine... Un portique en pierre conduit ala plate-forme devant l'entrée des temples. L'intérieur est protégé par un mur, fourni de fenêtres et de portes, et couvert par le rocher qui domine le tout... On aboutit au plus grand de ces temples, qui porte le nom de Maha-Rajah- Vihara ou temple du Grand Roi, par un passage voûté, garni de statues en pierre aux deux côtés... La hauteur du plafond décroît a mesure qu'on s'éloigne de l'entrée... Tout l'intérieur, le plafond aussi bien que les parois, est peint avec les couleurs les plus riches et les plus brillantes. Au centre du plus grand et du plus petit de ces quatre temples il y a des dagobas (idoles en forme de linga); le premier a une hauteur de vingt-cinq pieds et atteint le plafond, et le dernier a une hauteur de onze pieds.

La comparaison des cavernes de Selloë et de Ceylan me pa-

1 Norske Minclesmxrker (monuments norvégiens^, p. 155. lJ Sirr, II, p. 302 et suiv.

raît conduire a la supposition, que la première a originairement eu une destination semblable a celle de la dernière, qu'elle a servi au culte des païens, et que les propagateurs de la foi chrétienne ont inventé la légende de sainte Synneve pour détruire la mémoire du culte païen et pour y substituer le culte de la sainte.

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