LES MANIS OU MONCEAUX ALLONGÉS
II existe en Scandinavie un grand nombre de monuments qui ont la même forme et les mêmes dimensions qu*un nombre très-considérable de monuments pareils en Tibet- M. Thomson donne de ces derniers la description suivante * : « A côte du chemin par lequel nous nous approchâmes de la ville (Leh, capitale du Ladack, province de Tibet), il y a une très-longue construction de Tespèce qu'on nomme Mani, longue de plus d un demi-mille (anglais). Elle consiste en deux murs parallèles, construits a la distance de douze a quinze pieds l'un de l'autre, et ayant une hauteur de près de six pieds. L'espace entre les mûrs est rempli de pierres et de terre, et le tout est recouvert d'une toiture penchant du milieu vers les deux côtés. Sur la toiture sont placées de grandes tablettes de pierre, couvertes chacune de lettres tibétaines, ou plus rarement d'un dessin grossier représentant un temple. On lit sur ces tablettes (je crois sans exception) la prière mystique des buddhistes de laquelle un mot a servi de nom a ces constructions remarquables et a ce qu'il parait inutiles. Le mani parait être un objet des plus importants appartenant à un village tibétain ; on en voit quelquefois même dans des régions désertes, d'où on peut conclure que le travail qui a été employé k leur construction doit avoir été immense, puisque quelques-uns des plus grands contiennent plusieurs millions de répétitions des mots : Om mani padmehom *. Dans les villages peu consi-
* Himalaya and Tibet, London, 1852, in-8, p. 185.
* Sur cette formule, voyez Nouv. Joum. asiat.f t. XV, p. 185 et sui?.;
DE BUDDUISME EN NORVÈGE Gl
déi*ables, elles ont souvent de petites dimensions, quelquefois vingt ou trente pieds seulement de longueur et trois pieds de hauteur. Les voyageurs ont souvent eu Toccasion d'observer que les Tibétains, lorsqu'ils arrivent auprès des manis, passent toujours à gauche atin que le monument soit a leur droite, convaincus qu'il est irrégulier et même dangereux d'agir autrement. Les personnes qui se rencontrent près de ces monuments passent par conséquent chacun de son côté. » En comparant les manis de Tibet avec les monuments semblables de la Norvège, on est frappé de rencontrer non-seulement la même forme, mais aussi les mêmes dimensions. De quarante pièces dont on lit des notices dans le journal YUrda, plus de la moitié a tout au juste la longueur, qui est ordinaire au Tibet, de douze k quinze pieds, et ceux dont la hauteur est indiquée sont hauts de trois a six pieds ^ Leur longueur est
Joum, asiat., IV* sér., t. IX, p. 46 et suiv.; Mém. de VAcad. de Saint- Pétersbourg, 1. 1, p. 112 et suiv. Ce sont probablement des dalles de la même sorte dont on se sert à Ceylan pour offrandes et dont M. Egerton (I, p. 75) s'exprime ainsi : « A slab of stone with what I lake to be an ancient Gingalese inscription. » •
* Urda, I, p. 135, 151, 152, 155; H, p. 13, 20, 25, 132, 151, 194. 201; III, •p. 41 et suiv.
Pour donner une idée d'un ancien cimetière de la Norvège, j'ai représenté n. 15, une partie d'une carte qui se trouve dans VUrda, II, pi. VIII, et qui a été dressée en 1838. C'est une partie de la côte de l'ile Karmôe, non loin de la ville de Stavanger. La longueur de la côte sur mou dessin est de 1200 k 1300 pieds, appartenant k la ferme d'Alvestad, paroisse de Skudesnœs, près de Boknesund (détroit de Bokne) . Nous voyons ici un assemblage des différents monuments dont nous avons parlé dans ce mémoire. Les lettres a, b, Cf d,e et /* indiquent des haugs ronds ; h, t, t et v, des tas longs ; k, des places pavées rondes ; g, s, deux places pavées triangulaires. Il serait très-intéressant de pouvoir comparer cette place sacrée du Nord avec une pareille du Nepaul ou du Tibet, ou de découvrir des réunions de monuments semblables. Lloyd et Gérard (II, p. 87 et 120) parlent de milliers de manis et de chostins et d'un grand nombre de tas de pierres sacrées. En Afghanistan, où l'attention de MM. Massou et Honigberger paraît avoir exclusivement été occupée par les tôpes, un observateur futur découvrira peut-être des traces de tas longs, de places pavées, etc , si son attention était attirée sur «la possibilité de l'existence de monuments de ce genre dans le voisinage des tôpes ou des tombeaux.
f,i TRACES
Irès-variée en Norvège, comme au Tibel; il y en a qui ont à peine trente pieds de longueur, tandis que d'autres s'étendent jusqu'k deux cents pieds. Quant à leur hauteur, elle est rarement indiquée parce que la partie supérieure a beaucoup souffert pendant les siècles durant lesquels les monuments ont été négligés. Les murs des côtés sont pour la plupart détruits, et les tablettes des toits, si jamais il y en a eu, ont disparu, suite naturelle du zèle des chrétiens si les tablettes contenaient des inscriptions païennes.
Les constructions dont il s'agit se trouvent généralement parmi les tertres ronds dont nous avons parlé plus haut et ont servi de tombeaux, ce qu'on conclut des charbons et des ossements qu'on y a découverts. M. Thomson n'a pu se procurer aucun renseignement sur les monuments semblables du Tibet. Mais la circonstance que de tels monuments se trouvent près de chaque ville et de chaque village paraît justiGer la supposition qu'ils sont les cimetières des habitants. On a vu en effet ci-dessus que le plus long est près de la capitale *.
*■ Eu Danemark, on a examiné quelques monuments semblables, et on y a trouvé des squelettes avec des armes et des instruments, fabriqués de silex, d'où M. Worsaae tire la conclusion, qu'ils sont plus anciens que la race qui habite de nos jours le pays. (Anna 1er for nord. Oldkyndighed. 1854-1855, p. 193 et suiv.) Si cette supposition est juste, il sera difficile d'attribuer ces constructions aux buddliistes. Mais, dans celles de la Norvège, on a trouvé des fragments d'instruments de fer ; et leur existence au Tibet, et la vénération avec laquelle on les y regarde, témoigne au moins que les buddhist&s leur attribuaient un certain degré de sainteté, et que ces constructions appartiennent à leur système de croyance religieuse. Dans le Journal de la Société royale asiatique de la Grande-Bretagne, t. XIII, p. 90 et suiv., M. Newbold a idonné la description de quelques cimetières anciens des contrées méridionales de l'Inde, qui présentent des ressemblances remarquables avec les tertres de la Scandinavie. On y trouve des assemblages de tertres, construits comme ceux de la Scandinavie, de pierres brutes et de terre, renfermant des cellmles des mêmes dimensions et proportions que celles-là, et contenant, outre des cendres et des ossements, des pointes de lances et des épées, articles qui sont très-oommuns dans les haugs de la Norvège. Ils sont, en outre, «ntourés d'une ou de deux rangées circulaires de pierres placées verticalement. Ces cimetières se distinguent encore parce qu'un grand nombre des cellules où les restes des morts reposent, sont placées à découvert sans au-
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