‹ Traditionalisme et ultramontanismeChapitre 25 sur 47 · DE LA DOCTRINE DU SENS COMMUN · texte numérisé non relu

DE LA DOCTRINE DU SENS COMMUN

Si Lamennais s'était borné à composer son Essai sur l'indifférence, il aurait seulement laissé la réputation d'un adversaire éloquent, mais paradoxal de la philosophie, d'un apologiste vigoureux bien que téméraire de la religion chrétienne. Mais il ne s'en tint pas là. Après avoir combattu la philosophie du dix-huitième siècle et la révolution, dans leurs principes fondamentaux, et établi à sa manière les conditions de la société religieuse, il essaya de déterminer celles de la société politique. Ce fut l'objet d'un livre qu'il publia en 1826, et qui est intitulé De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. C'était passer de la question plus ou moins spéculative des rapports

de la foi el de la raison à la question plus exclusivement pratique des rapports de l'Eglise et de l'Etat.

La question des rapports de L'Église et de l'Etat a reçu plusieurs solutions différentes. Tantôt on a prétendu que l'Etat doit être subordonné à L'Eglise, tantôt on a soutenu (pie l'Eglise doit être subordonnée à l'Etat; suivant quelques-uns, ces deux puissances ont chacune leur domaine propre, où elles peuvent et doivent agir avec une pleine indépendance ; suivant d'autres, leurs sphères d'action ne sont pas aussi distinctes qu'on le dit et elles risquent à chaque instant de s'y heurter, de sorte que ce qu'elles ont de mieux à faire, c'est de s'entendre, au moyen d'un concordat, sur leurs droits et leurs devoirs respectifs. De ces diverses solutions, la première, la solution théocratique, est celle qu'admet Lamennais. 11 s'attaque vivement, à l'exemple de Joseph de Maistre, à la célèbre Déclaration de 1682, dont les deux premiers articles sont que la souveraineté temporelle est complètement indépendante de la souveraineté spirituelle et que le concile est supérieur au Pape. Les arguments qu'il dirige contre le premier de ces articles sont particulièrement curieux, parce qu'ils se rattachent à l'ensemble de son système. Suivant lui, tout pouvoir a une loi à laquelle il doit être soumis, sans quoi ses actes seraient frappés de nullité. Or, la loi du pouvoir politique est la loi morale, loi traditionnelle que le sentiment général révélait, avant Jésus-Christ, à tous les peuples de la terre et au nom laquelle ils étaient fondés, dans certaines circonstances graves et exceptionnelles, à frapper de déchéance des souverains indignes. Mais aujourd'hui cette loi est identifiée avec celle de l'Église

et aie Pape pour organe et pour interprète. Quand un souverain a prévariqué, il appartient au Pape d'apprécier sa conduite et aux sujets de se conformer à sa décision. Le Pape possède donc, à défaut d'un pouvoir direct sur le temporel, un pouvoir indirect qui produit absolument les mêmes effets. C'est l'empire absolu d'un seul liomme sortant assez à l'improviste, comme on voit, de l'autorité absolue du genre humain.

Si Lamennais avait bien réfléchi aune telle doctrine, il aurait vu qu'elle n'est conforme ni à l'état présent de la société ni aux vrais principes de la raison. La théocratie a pu être à sa place dans les vieilles monarchies de l'Orient, alors que les nations, encore dans l'enfance, avaient besoin d'être menées, pour ainsi dire, à la lisière par une élite d'hommes intelligents et éclairés ; elle a pu être pratiquée, au moins en partie, au milieu des ténèbres et de la servitude du moyen âge, alors que les populations ignorantes et opprimées n'avaient d'autre ressource, dans leur misère et leur désespoir, que de tendre leurs mains suppliantes vers une Eglise fortement organisée, relativement instruite, et de se mettre sous son égide et sous celle de son chef. Mais afficher la prétention de restaurer aujourd'hui un tel régime, après trois siècles de libre examen et de s:ience positive, après que la révolution de 1789 a inauguré l'ère de la majorité non seulement pour la France, mais pour les autres peuples de l'Europe, c'est commettre un anachronisme déplorable; car il ne peut que surexciter contre la religion toutes les forces, désormais affran chies , de l'esprit humain et des sociétés modernes, et nous faire perdre en luttes stériles, sinon désastreuses,

un temps qui pourrait être beaucoup mieux employé.

Dès que Lamennais se place au point de vue de la théocratie pure, il est naturel qu'il critique notre législation actuelle, qui esl essentiellement laïque, et qu'il propose d'y introduire de graves modifications. Ainsi, il lui reproche d'être athée, parce qu'elle garde le silence sur l'existence de l'Être suprême. C'est là une accusation dénuée de fondement. Si notre législation se tait sur l'existence de Dieu, c'est que cette vérité n'est | ; - lie son ressort: mais elle est si loin de la nier que plusieurs de ses prescriptions l'impliquent de la manière la plus positive. Telles sont celles qui ont rapport au serment et celles qui concernent la protection due aux différents cultes, ainsi que la rétribution affectée aux miii Mres de chacun d'eux. S'il y a une loi athée, on l'a dit spirituellement, ce n'est pas du moins celle des finances. Lamennais ne l'ignore pas, mais il cherche par tous les moyens à dénaturer l'Etat moderne, c'est-à-dire à lui ôter son caractère profane et libéral, pour lui donner un caractère théologique et théocratique. C'est pourquoi il demande une loi qui rétablisse les tribunaux ecclésiastiques, tels qu'ils existaient sous l'ancien régime, une loi qui livre au clergé l'éducation de toute la jeunesse française, une loi qui supprime ce mariage civil, grâce auquel les femmes des protestants ne sont plus considérées comme des concubines, ni leurs enfants regardés comme des bâtards ; c'est pourquoi il insiste pour qu'on applique aux sacrilèges la peine la plus sévère de toutes, celle des parricides.

En demandant tout cela, Lamennais est parfaitement conséquent, mais il est souverainement déraisonnable,

comme le déclarait dès lors Royer-Collard. Ce penseur émiiient rend parfaitement justice à la logique, comme à la loyauté de l'auteur ultramontain ; il convient que, si un seul des dogmes de la religion catholique passe dans la loi, il faut que cette religion tout entière y passe. Mais alors, ajoute -t-il, « non seulement son royaumeest dece monde, mais ce monde estson royaume; le sceptre a passé dans ses mains, et le prêtre est roi. » C'est pour cela que l'orateur libéral s'oppose à la loi sur le sacrilège avec une fermeté respectueuse mais invincible, montrant ainsi qu'il est des circonstances où un chrétien doit savoir, dans l'intérêt de l'Etat et dans celui delà religion elle-même, résister aux prétentions d'un sacerdoce envahisseur et tenir, sans défaillance comme sans bravade, le drapeau de la société civile.

Le livre de Lamennais semblait un défi jeté à la France laïque par le parti clérical. Aussi le ministère public se mit en devoir de le poursuivre et l'épiscopat lui-même, qui était encore généralement gallican, rédigea contre lui une protestation en forme, qui fut signée par un grand nombre de prélats. L'écrivain ultramontain fut défendu devant le tribunal par Berner. Le jeune avocat prétendit que la déclaration de 1682, que Lamennais avait attaquée, n'était qu'une simple opinion sans conséquence et ne pouvait avoir force de loi dans un pays de libre discussion. Malgré l'éloquence de son défenseur, l'auteur fut condamné à 30 francs d'amende et aux dépens. Les journaux religieux furent fort mécontents de la sentence : « Un prêtre de Jésus- Christ, s'écria le Mémorial catholique, et quel prêtre ! a été traîné devant le juge ordinaire des prostituées et

des escrocs, pour y recevoir d'un substitut une leçon de droit canonique ! » Lamennais lui-même sentit le coup, si le mot qu'on lui prête est vrai : « Je leur montrerai ce que c'estqu'un prêtre! » Aussi il s'opiniâtra de plus en plus, en vrai Breton qu'il était, dans son ultramontanisme et invoqua de plus en plus les principes de lie berté en faveur de cette doctrine d'ailleurs si peu libérale. Le nouveau Lamennais commençait à percer sous l'ancien.

Cette évolution est très curieuse à observer dans un livre éloquent que notre philosophe écrivit, en 1829, et qui est intitulé : Des Progrès de la Révolution et de la guerre contre V Église. Le ministère Martignac venait de publier les célèbres ordonnances qui interdisaient aux petits séminaires de recevoir d'autres élèves que ceux qui se destinaient à l'état ecclésiastique et d'y confier l'enseignement à des congrégations non reconnues par l'Etat. Celait, comme on sait, la Société de Jésus qui était visée par ce dernier article. Lamennais critique vivement ces mesures et déploie, dans l'attaque qu'il dirige contre elles, toutes ses qualités de polémiste supérieur, l'élévation des idées, la rigueur des déductions et la sobriété nerveuse du style. Malheureusement ses principes ne sauraient être admis par quiconque est un peu familier avec les matières philosophiques. Le premier et le plus important, c'est que l'unité de l'Etat a pour condition l'unité des enryances et que la société politique repose sur la société spirituelle comme sur son fondement. C'est sans doute là un principe vrai, si par société spirituelle Lamenais entend celle qui est formée par la communauté des doctrines morales que la raison

révèle naturellement à tous les hommes et qu'ils ne sauraient méconnaître pratiquement sans commettre, suivant la gravité du cas, un délit ou un crime. Il est faux, s'il veut parler d'une société fondée sur la communauté de doctrines purement traditionnelles, propres aune religion, mais étrangères à une autre, et dont l'oubli pratique constitue un péché plutôt qu'un crime véritable. Une unité spirituelle de ce dernier genre peut certainement être utile à la société politique, mais les gouvernements n'ont le droit ni de l'opérer ni de la maintenir par la violence. Autrement, comme nous l'avons dit ailleurs, les supplices infligés aux premiers chrétiens et à tant de martyrs après eux, auraient été parfaitement légitimes. Ils avaient, en effet, pour but de maintenir et l'unité religieuse et l'unité politique à laquelle elle servait de base.

Lamennais pose encore un autre principe, c'est que la soumission du peuple au prince a pour condition la soumission du prince à Dieu et à son représentant sur terre. La soumission du prince à Dieu, nous la comprenons, si on entend par là la soumission aux lois de la justice absolue dont Dieu est considéré comme le centre éternel! Encore y a-t-il lieu de se demander si la révolte contre un prince injuste est toujours permise et s'il ne faut pas se l'interdire toutes lès fois qu'elle n'est pas déterminée par un soulèvement général et spontané de la conscience publique. Quant à la soumission au représentant de Dieu, elle ne saurait être obligatoire pour ceux qui ne le reconnaissent pas, pour les hérétiques, pour les scbismatiques, pour les incrédules de toutes les nuances, ni même pour les croyants qui admet-

tent sa compétence dans l'ordre spirituel, mais non dans l'ordre temporel.

Après avoir exposé ses vues politiques, Lamennais nous fait connaître ses vues pédagogiques qui n'en sont, à vrai dire, qu'une application. Partant de son principe fondamental, que la société politique suppose toujours et partout une société spirituelle qui lui sert de support, c'est-à-dire une Eglise, et qu'en dehors de cette dernière, les idées du devoir et du droit s'évanouissent et font place à celles de l'intérêt et de la force brutale, il déclare que l'Etat est tout à fait incompétent en matière pédagogique.

Il est Lien clair, en effet, que si l'Etat ne sait rien, que s'il n'a ni principes ni doctrines, ]1 est incapable d'enseigner comme de gouverner et qu'il doit se laisser diriger, dans cette double fonction, par ceux qui savent par ceux qui possèdent des doctrines et des principes, c'est-à-dire par les ministres delà religion. Mais personne n'ignore qu'à défaut des principes de la religion et de la morale révélées, l'Etat possède ceux de la religion et de la morale naturelles, qui ne sont inconnus d'aucun peuple de la terre et qui ont servi de base au droit romain comme à notre Code civil. L'Etat peut donc confiera ses agents la mission d'enseigner ces principes, avec leurs conséquences, à tous les membres de la société politique, puisqu'ils émanent de la raison qui nous est commune à tous, sauf à laisser aux ministres des diverses religions le soin d'enseigner, de leur côté, les croyances qui leur sont particulières, quand elles ne contredisent pas ces principes primordiaux et essentiels. C'est ce que Lamennais, placé à son point de vue de traditionaliste ex-

clusif et immodéré, ne peut ni ne veut comprendre. Admettant que la vérité et la justice sont inaccessibles à la raison et ne nous sont connues que parla tradition, il est naturel qu'il attribue le droit de les enseigner, non à ceux que la nature a doués d'une raison suffisamment éclairée, mais à ceux qui conservent le dépôt des traditions primitives. Ce traditionalisme outré que nous avons déjà signalé dans son système philosophique et dans son système politique, nous le retrouvons (et cela fait honneur à sa logique sinon à son bon sens) dans son système pédagogique lui-même.

Il faut s'être rendu compte, comme nous venons de le faire, des principes de Lamennais pour comprendre les attaques qu'il dirige contre renseignement national et laïque. 11 s'indigne que l'État ose se charger non seulement de l'instruction secondaire, mais encore de l'instruction primaire au lieu de la laisser tout entière aux mains de l'Eglise, comme si, en communiquant aux enfants du peuple les connaissances nécessaires à la pratique de la vie civile, l'Etat empêchait l'Eglise de lui enseigner celles qui importent à leur destinée éternelle! Il trouve étrange que l'instituteur leur apprenne seulement la lettre du catéchisme, au lieu de leur en expliquer le sens, comme s'il était tenu de cumuler les fonctions de ministre du culte avec les siennes propres ! Mais là où ses invectives dépassent toute mesure, c'est quand il parle des ministres qui avaient rédigé les célèbres ordonnances, de Vatimesnil, de Portalis, deFeutrier, hommes sages et modérés s'il en en fut. Il com • pare Feutrier, l'honnête évêque de Beauvais, qui avait remplacé Frayssinousdans la direction des affaires ec-

clésiastiques, tantôtà Caïn, l'auteur du premier meurtre, tantôt à Ahriman, le dieu du mal, dans la religion mazdéenne, et voit dans le gouvernement de Charles X, qui n'a pourtant jamais passé pour être bien hostile au christianisme, le plus exécrable despotisme qui ait jamais pesé sur les consciences chrétiennes.

Le livre de Lamennais produisit dans le public des impressions diverses. Ce ne fut pas par le parti libéral, mais par le parti royaliste et gallican, qu'il fut le plus mal accueilli. Pendant que le Globe rendait pleinement justice à l'auteur et reconnaissait de bonne grâce l'indépendance de son caractère et la franchise de son langage, la Gazette de France lui reprochait d'avoir écrit un ouvrage des plus dangereux, où le jacobinisme s'alliait à l'ultramontanisme. Plusieurs prélats l'attaquèrent aussi dans leurs mandements, notamment Mgr de Quélen, archevêque de Paris, et Mgr Belmas, archevêque de Cambrai. Lamennais leur répondit dans deux lettres qui, pour le ton et l'éloquence, font penser à celle de J.-J. Rousseau à Christophe de Beaumont. Si l'archevêque de Paris y est peu ménagé, celui de Cambrai n'y est pas ménagé du tout. C'était un ancien évêque de Carcassonne, qui avait jadis prêté serment au gouvernement de la Révolution. Lamennais ne se gêne pas pour répondre à la critique qu'il fait de son livre et à la défense qu'il entreprend de la Déclaration de 1682, que ce langage, qui pourrait être bien placé dans la bouche du citoyen Belmas, évêque d'Aude, devient scandaleux sur les lèvres de Mgr Belmas, archevêque de Cambrai-

4 V. Viel-Castel. Histoire de la Restauration, t. XVIII.

220 TRADITIONALISME ET ULTR AMONT ANISME

Malgré quelque 5 défauts de logique que nous avons signalés dans le système de Lamennais, nous ne craignons pas de dire qu'il est généralement bien lié, et que les deux parties qui le composent, la partie philosophique et la partie politique, ont entre elles une étroite connexion. En philosophie, cet écrivain commence par battre en brèche l'autorité de la raison, puis il cherche à établir sur ses ruines une foi d'un certain genre; en politique, c'est également à la souveraineté de la raison qu'il s'attaque tout d'abord, puis il s'efforce de la remplacer par une autorité siti generis.

Durant la période de l'existence de Lamennais que nous venons de retracer, l'écrivain ultramontain ne fut pas seulement un philosophe et un publiciste, mais encore un chef d'école. Non content de consigner ses idées dans des ouvrages éloquents, il les communiqua à un groupe d'esprits distingués qui se montrèrent d'autant plus avides de les répandre, que chez eux le prosélytisme philosophique était avivé par l'enthousiasme religieux. Le plus remarquable et le plus fidèle de ces disciples delà première heure fut un jeune ecclésiastique de Poligny, nommé Philippe Gerbet, que l'auteur de YEssai sur V indifférence avait rencontré, avec son ami de Salinis, au séminaire de Saint-Sulpice. D'une humeur douceet d'un esprit facile, le disciple s'attacha au maître avec tant de dévouement qu'il se retira avec lui dans la solitude de la Chênaie et y passa dix ans à se pénétrer de ses sentiment et à vivre de sa vie.

Ce fut là que les deux amis conçurent, dès 18^5, la pensée de réunir autour d'eux un certain nombre de jeunes prêtres que Lamennais animerait de son esprit et

qui se chargeraient de propager ses doctrines. Pour cela, il fallait de l'argent; niais, dans notre pays, dès qu'il s'agit d'associations religieuses, l'argent ne manque jamais, el on en eut bientôt. Alors les hommes affluèrent de toutes parts. La Franche- Comté envoya à la Chênaie, outre Gerbet, les abbés Blanc, Godin, Bonnet et aussi l'abbé Gaume, qui devait plus tard acquérir une si grande notoriété. La Lorraine fournit l'abbé Rohrbacher, qui allait bientôt remanier dans le sens romain les annales de l'Eglise ; le Dauphiné fut représenté par l'abbé Combalot, un fougueux missionnaire, et la Bourgogne par Lacordaire, un orateur d'un ordre plus élevé, qui n'arriva que vers 1830. Sans appartenir tout à fait à l'école, deux Méridionaux, de Salinis et de Scorbiac, lui payaient un large tribut. Le but de l'association, comme son nom de société de Saint-Pierre l'indique suffisamment, était de rendre au successeur du prince des apôtres tout son prestige et toute son autorité : c'était une association tout ultramontaine.

A côté de cette société purement ecclésiastique, Lamennais fonda une société essentiellement laïque, qui comptait dans ses rangs Eloi Jourdain, connu plus tard sous le nom de Charles Sainte- Foy, Léon et Eugène Bore, la Provotaye, Deniel, Curis et Cyprien Robert. A une époque ultérieure, Maurice de Guérin, du Breil de Mazan, de Kertanguy et de la Morvonnais en firent aussi partie. C'était comme un tiers ordre, qui devait agir à sa manière sur le monde et qui devait avoir sur lui d'autant plus de prise qu'il n'en était séparé ni par les habitudes ni même par l'habit1.

1 V. Ladoue, Me*' Gerbet, t. T. p. 77.

Non content de faire tontes ces recrues, Lamennais leur mettait une arme dans les mains : c'était le Me morial catholique. Rohrbacher s'en servit pour combattre les publications historiques entachées de gallicanisme; Guéranger, pour attaquer la diversité des liturgies au sein de l'unité catholique; Gerbet, pour repousser les assauts que Benjamin Constant et A. Comte dirigaient contre l'Eglise, l'un dans la Religion considérée dans ses sources, ses formes et ses développements; l'autre dans ses articles du Producteur touchant la science et le pouvoir spirituel. Le jeune prêtre ne s'en tint pas là. 11 lutta énergiquement contre le rationalisme de Cousin, de Jouffroy et de Damiron, tel qu'il se produisait dans le Globe, et repoussa vivement la prétention qu'il affichait de remplacer le christianisme.

Gerbet n'épargna même pas la doctrine de Descartes, dont le rationalisme lui paraissait une simple dérivation, et la poursuivit jusque dans l'enseignement des séminaires, où elle avait fini par s'introduire et par devenir prédominante. Il fit plus, il condensa ses vues sur ce sujet important dans un ouvrage intitulé : Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la théologie (1826). 11 s'y attachait à démontrer l'influence funeste que la philosophie de Descartes avait, suivantlui, exercée sur la théologie des deux derniers siècles, et à établir la nécessité de substituer, dans cette science, la méthode d'au torité à la méthode rationaliste. Il fut réfuté par un jésuite breton bien connu, par le Père Rozaven, qui discuta non sans vigueur la plupart de ses assertions.

Mais, malgré les arguments du savant ecclésiastique, la doctrine lamenaisienne continua a séduire le monde par s. 's airs de bravoure et de défi, et à faire son chemin dans le clergé à cause du rôle prépondérant qu'elle assignait à cet ordre au sein des sociétés modernes,

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