‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 10 sur 392 · LIVRE I, APPENDICE AU CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, APPENDICE AU CHAPITRE V

rappelé dans une ordonnance rendue sous la date du 15 septembre 1721 par le prince de Rohan, alors lieutenant-général pour Sa Majesté des provinces de Champagne et de Brie, laquelle ordonnance avait pour objet de nommer le commandant de la compagnie que le Chesne envoyait au sacre ; copie de cette pièce est ci-jointe sous le n° 2.

« Ils joignent aussi, sous les nos 3, 4 et 5, copies d'autres pièces qui constatent que leurs aucêtres ont assisté aux derniers sacres qui ont eu lieu à Reims, et ils s'en référeraient au besoin aux procès-verbaux de ces cérémonies.

« Déjà, Monseigneur, les habitants du Chesne avaient présenté une supplique au Roi, dès les premiers jours de l'heureuse Restauration, pour obtenir la confirmation de ce précieux privilège, et M. le comte de Blacas leur fit savoir, par une lettre dont copie est ci-jointe, que Sa Majesté avait daigné trouver bon qu'ils continuassent à en jouir.

« Les soussignés osent espérer que le roi Charles X daignera leur accorder la grâce que son Auguste frère leur avait promise.

« Tous les Français voudraient pouvoir entourer leur monarque chéri au moment solennel où l'huile sacrée va le consacrer, au moment où notre sainte religion va recevoir les vœux de ses peuples. Les fidèles habitants du Chesne, héritiers de l'amour et du dévouement de leurs ancêtres pour la personne auguste du Roi, s'estiment heureux de pouvoir, dans cette circonstance, en donner une preuve à Sa Majesté, et ils la supplient, par votre intermédiaire, Monseigneur, de daigner leur confirmer la jouissance de leur précieux privilège.

« Us ont l'honneur d'être, avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence,

« Les très humbles et très obéissants serviteurs (signé en l'original) :

« Jamain-Bklin, maire; Huart-Huart, conseiller municipal; Chalon, adjoint; Jean-Baptiste Dui'AS, conseiller municipal ; Colin, conseiller municipal ; Richard, conseiller municipal et notaire, capitaine de la compagnie des pompiers du Chesne ; Gellé-Lejeune; Goffard; Doyen; Bocquillon ; Demalherbe; Carré; Desmaze; Jamain, lieutenant de pompiers proposé ; Gilbert, secrétaire ; Patê, conseiller municipal. »

Il n'y a aucune trace, dans les archives, de la suite qui a été donnée à celte requête, ni des protestations (si toutefois il s'en est produit) auxquelles aurait donné lieu le rejet de la demande des habitants du Chesne.

Voilà absolument tout ce que possèdent les archives du Chesne relativement à la Sainte- Ampoule et à la présence des habitants du Chesne au sacre des rois.

Toutefois, il existe une lettre intéressante de M. Sénemaud, qui apporte une certaine lumière sur la question, dont voici la copie :

« Mézières, le 14 septembre 18G3.

« Réponse de l'Archiviste à la note historique de M. le Curé doyen du Chesne.

« L'Archiviste du département, qui prépare un mémoire sur les privilèges des habitants du Chesne-le-Populeux, se permettra de répondre pour le moment à M. le Curé doyen que les arguments produits dans sa notice ne prouvent absolument rien.

« Les permissions accordées en 1775 sont sans valeur, attendu que les habitants du Chesne n'ont pas assisté au sacre de Louis XVI, et il est plus que probable qu'ils n'avaient pas paru à celui de Louis XV.

« La note publiée dans la Géographie des Ardennes, édition de 1850, par M. Hubert, sur le dit privilège, est erronée de tous points.

« Dans les autorisations sur lesquelles s'appuie M. le Curé doyen, il ne peut être question que de l'escorte de la Sainte-Ampoule et non du droit d'assister au sacre.

« Si les habitants du Chesne avaient obtenu le privilège dont il est question pour avoir délivré la Sainte-Ampoule emportée par les Bourguignons au quinzième siècle (et comment ?... dans l'oreille d'un âne, dit la tradition, ce qui est parfaitement ridicule), comment se trouvaient-ils, près d'un siècle auparavant, escorter la Sainte-Ampoule au sacre du roi Jean, le 26 septembre 1350 ?

« Les chartes produites ne remontent pas au-delà de 1575, el elles sont loin d'être décisives : « qui auraient empêché » et non qui ont! disent ces Charles, ce qui nous reporte au : ut tradilur. ut creditur. des chroniqueurs relatant un fait connu par la tradition.

« En 1763, le sieur Lefranc, maire du Chesne, dans un état des revenus et charges do sa communauté, dit : « Les octrois de la dite communauté lui ont été accordés il y a plus de deux « cents ans pour l'entretien de six ponts qui font dix arches construites sur un canal qui passe « à travers le dit lieu du Chesne. » Il n'est point question du sacre ni de l'a Sainte-Ampoule. Le Maire de 1763 avait, on le voit, moins de confiance dans la vertu des privilèges de sa commune que M. le Maire de 18G3.

ii Le motif invoqué par M. le Curé doyen, pour justifier l'absence dis habitants au sacre de 1825, me paraît très contestable, .h' préfère tn'arrôter aux motifs énoncés dans la lettre suivante qui est officielle et dont nous pourrons délivrer une copie certifiée à .M. le Maire du Chesne pour peu qu'il en exprime le désir :

« Paris, le 20 avril 1823.

« Monsieur le Préfet,

« Vous avez dû être informé que l'intention du Roi était qu'à la cérémonie de son sacre, « aucun des anciens usages relatifs au transport de la Sainte-Ampoule ne fût remis en vigueur. « Cette décision de Sa Majesté a rendu sans objet la demande que la commune du Chesnc- " le-Popuioux a formée afin d'être autorisée à jouir de la prérogative d'envoyer à Reims une « compagnie d'hommes ormes pour escorter cette relique

« Prévoyant l'issue de cette demande, vous m'aviez fait connaître celle que formaient subsi- <■ diairement les habitants du Chesne pour être autorisés à députer (sic) à Reims une compagnie « choisie parmi eux, afin de faire partie du cortège de Sa Majesté. Je n'ai pu donner aucune suite « à cette dernière demande. 11 m'a paru qu'il y aurait beaucoup d'inconvénients à accorder à la « commune du Chesne une prérogative à laquelle on n'admet point les communes les plus popu- « leuses du royaume.

« Recevez, etc. « Le Ministre de l'intérieur,

« Signé : CORBIÈRE. »

« L'Archiviste, à la suite de son mémoire, publiera les pièces suivantes : <• t° 19 juillet 1575. — Lettres patentes accordées par Henri III.

« 2° Juillet 1580. — Information en l'élection de Rethel ; audition des témoins Jean Uosban, Raimbauld-Pierrard, Jean Poullain, Jean Phol, Catherine Habert, Simon Colina, Jean-Louis Rasquin- Varncsson, Person-Paillardclle, Rauliu-Bourguiu, Jean Allouin.

<c 3° 17 septembre 1580. — Sentence d'enregistrement.

« 4° 24 janvier 1582. — Nouvelles lettres patentes d'Henri III.

« 5° 9 juillet 1582. — Arrêt d'enregistrement de la Cour des aides.

« 6° 4 septembre 1598. — Nouvelles lettres patentes d'Henri IV.

« 7° 7 avril 1599. — Enregistrement en l'élection de Rethel.

« 8° 8 octobre 1623. — Lettres patentes de Louis XIII.

« 9° 29 février 1624. — Enregistrement.

« 10° Juillet 1634. — Lettres confirmatives de Louis XIV (non enregistrées). « L'Archiviste produira, en outre, des extraits d'ouvrages manuscrits et imprimés qui prouveront :

« 1° Que les habitants du Chesne étaient appelés à escorter la Sainte-Ampoule en qualité de vassaux de l'abbaye de Saint-Reiny et qu'ils parurent en cette qualité au sacre de Jean-le-Bon en 1330 ;

« 2° Que la Sainte-Ampoule n'a jamais été enlevée et qu'elle sortit une seule fois de Reims sur la demande de Louis XI;

« 3° Que les habitants du Chesne ne parurent pas au sacre de Louis XVI.

« Les pièces qui seront produites sont curieuses et importantes pour l'histoire du Chesne, mais rien dans ces pièces ne justifie les prétentions des dits habitants, et ne peut l'aire passer à l'état de fait historique une tradition qui a pris naissance dans le seizième siècle et sur laquelle se taisent tous les historiens et chroniqueurs contemporains de Charles VIL

« Mézières, le 14 septembre 1863.

« L'Archiviste du département, ancien professeur d'histoire. « Signé : Ed. SÉNEMAUD. »

Dans la Bibliothèque des Merveilles, les Fêtes célèbres, par Frédéric Bernard, page 199, on lit à l'article du sacre de Louis XIII :

« Pendant ce temps, les quatre barons envoyés à l'abbaye de Saint-Remy revenaient processionuellement avec les religieux de l'abbaye et leur grand prieur monté sur une haquenée blanche et portant dans une boîte suspendue à son col la Sainte-Ampoule. Les rues étaient tendues sur son passage; les principaux de la Justice et de la Maison de ville à ce députés allaient devant portant chacun une torche de cire blanche armoriée.

« Quelques six-vingts habitants du Chesne-Populeux, bien armés, le tambour battant et la mèche allumée, avec une feuille de chesne au chapeau, servaient de garde pour la conduite. Quatre religieux, revêtus d'aubes blanches, soutenaient un poêle de toile d'argent qui couvrait le prieur. » — Godefroy : Cérémonial français.

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