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LE TRÉSOR DU DIABLE

Il y a cent ans environ vivaient à La Saboterie deux sorcières dont l'une se nommait La Cagnole. Or elles apprirent, un jour, aux habitants du village que, dans un bois voisin, au lieu dit « la Cabre-d'Or, » le diable avait caché un trésor, qu'il le gardait lui-même,

Il faut vous diro que les grands-mères do ces sorcières, dès qu'il naissait un

enfant dans la contrée, accouraient aussitôt : tout d'abord elles félicitaient la mère, lui souhaitaient bonne santé, puis prenaient l'enfant, le coupaient et le dépeçaient en tous petits morceaux. Si la mère se plaignait, elles s'enfuyaient, abandonnant ces débris sanglants, mais si la mère ne soufflait mot, de suite elles raccommodaient l'enfant et lui donnaient un nom qui, toute la vie, lui portait bonheur.

Pour en revenir à ce fameux trésor rpie gardait le diable, plusieurs paysans plus courageux que leurs camarades, entre autres Mougois, Nicolas Friard, Lederné, résolurent d'aller, la nuit de Noël, quand se chanterait la messe de minuit, assaillir le diable, le mettre hors de combat et s'emparer de toutes ces richesses autour desquelles il faisait faction.

Ils avaient choisi ce moment parce que, suivant les croyances du pays, le diable, dans la nuit de Noël, à minuit, est obligé de quitter la terre et de rester en enfer tout le temps que se chante la messe.

Armés de pieux, de pioches, de pelles, car le trésor était caché sous une énorme pierre qu'il fallait soulever, nos hommes se rendirent donc à la Cabre-d'Or. Mais le froid était si vif, qu'une fois arrivés ils durent allumer un grand feu et perdirent un temps précieux à se réchauffer.

Ils se dirent enfin qu'il fallait se mettre au travail. Or, juste au moment où ils donnaient les premiers coups de pioche, finissait la messe de minuit. Le diable alors leur apparut et déchaîna un ourangan terrible qui éteignit le feu, déracina les arbres et porta, dans une trombe, jusqu'au village, nos chercheurs épouvantés. Le trésor était sauvé et, depuis cette époque, personne n'osa plus tenter l'aventure.

On essaya bien le jour, quand le diable était quelquefois invisible ou, par bonhomie, laissait faire, de soulever la pierre, mais jamais on ne put réussir même à l'ébranler légèrement. t

Aujourd'hui, il ne reste plus trace de cette pierre et sur l'emplacement où l'on suppose qu'elle fut, poussent de grasses moissons. Cependant, les anciens du pays croient toujours au trésor caché et se désespèrent que le propriétaire de la Cabred'Or, M. Fay, ne fasse pas pratiquer des fouilles qui, disent-ils, le rendraient plus riche que Crésus.

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