‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 252 sur 392 · LIVRE IV, AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

LIVRE IV, AVANT-PROPOS

Mais si la moisson est bonne elle est encore loin d'être complète, ■ aussi fais-je un dernier et pressant appel à tous ceux qui, soucieux de m aider dans mon œuvre, voudront bien m apporter une pierre, si petite qu'elle soit, pour l'édifice.

Ce mot : Contes, a certainement fait sourire les esprits sérieux ou prétendus tels et, de suite, sans doute, ils pensèrent au Petit-Poucet, au Petit Chaperon Rouge ou à la Barbe-Bleue. Mais peut-être ne s'étonneront-ils pas trop fort, si je leur dis que ces contes sont au nombre de ces chefs-d'œuvre qui placent au premier rang dans le monde entier notre belle littérature et, ne serait-ce que cela, ces petits récits ne sont pas à dédaigner. Mais on peut encore, si c'est possible, viser plus haut, plus scientifiquement.

On s'est aperçu, en effet, depuis quelques années, que ces contes si dédaignés par d'aucuns se jugeant supérieurs, étaient une mine inépuisable de documents etnographiques prouvant clair comme jour que l'humanité découle d'une seule et même source.

Ces pauvres contes si délaissés jusqu'alors, on les a recueillis dans tous les pays, juste au moment où ils allaient disparaître, et vraiment c'eût été dommage de les laisser tomber dans l'oubli, car l'histoire y eut perdu. Luzel, Sébillot pour la Bretagne, Bladé pour la Gascogne, Cosquin pour la Lorraine, Loys-Bruyères pour la Grande- Bretagne, etc., etc., se sont lancés à la découverte et ont trouvé des trésors. Le branle étant donné, il s'est formé une société de traditionnistes, de folk-loristes, employant ainsi le mot barbare dont nous nous servons, qui se sont donné pour tâche de recueillir tous ces récits, tous ces contes légendaires ; et comme les meilleurs choses ont le défaut de leur qualité, on a voulu y voir ce qui n'existait pas.

Pour M. de Gubernatis, par exemple, le célèbre professeur de sanscrit à l'Université de Florence, tous les contes ne sont qu'autant de mythes solaires ou lunaires ; et il entreprend de le démontrer dans deux volumes d'une érudition extraordinaire : la Mythologie des plantes et la Mythologie zoologique . Dans son ouvrage la Chaîne traditionnelle, M. Hyacinthe Husson, marchant sur les traces du maître, nous explique ainsi les Contes de Perrault, nous apprenant que le Petit Chaperon

LÉGENDES HISTORIQUES ET RELIGIEUSES

Ronge n'est que l'aurore nouvelle, allant rejoindre sa grand'mère, une vieille aurore. Elle est arrêtée en route par le loup représentant le soleil — et quelquefois aussi les nuages noirs couvrant ce même soleil. C'est certainement ingénieux, mais les théories de MM. Gubernatis et Husson nous ont toujours paru pas mal osées, pour ne pas dire plus.

Une explication nouvelle, il est vrai, est en train de faire sa percée dans le monde traditionniste : elle a pour prophète le D1' Veckenstedt, de Halle.

Dans tous ses travaux, en effet, le Dr Edmond Veckenstedt s'est attaqué à ce qu'il nomme les hallucinations de la vieille école « ne trouvant le salut de la Mythologie comparée que dans les Védas. » La science du traditionniste, dit-il, doit se baser sur l'individualisme du fait raconté comme du peuple qui raconte, sans perdre de vue les ressemblances utiles pour la science quand elles se rencontrent chez des peuples frères de race et d'origine différente. De même, ajoute-t-il, on doit s'attacher à comprendre le parallélisme entre la culture et le développement des mœurs, des langues et des idées, et la création comme la transorfmation des mythes et des Contes ; prouver enfin le parallélisme et la déviation et en indiquer les causes. (Voir Càrnoy, introduction au mémoire du Dr Veckenstedt : La Musique et la Danse dans les traditions des Lithuaniens, des Allemands et des Grées.

Quoi qu'il en soit, il est certain que malgré les divergences des savants qui se sont occupés des contes populaires, autant pour les recueillir que pour en étudier les origines : Lang, Grimm, Benfey, Jacobs, Max Millier, Kœhler, Sébillot, Luzel, Loys-Bruyères, Cosquin, Ralston, Bladé, Hahn, Lefebvre dans son édition des Contes de Perrault, Gaston Paris, le Dr Veckenstedt, même Edouard Fournier dans l'une des érudites et spirituelles dissertations de son volume posthume : Histoire des Jouets d'enfants, et enfin Gubernatis et Husson, pour ne pas allonger cette nomenclature, tous les contes paraissent avoir un berceau commun qui dénotent ou une communauté de race dans l'espèce humaine, ou une grande expansion de la race primitive civilisatrice ; la race arienne ou indoue. — Voir dans Mêlusine (Janvier 1890), une étude sur les origines indiennes de certains Contes populaires et traditionnels.

Prenons, si vous le voulez, un conte, jadis, assez populaire dans les Ardennes, et qui est intitulé : Moitié de Coq. Or, ce conte qu'un de mes correspondants — et des plus instruits, des plus compétents dans les choses ardennaises, qui n'ont guère de secret pour lui — croyait

Page 1