LES RUBANS
Tous les joueurs se rangent à peu près dans le même ordre que s'ils jouaient à « cache, cache mon dé, » à l'exception de trois joueurs : le maître du jeu et deux autres joueurs dont l'un figure le Diable et l'autre la Vierge. Le maître du jeu fait la distribution des nuances de rubans que chaque joueur représentera en ayant soin, pour qu'ils ne connaissent pas les couleurs, d'éloigner la Vierge et le Diable. Lorsque tout est bien convenu, le Diable arrive le premier, se présente au maître du jeu et, d'une voix qu'il s'efforce de rendre effrayante :
— Toc ! toc ! à la porte
— Qui est là ? répond le maître.
- C'est le grand Diable, avec ses grandes cornes, qui vient chercher un ruban !
— Quelle couleur ?
Le Diable répond, alors, en désignant une nuance quelconque, et si cette nuance est représentée par l'un des joueurs, il l'envoie « en enfer; » si la nuance désignée n'est pas représentée, le Diable se retire et cède la place à la Vierge qui, d'une voix aussi douce, aussi flutée que possible :
— Toc ! toc ! à la porte.
— Qui est là ?
— C'est la Sainte-Vierge, avec ron bâton d'or, qui vient chercher un ruban. La scène se passe et se termine comme la précédente. Lorsque le nombre des
joueurs est épuisé, ceux qui ont eu le malheur d'être choisis par la Vierge sont livrés, sans miséricorde, aux horions du diable et de ses compagnons, et ainsi, par une mêlée générale et une assez large distribution de taloches ou de coups de poing, se termine le jeu (1).