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LA LÉGENDE DES COULEUVRES

On raconte à Brévilly que depuis la malédiction prononcée sur elles par saint Giry, les couleuvres meurent dès qu'elles touchent le territoire de cette commune. Une fois, mais il y a de cela bien longtemps, un saltimbanque, montrant des couleuvres pour de l'argent, voulut aller les faire voir à Brévilly. On tâcha de l'en dissuader, mais en vain. Il se rendit donc à Brévilly portant ses couleuvres dans un panier qu'il eut l'imprudence de poser à terre. Quand il en souleva le couvercle pour prendre ses couleuvres, elles étaient mortes.

Une autre fois, toujours au temps jadis, un différend, pour une question de limites, s'éleva entre les habitants de Mairy et ceux de Brévilly. Ceux de Mairy prétendaient que leur commune s'étendait jusqu'à un ravin creusé par un ruisseau qui s'était détourné sur le territoire de Brévilly. On se procura une couleuvre qu'on déposa sur le terrain litigieux. Elle mourut tout aussitôt, et les habitants de Mairy déclarèrent alors, d'un commun accord, que celte portion de terre appartenait véritablement à leurs voisins de Brévilly.

NOTRE-DAME D'ÉTEIGNÈRES

Lorsqu'Eteignères, dit la tradition, eut été incendié par les Allemands de Sickingen, furieux de leur échec devant Mézières (1521), ceux d'Auvillers-les-Forges voulurent transporter chez eux la statue de « sainte Anne d'Eteignères » échappée aux flammes, car, seule, l'église n'avait pas été brûlée. La sainte avait, au surplus,

grande réputation dans le pays. Ils se rendirent donc processionnellement à Eteignères et, déposant la statue sur un brancard magnifiquement orné, ils reprirent le chemin d'Auvillers. Or, plus sainte Anne s'éloignait de son église bien aimée, plus elle devenait pesante, si bien que les porteurs durent s'arrêter en route et abandonner un instant leur charge pour aller chercher du renfort. Mais, lorsqu'ils revinrent, la statue avait disparu et un garde ur de chèvres leur affirma qu'il l'avait vue se lever du brancard, marcher et revenir à Eteignères. Et, en effet, la statue de sainte Anne était allée seule reprendre sa niche dans l'église où, depuis, elle a toujours, en grand honneur, été vénérée sans qu'on tentât jamais de l'en retirer.

Le mot Eteignères — nous faisons ici de la légende, il importe de ne pas l'oublier — viendrait de Tannières, indiquant ainsi la misère de ce village aux temps jadis. Eteignères autrefois, en effet, fut à plusieurs reprises pillé, ruiné, incendié de fond en comble, et môme une autre version place cette légende non en 1521, mais en 1636, alors qu'Eteignères fut encore, une fois de plus, incendié. — Voir précédemment : La Madone du couvent de Fumay.

Cette légende a de nombreux similaires qu'il serait facile de trouver dans maintes régions de la France. Nous n'en citerons qu'un pour l'exemple. A Origny, en Normandie, s'élève la chapelle de saint Gélerin. Un jour, raconte la tradition locale, on voulut transporter sa statue dans l'église paroissiale. Elle fut placée avec cérémonie sur un char rustique, qu'escortaient le curé, les chantres, les enfants de chœur et de nombreux fidèles. La bannière et la croix précédaient la procession qui se mit en marche et se déroula lentement en chantant des hymnes et des cantiques. Mais en arrivant au ruisseau prochain, le char sembla chargé d'un poids tellement lourd qu'il ne put aller plus loin et s'arrêta devant le faible cours d'eau. Une longue fde de bœufs vint au secours des bœufs de l'attelage et l'on se mit avec ardeur à pousser aux roues. Peines inutiles, ni les efforts des animaux, ni ceux des hommes ne purent faire remuer le char. On reconnut dans ce prodige la volonté manifeste du saint qui voulait demeurer, comme naguère, dans son modeste oratoire, et, pour lui complaire, on se hâta de l'y réintégrer. — Esquisses du Boccage normand.

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