‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 326 sur 392 · PUISSANCE DU SEIGNEUR DE MONTCORNET · texte numérisé non relu

PUISSANCE DU SEIGNEUR DE MONTCORNET

« Le seigneur de Moncornet avait domination souveraine, absolue ou partielle sur quarante fiefs, dont plusieurs sont devenus communautés, ensuite communes. Les habitants trouvaient, en temps de guerre, un refuge assuré dans le château ou dans ses dépendances. Le suzerain de

Montcornet pouvait mettre deux mille hommes sur pied et avait aussi sous ses ordres de nombreux chevaliers qui le servaient avec leurs bannières et leurs hommes d'armes.

« Les seigneurs de Montcornet jouèrent un grand, un très grand rôle aux temps monarchiques. Souvent ils commandèrent en chef d'importantes armées et, en maintes circonstances, décidèrent de la paix ou de la guerre. Ils eurent à se défendre, à plusieurs reprises, contre les invasions des Liégeois et les attaques du fameux « Sanglier des Ardenncs, » le comte de la Marck ; ce qui les obligeait à se tenir presque constamment sur pied de guerre.

<( Après l'invention de la poudre, le château fut remanié, restauré de fond eu comble, presqu'aménagé et reconstruit à nouveau. Les murs furent faits plus épais, en même temps qu'ils étaient percés d'ouvertures plus nombreuses. De petits canons furent placés dans les embrasures qui, jusqu'à cette époque, n'avaient servi de porte qu'aux arbalétriers. On suppose qu'à l'origine ce château ne fut, plus spécialement, qu'un rendez-vous de chasse ou peut-être même une prison. Il est aujourd'hui en ruines, mais ces ruines, toujours visitées par les touristes, montrent superbement quelle était jadis l'importance de ce château et la puissance de ses châtelains.

« Ayant été distraite du comté de Porcien, la seigneurie de Moncornet fut vendue par Philippe de Croy, prince de Chimay, à Armand de la Porte. Son fils, qui en hérita, la cédait au duc d'Agenois. De la maison d'Agenois, elle passait, par succession, au duc d'Aiguillon et de là à la famille de Chabrillon qui la possède encore aujourd'hui ou, pour être plus précis, qui en possède les ruines. »

A peu près dans la même région se trouve un château — l'ancien château de Linchamps — peut-être non moins célèbre, mais dont il reste à peine quelques traces. L'emplacement sur lequel il s'élevait jadis est aujourd'hui recouvert de bruyères, d'où émergent trois ou quatre pans de murs.

A signaler aussi l'ancien château d'Hierges, sur le penchant d'un coteau boisé, au pied duquel coule un ruisseau dont les eaux vont se jeter dans la Meuse, à travers une gorge assez profonde. L'origine de ce château remonte fort loin dans l'histoire, car un seigneur d'Hierges accompagna Godefroy de Bouillon à la Croisade et fut chancelier du royaume de Jérusalem. Ce magnifique château fut incendié en 1793, mais ses ruines sont encore imposantes et sont formées de hautes tours que relient de larges murailles. Celles-ci sont percées de nombreuses fenêtres dont les meneaux et les traverses sont encore bien conservés. La verdure qui tapisse ces restes antiques leur donne un aspect des plus pittoresque.

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