LES CHATS SORCIERS ET LES BOSSUS
« Il y avait, jadis, à Plôvenon des chats sorciers qui se réunissaient tous les soirs à la croix du Meurtel, auprès de Chàteau-Serin, et à la croix de Gouéhas, sur la lisière de la lande de Préhel.
« Ils dansaient en rond autour des croix eu répétant toujours les deux mêmes mots :
Lundi, mardi, Lundi, mardi.
« Un bossu qui passa, un soir, auprès d'eux, entendant leur chanson, voulut l'allonger un peu, et il cria :
Lundi, mardi, mercredi.
» Et les chats sorciers, tout joyeux, se mirent à répéter :
Lundi, mardi, mercredi.
« Quand ils eurent dansé quelque temps, ils se demandèrent, les uns aux autres, qui avait enrichi leur refrain.
« — C'est moi, répondit le bossu, en quittant le fossé où il s'était caché.
« — Ah ! dirent les chats sorciers, que ferions-nous bien pour récompenser cet homme du service qu'il vient de nous rendre ?
« — Il faut, répondirent plusieurs voix, lui ôter sa bosse.
« Les chats sorciers applaudirent à cette proposition. En un clin d'œil, cela fut accompli, et le bossu s'en retourna chez lui sans sa bosse et aussi droit que s'il avait avalé une baïonnette.
« Un autre homme de Plévenon qui avait sur le dos une grosse bosse, dont il était bien marri, ayant entendu parler du service que les chats sorciers avaient rendu au ci -devant bossu, vint le trouver et lui demanda comment il avait été rendu droit comme un navire.
L'autre lui indiqua; volontiers, comment la chose était arrivée, et le bossu se rendit auprès de la croix :
« 11 y avait à peine une heure qu'il y était arrivé, lorsqu'il vit les chais sorciers qui marchaient sur deux rangs en répétant les mêmes paroles :
Lundi, mardi, mercredi, Lundi, mardi, mercredi.
« Au moment où ils passaient près de lui, il cria :
Lundi, mardi, mercredi, jeudi,
comme on lui avait recommandé de dire. Les chats sorciers répétèrent ces paroles, mais s'apercevant que ce nouveau refrain ne s'accordait pas avec l'autre, ils sautèrent sur le bossu et, pour se venger, ils lui placèrent sur la poitrine la bosse qu'ils avaient ôtée à sou voisin. Et le malheureux s'en retourna chez lui semblable à Polichinelle, bossu par derrière et bossu par devant. »
A citer parmi les similaires : Les Deux Bossus et le Nain, conte breton, recueilli par Luzel ; Mercredi, conte de marin, recueilli par Sébillot ; la légende irlandaise Knockr/raffton, recueillie par Loys-Biîuykres, et qui se rapproche beaucoup de la légende ardenuaise. Lusmore, le bossu, chante si bien et si à propos que les lutins lui enlèvent sa bosse. Un autre bossu, sur les conseils de sa mère à qui Lusmore a conté son secret, va trouver ces lutins qui habitent la fosse de Knockgraffton, mais il arrive si intempestivement et chante si désagréablement que les lutins le gratifient de deux bosses.
Nous retrouvons encore en Auvergne ce thème des lutins qui ne peuvent finir leurs chansons : Les Ames en peine. De petits vieux et de petites vieilles dansent en chantant :
Toutes le? âmes pieuses, Toutes les âmes pieuses,
mais n'en savent dire davantage. Une jeune fille, qui les surprend au milieu de leur ronde, ajoute cette phrase :
Louent leur seigneur et maître,
Puis, repassant le lendemain, elle continue ainsi :
Qui sauvera les homme*.
Et eufin :
Les bons et les méchants.
Et la chansou ayant été ainsi complétée, les âmes out fini leur pénitence et montent au ciel.
Voir dans Carnoy : Littérature orale de la Picardie, uue nomenclature de quelques similaires mentionnés à la suite du conte picard : « Le Lutin et les Deux Sorciers ; Luzel : Contes de la Basse-Bretagne, etc., etc.