‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 345 sur 392 · LE COQ ET LA POULE · texte numérisé non relu

LE COQ ET LA POULE

11 y avait une fois un coq et une poule. Un jour ils s'en allèrent, de compagnie, cueillir des noisettes. Arrivés dans le bois, ils montèrent sur les noisetiers et cueillirent les noisettes. Le coq chantait : « Plus je casse, moins je trouve » — voulant dire par là : plus je casse des branches pour cueillir des noisettes, moins j'en trouve; — et la poule lui répondait : « C'est comme moi, plus je casse, moins je trouve. » Or, le sac du coq était déjà presque rempli, tandis que le sac de la poule était presque vide.

La poule alors cria au coq : « Trouves-tu des noisettes ? — Plus je casse, plus je trouve, chanta encore le coq. — Et moi, reprit la poule, plus je casse, moins je trouve. ~»

Quand le coq eut rempli son sac, il dit : « Poule, allons-nous-en, mon sac n'en peut plus tenir. » La poule lui répondit : « Coq, il m'est impossible de partir, mon sac est vide. » Cependant, le coq étant parti, la poule, bon gré mal gré, dut le suivre, mais elle ne cessa de lui répéter le long du chemin :

— Coq, donne-moi des noisettes

Ou je t'arrache la lurlupelte (la crête).

Le coq fit semblant de ne pas entendre. Alors, la poule, comme elle l'avait dit, lui arracha la lurlupette.

— Ce n'est pas tout ça, dit le coq lorsqu'il n'eut plus sa lurlupette : il faut, poule, que tu viennes avec moi chez le cordonnier pour me la faire remettre.

Bon ! ils arrivent chez le cordonnier.

CONTES DIVERS

— Que veux-tu, coq ?

— Que tu me remettes ma lurlupette.

— Je n'ai pas de soie pour la coudre sur ta tète ; vas en demander au cochon. Ils arrivèrent chez le cochon qui leur dit :

— Je veux bien vous donner de la soie, mais, comme tout se paie, allez trouver la vache et qu'elle vous donne du lait en échange de ma soie.

Bon ! ils vont chez la vache et lui demandent du lait.

— Soit! dit la vache, je vous laisserai prendre de mon lait, mais à condition que vous direz au pré de me laisser prendre de son herbe.

— Donner de l'herbe à la vache ! dit le pré, mais je ne demande pas mieux! à condition cependant que la rivière m'arrose de son eau.

Ils allèrent donc, enfin, demander de l'eau à la rivière qui en donna au pré, et le pré put alors demander de l'herbe à la vache qui donna du lait au cochon qui laissa prendre de sa soie au cordonnier, et ainsi put être raccommodée la lurlupette du coq.

Raconté par M. Robinet, instituteur à Pauvres, qui le tient de sa grand'nière.

A titre de curiosité et de rapprochement, nous citerons en entier ce. conte lorrain : La Pouillotte et le Coucherillol, recueilli par Cosquin. Il prouvera, une fois de plus, qu'il est bien difficile de trouver un conte qui n'ait pas son similaire :

« Un jour, la pouillotte {petite poule) et le coucherillot {petit coq) allèrent aux noisettes. En cassant les noisettes à la pouillotte., le coucherillot avala une écale : il étranglait.

« La pouillotte courut à une fontaine : « Fontaine, donne-moi de ton eau pour m'abreuver « que j'abreuve le petit coucherillot qui étrangle en grand gosillot. — Tu n'en auras pas si tu ne 'i vas pas me chercher de la mousse. »

« La pouillotte s'en alla près d'un chêne : << Chêne, mousse-moi que je mousse la fontaine, « que la fontaine m'abreuve, que j'abreuve le petit coucherillot qui étrangle en grand gosillot. « — Tu n'auras rien si tu ne vas pas me chercher une bande. »

» La pouillotte alla trouver une dame : » Madame, bandez-moi, que je bande le chêne, que le « chêne me mousse, que je mousse la fontaine, que la fontaine m'abreuve, que j'abreuve le '< petit coucherillot qui étrangle en grand gosillot. — Tu n'auras rien si tu ne vas me chercher des 'i pantoufles. »

« La pouillotte entra chez le cordonnier : « Cordonnier, pantoufle-moi, que je pantoufle <• madame, que madame me bande, que je bande le chêne, que le chêne me mousse, que je mousse « la fontaine, que la fontaine m'abreuve, que j'abreuve le petit coucherillot qui étrangle en grand « gosillot. — Tu n'auras rien si tu ne vas me chercher des soies. »

« La pouillotte alla trouver une coche {truie) : « Coche, soie-moi, que je soie le cordonnier, « que le cordonnier me pantoufle, que je pantoufle madame, que madame me bande, que je bande « le chêne, que le chêne me mousse, que je mousse la fontaine, que la fontaine m'abreuve, que « j'abreuve le petit coucherillot qui étrangle en grand gosillot. — Tu n'auras rien si tu ne vas « me chercher de l'orge. »

« La pouillotte alla près d'une gerbe : <• Gerbe, orge-moi, que j'orge la coche, que la coche « me soie, que je soie le cordonnier... [même formule). — Tu n'auras rien si tu ne vas me cher- « cher le batteur. »

« La pouillolte s'en alla trouver le batteur : « Batteur, bats la gerbe, que la gerbe m'orge. « que j'orge la coche... {tiiêmc formule) ...que j'abreuve le petit coucherillot qui étrangle en « grand gosillot. »

Ici, dit M. Cosquin, le conte s'arrête brusquement. Dans la forme complète, la poule finit par avoir de l'eau, mais quand elle arrive — trop tard ! — le coq est mort.

Un conte de La Ferté-Gaucher se rapproche beaucoup de la version ardenuaise. Au nombre des similaires, M. Cosquin indique : deux contes allemands, de Grimm; un conte norwégien ; un conte tchèque; un conte saxon; un conte souabe presque semblable à la version qui nous vient de La Ferté-Gaucher et à la version, ardenuaise : le coq, en effet, a besoin d'un cordonnier pour recoudre son jabot qu'il a crevé en prenant trop fort son élan; un conte catalan; un conte (le l'Ardèche, etc., etc.

A rappeler aussi un conte corse (collection Ortoli) : Pedilestu et Mustaccina ; une randonnée de la Loire-Inférieure; Le Lait de Madame, dans les contes agenais de Bi.adk ; un conte oriental, dans les Mélanges asiatiques: un conte picard, de Carnoy : Kiou-Kiou et Kiou-Coclet. Voir également dans Bi.adk. contes gascons : Le Rat et la Rate, Tricote. Le l'ère et la Fille. Brisquétj etc.

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