‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 346 sur 392 · MOITIÉ-POULET · texte numérisé non relu

MOITIÉ-POULET

Il y avait une fois une moitié de poulet en train de picorer sur un fumier. Elle trouva une bourse remplie de pièces d'or. Or, au même moment passa le roi qui, n'ayant plus d'argent, dit à Moitié-Poulet :

— Veux-tu me prêter ta bourse ?

— Je veux bien, répondit Moitié-Poulet, mais à condition que tu me paieras les intérêts.

Le roi prit donc la bourse, mais Moitié-Poulet attendit longtemps et longtemps sans jamais rien voir venir. Il écrivit alors au roi pour lui rappeler et l'argent qu'il avait emprunté et la promesse faite de le rembourser avec les intérêts. Mais le roi, soit qu'il eût oublié, soit qu'il fût mauvais débiteur, ne répondit pas, et plusieurs autres lettres restant aussi sans réponse, Moitié-Poulet se dit un beau matin :

— Je vais aller moi-même réclamer ce qui m'est dû.

Il se mit donc en route et, cbemin faisant, il rencontra son ami le loup.

— Où vas-tu, Moitié-Poulet?

— Je vais chez le roi, Cent écus me doit.

— Veux-tu me prendre avec toi ?

— Volontiers, loup; monte dans mon cou.

Or, voilà que, plus loin, ils rencontrèrent le renard.

— Où vas-tu, Moitié-Poulet ?

— Je vais chez le roi, Cent écus me doil .

— Veux-tu me prendre avec toi ?

— Volontiers, renard ; monte dans mon cou à côté de l'ami loup. Mais, au moment d'arriver, ils furent arrêtés par la rivière :

— Où vas-tu, Moitié-Poulet?

— Je vais chez le roi, Cent écus me doit.

— Veux-tu me prendre avec toi ?

— Je n'ai plus de place, rivière. -

— Oh ! je me ferai toute petite, toute petite.

■ — Monte donc dans mon cou et case-toi comme tu pourras entre l'ami renard et l'ami loup.

Ils arrivèrent ainsi au palais du roi.

— Toc ! toc ! à la porte.

— Qui est là ?

— C'est moi, Moitié-Poulet, qui viens te réclamer mon argent et mes intérêts. Le roi le fit entrer; mais, au lieu de le bien recevoir et de lui compter l'argent

qu'il lui devait, et aussi les intérêts, il l'envoya au poulailler.

— Ah ! c'est comme ça que tu me traites! dit Moitié-Poulet furieux. Renard ! sors de mon cou.

Le renard sortit du cou de Moitié-Poulet et mangea toutes les poules du poulailler.

Le roi envoya alors Moitié-Poulet à la bergerie.

— Ah ! c'est comme ça que tu me traites ! Loup ! sors de mon cou.

CONTES DIVERS

Le loup sortit du cou de Moitié-Poulet et étrangla tous les moutons de la bergerie.

Ce que voyant, le roi prit Moitié-Poulet et le jeta dans le four où il avait fait allumer un grand feu.

— Ah ! c'est comme ça que tu me traites ! Rivière ! sors de mon cou.

Et la rivière, étant sortie du cou de Moitié-Poulet, engloutit en un rien de temps le palais du roi dont, aujourd'hui, il ne reste plus la moindre petite pierre.

Pour les similaires de ce conte recueilli à Sailly, voir notamment Sébillot : Moitié de Coq, dans les « Contes des Paysans et des Pêcheurs. » Un homme et sa femme se querellent sans cesse parce que le mari, ivrogne incorrigible, fait argent de tout ce qu'il trouve dans la maison. Il no reste plus qu'un coq qu'il veut vendre ; la femme proteste. Il est convenu qu'on le partagera en deux et que chacun aura sa moitié.

Dans un conte flamand intitulé Demi-Coq, Petit-Jean et Petite-Marie n'ont pour tout héritage qu'un coq. 11 est coupé par moitié et chacun prend sa part. Une de ces moitiés de coq va au château de Van Bruniskatel pour y chercher trois bourses d'argent et d'or et en chemin s'adjoint, pour cette expédition, en les cachant sous son aile, deux voleurs, deux renards et même un ruisseau. Arrivé dans le château, il donne la liberté aux voleurs qui détalent après s'être emparés des chevaux, aux renards qui croquent les poules, au ruisseau qui inonde le château, si bien que Van Bruniskatel, pour éviter d'autres calamités plus grandes, donne les trois bourses d'or et d'argent à Demi-Coq qui, loyalement, les apporte à Petit-Jean (Jeanneken) et à Petite-Marie (Mieken). Ceux-ci vivent alors riches jusqu'à la fin de leurs jours.

Voir dans Basset : « Contes berbères, » Moitié de Coq. Un homme a deux femmes qui toutes deux possèdent un coq en commun. Elles se disputent et prennent, chacune, une moitié de coq. La plus sotte des deux femmes fait cuire la moitié qui lui échoit; l'autre, plus rusée, la laisse vivre. Bien qu'il n'ait qu'une patte et qu'une aile, il va à la recherche de trésors qu'il trouve après de nombreuses aventures et, chargé de richesses, revient près de sa maîtresse.

A citer encore un conte poitevin : Mouè'te de Queue; dans les contes français de Marelle : Bout de Canard: un conte du pays messin : Moitié de Coq: un conte picard dans Cahnoy : Coquelet en voyage: un conte albanais dans le recueil de Dozon : Le Coq et la Poule; un conte des Slaves du Sud : Coq et Poule: dans Bladé : « Contes de la Gascogne, » Le Voyage du Coq, Le Coq et ses amis, etc., etc.

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