‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 362 sur 392 · LA FAUCILLE, LE COQ ET LE MERLE BLANC · texte numérisé non relu

LA FAUCILLE, LE COQ ET LE MERLE BLANC

Il y avait une fois une famille si pauvre, si pauvre, qu'elle mourait quasi de faim, ne sachant pas le soir, quand elle se couchait, si, le lendemain, elle trouverait à manger. Elle se composait du père, de la mère, aussi vieux l'un que l'autre, ayant la peau toute ridée et les cheveux tout blancs, et de trois garçons aussi beaux, aussi solides que le père et la mère étaient défigurés et affaiblis par l'âge. Donc ils vivaient tous péniblement, courant de village en village, frappant à toutes les portes et demandant : « Avez-vous des couteaux à repasser ? » Car il faut vous dire qu'ils étaient repasseurs de couteaux.

Mais, un beau matin, l'ainé des garçons qui était actif, intelligent et voulait à tout prix sortir de cette affreuse misère, vint trouver son père et lui dit :

— Père ! si tu savais le beau rêve que j'ai fait cette nuit !

— Ah ! et qu'as-tu donc rêvé, garçon ?

— Ce n'est peut-être pas précisément un rêve, car je ne dormais pas, je songeais.

— Et à quoi songeais-tu, garçon ?

— Tu sais bien qu'un jour, M. le curé nous avait prêté un beau livre où j'ai lu qu'en certain pays on faisait la moisson avec une arbalète.

— Une arbalète ! Et comment ça?

— Voici : quand les blés sont mûrs, les gens de ce pays prennent leur arbalète et tirent sur les épis. A mesure qu'ils tombent, ils les mettent à côté les uns des autres et les enlèvent quand ils sont en gros tas; ainsi se fait la récolte. Mais j'ai idée que si je vais dans ce pays avec des faucilles, je les vendrai le prix que je voudrai, et qu'alors, en peu de temps, je reviendrai riche, riche à ne savoir que faire de mon argent.

— Ça, c'est une bonne idée ! Pars donc, mon fils, et puisses-tu revenir aussi riche que tu le dis.

Bon ! il partit et, après avoir marché longtemps, longtemps devant lui, il arriva dans ce pays, juste au moment où allait se faire la moisson. Or, un matin que les moissonneurs se rendaient aux champs avec leurs arbalètes, ils ne furent pas peu surpris de voir un homme faisant tomber les épis de blé avec un instrument qu'ils ne connaissaient pas, mais si vite, si vite, qu'en moins d'une heure toute la moisson était terminée où ils restaient au moins quinze grands jours pour faire le même ouvrage. Peu s'en fallut, tant ils étaient émerveillés, qu'ils ne le prissent pour un sorcier.

— Eh ! l'homme, lui dirent-ils une fois revenus de leur étonnement, comment appelles-tu cet instrument ?

— Une faucille.

— Veux-tu nous la vendre ?

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