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LES ADIEUX DE LA MARIÉE

Quand on marie sa fille, On doit la revêtir.

On lui met robe sur robe, Mariage à son plaisir.

Allez ! Allons ! la derirelte, Et allons donc ! la deridon.

On lui met robe sur robe, Mariage à son plaisir.

Et un cotillon rouge, Pour dire : Adieu plaisir.

Allez ! Allons ! etc.

Et un cotillon rouge.

Pour dire : Adieu plaisir.

Adieu père, adieu mère, Adieu tous mes amis.

Allez ! Allons ! etc.

(1) Dans la Meuse, ;ï Maures, Verdun; à Mouzay, près Stenay — presque les Ardennes, tant nous sommes en relations avec cette partie du département limitrophe, — la veille des mariages, les garçons et les demoiselles d'honneur fout le tour du village en offrant des paquets d'épingles gros pour les jeunes fdles, moyens pour les fillettes et petits pour les femmes. On offre aussi aux jeunes gens des paquets en tenant une allumette et une épingle. Cela correspond à uns billets de faire-part et sert d'invitation à la messe, au repas et à ce que l'on appelle dans le pays « les honneurs du lendemain, » c'est-à-dire le goûter et le bal. — D'après une communication de M. R. Stikb.:i„ dans la Revue des Traditions (octobre 1889).

Adieu père, adieu mère, Adieu tous nies amis.

Je me mets en ménage, Avecque mon mari.

Allez ! Allons ! etc.

Je me mets en ménage, Avecque mon mari.

Pour toute ma jeunesse, Et ma vieillesse aussi.

Allez ! Allons ! la derirette, Et allons donc, la deridon.

Mais avant d'arriver à l'union légale et à la bénédiction religieuse, il fallait, naturellement, que le mari eût été agréé.

Le plus souvent le fiancé était d'autant plus désiré, d'autant plus attendu, que la jeune fille, dans le plus profond de son cœur, l'avait déjà choisi. Dans le pays d'Attigny, autrefois, nous fait savoir M. Bruge-Lemaitre, elles arrachaient de leur quenouille un brin de filasse qu'elles étendaient sur le sol en forme de couronne agrémentée d'une queue d'étoupe facile à enflammer, puis, à égale distance du point de jonction où cette queue se rattachait à la couronne, elles plaçaient deux petites bûchettes représentant chacune une personne désignée. Dès que le feu avait été mis à la traînée, la jeune fille, anxieuse, regardait quelle serait la petite bûchette atteinte la première par la flamme, et si, par exemple, c'était Jean qui brûlait le premier, c'était Jean qu'elle devait épouser (1).

Quand un garçon désirait se marier, il laissait deviner à la jeune fille qu'il la désirait pour femme, en la faisant danser plus souvent que les autres chaque fois qu'il y avait bal dans la commune. Alors ils commençaient à se « parler, » suivant l'expression ardennaise. Une fois les premiers serrements de mains échangés, les premières déclarations faites pendant la danse, le jeune homme se hasardait à se présenter dans la maison où demeurait l'élue de son cœur. Quel accueil lui était-il réservé?

Si la jeune fille, dès qu'entrait le galant, se mettait à balayer, à épousseter les meubles, c'était bon signe. Cela signifiait : « Il y a peut-être, du désordre chez nous, un peu de poussière dans les coins, mais n'ayez crainte, vous aurez en moi une bonne ménagère aimant à ce que tout soit propre, à ce que tout reluise. »

Le prétendu s'asseyait, et la demoiselle continuait à balayer. C'était le moment

(1) Nous trouvons dans Sauvé, Folk-Lore des Hautes-Vosges, un usage à peu près semblable. La jeune fille fait, avec une poignée d'étoupes, trois petites poupées qu'elle range sur une même ligne. Les poupées de droite et de gauche figurent les amoureux qu'elle a, ou voudrait avoir, celle du milieu la représente elle-même. Un tison, brusquement approché de cette dernière, a tôt fait de les mettre en tîammes, et il suffit à la jeune fille d'examiner vers lequel des deux galants le feu se dirige tout d'abord pour savoir de façon à peu près certaine dans quel village demeure le jeune homme qu'elle épousera. Ce jeu innocent constitue l'une des distractions favorites des jeunes filles pendant les longues veilléee d'hiver.

Voir dans notre chapitre VI, les coutumes spéciales relatives à l'anti-bois, — autre inoyen de connaître son futur mari.

critique. Si elle balayait autour de la chaise où il setait assis, sans dire au jeune homme de se déranger, c'était lui faire comprendre : « Vous voyez que je ne me gêne pas pour vous, puisqu'à partir d'aujourd'hui vous êtes de la famille. »

Mais si, par malheur, elle lui disait : « Levez-vous, » cela signifiait : « Vous voyez bien que vous me gênez, vous n'êtes qu'un intrus qui m'empêchez de faire le ménage. »

L'amoureux éconduit n'avait qu'à prendre son chapeau et à se retirer ; il n'avait pas su conquérir le cœur de sa belle.

Il arrivait parfois, qu'ayant plu à la jeune fille qui ne l'avait pas forcé à se lever pendant qu'elle balayait, le jeune homme déplaisait aux parents. Ils avaient alors une manière de lui faire comprendre qu'il n'était pas agréé par la famille. C'était le soir, à la veillée, pendant le premier jour que l'amoureux faisait sa cour. Si le père, la mère, ou l'un des grands-parents, disait : « 11 se fait tard, couvrons le feu, et allons nous coucher, » c'était un congé en règle (1).

Au contraire, si les grands-parents entretenaient le feu et ne le laissaient pas davantage s'éteindre que la conversation, le fiancé comprenait qu'il n'était plus un étranger dans sa famille d'adoption.

Ces usages étaient surtout en vigueur dans la vallée de la Meuse ; clans l'autre partie des Ardennes, voisine de la Champagne, les fiançailles avaient un caractère moins mystique.

Le père, quand il voyait sa fille courtisée, prenait des renseignements sur la famille de l'amant. S'ils étaient favorables, les grands-parents de la demoiselle dînaient chez les parents du garçon et le félicitaient de l'excellente résolution qu'il prenait de vouloir faire une fin en se mariant avec une jeune personne si sage, si belle, et qui serait la meilleure des ménagères.

Le jeune homme était alors, après ce repas, autorisé à faire sa demande. Les parents de la future l'attendaient, réunis en cercle dans la plus belle pièce de la maison.

11 entrait, les hommes se levaient et se découvraient.

« Vous savez, sans doute, ce qui m'amène, disait-il. Il paraît que vous avez une jeune fille à marier. »

« C'est vrai, répondait le père. Mais il faut au moins que je sache si notre fille veut se marier. Je vais l'appeler. »

La jeune fille était introduite. On lui faisait part de la demande dont elle était l'objet. Si elle répondait : « Ce Monsieur me fait beaucoup d'honneur, mais je dois m'en rapporter à la décision de mes parents, » ces paroles signifiaient clairement : « Je veux bien me marier avec ce garçon qui vient de demander ma main. »

Tout le monde alors dînait ensemble.

Si la demoiselle avait laissé comprendre qu'elle ne désirait pas avoir le jeune homme pour mari, le pauvre diable, qui en avait été pour ses frais, ou son mandataire, prenait ses cliques et ses claques et s'en allait piteusement dîner à l'auberge.

La jeune fille était souvent embarrassée. Elle ne voulait pas du jeune homme

(1) « Dans certaines communes de la Bretagne, à Ouessant, par exemple, on laisse au garçon le droit de se dédire. 11 lui suffît, pour cela, d'entrer chez sa fianc e au moment où les parents sont rassemblés autour du feu, de prendre un tison et de If poser en travers de l'être : par cette action, il déclare renoncer à s'asseoir au foyer de la famille à laquelle il avait d'abord voulu s'allier: — E. Souvestre : Les derniers Bretons. » — Cette coutume existe-t-elle toujours en Bretagne ?

pour mari, et répondant elle n'osait le refuser ouvertement : elle équivoquait alors sur Tune des clauses de la dot, même la plus insignifiante.

Elle n'avait qu'à dire : « Non, ceci n'est pas acceptable, » et le jeune homme devait entendre : « Je ne veux pas me marier avec vous. »

Ce désaccord prenait surtout naissance lorsque les fiancés — ou soi-disant tels, en ce cas, — discutaient la « question des bagues et joyaux. » On désignait ainsi une somme que le futur donnait à sa belle et qui, aussitôt cette donation faite, lui appartenait en toute propriété. C'est ce que, dans le Midi, on appelle le « trezain, » car cette somme se compose ordinairement de treize pièces d'or, d'une valeur plus ou moins forte, suivant la fortune des familles.

A Saint-Etienne-à-Arnes, quand est célébré le mariage religieux, le nouveau marié, avant la messe, remet au sacristain treize pièces de monnaie avec l'anneau nuptial. Ces treize pièces de monnaie sont rangées en cercle dans un plat d'étain, et l'anneau est mis au milieu. Pendant la cérémonie du mariage, un enfant de chœur, placé à gauche du curé, tient le plat; à un certain moment de la cérémonie, le curé prend l'anneau nuptial, le donne à l'époux en lui disant de le mettre au doigt annulaire de la main gauche de sa femme; un peu après, il prend trois des treize pièces de monnaie, les donne aussi à l'époux en lui disant de les placer dans la main droite de sa femme.

Ces trois pièces veulent dire que l'homme doit à sa femme la nourriture et l'entretien. Beaucoup de femmes gardent toute leur vie leurs trois pièces de monnaie, elles les emportent même avec elles dans la tombe.

Jusqu'à la refonte de nos monnaies de cuivre en 1853, les pièces matrimoniales étaient généralement des liards ou des sous; aujourd'hui ce sont des pièces de un, deux ou cinq centimes. Rarement on voit dans le plat d'étain des pièces de vingt ou de cinquante centimes. De loin en loin, quand j'étais enfant de chœur, un époux mettait trois pièces d'argent avec dix pièces de cuivre, croyant que le curé donnerait les trois pièces blanches à l'épouse. Mais, jamais, le curé n'a paru comprendre l'intention du nouveau marié : il conservait l'argent pour lui et donnait du cuivre à la jeune femme. — D'après une communication de M. Louis.

Demandait-on au jeune homme, sous prétexte de « bagues et bijoux, » une somme hors de proportion avec son état de fortune, il était forcé de répondre : « Il m'est impossible de donner autant. »

Ce refus était considéré comme une grave injure faite à la jeune fille : de là, rupture du mariage.

Il arrivait parfois que la demoiselle retirait sa parole, malgré qu'elle se fût engagée formellement, et eboisissait un autre homme pour mari. Voici alors ce qui se passait, notamment à Iteviu. Le dimanche après les vêpres, au prône desquelles les nouveaux bans étaient publiés, les camarades de l'amant délaissé le forçaient à aller chez l'infidèle pour lui « réclamer ses miches. »

A vrai dire, il n'y allait pas tout seul. La jeunesse passait à travers l'anse d'une profonde corbeille une longue barre de bois sur laquelle l'amoureux éconduit se plaçait à califourchon, puis les deux plus vigoureux de la bande saisissaient les

Il)

deux bouts de cette barre, et notre homme était porté proeessionnellement chez son ex-belle.

Demandé à être introduit, il descendait de sa monture burlesque, entrait dans la maison et, prenant un air triste, il disait aux grands-parents :

« Depuis longtemps j'aimais votre fille, je ne vivais que pour elle, négligeant mes amis, me négligeant moi-même, et voilà qu'elle me repousse. N'est-il donc pas juste qu'en me dédommageant vous me fassiez oublier cet abandon ? »

On lui donnait alors deux petits pains ou deux gâteaux ; puis l'amoureux remontait sur sa barre de bois et, non moins proeessionnellement, la jeunesse le portait jusqu'à l'auberge, où l'on mangeait, en les arrosant de force rasades, ces deux petits pains, et aussi en agrémentant le repas de quolibets plus ou moins salés (1).

Les fiançailles terminées, les futurs époux donnaient réciproquement le nom des parents aux membres des deux familles. A la mairie, chacun se plaçait selon son rang d'âge ou de parenté, l'épousée en tête conduite par le « père des noces, » c'est-à dire son propre père ou celui qui en faisait fonctions, notamment dans la vallée de la Meuse. Dans certains autres endroits, c'était le garçon d'honneur qui conduisait la mariée. Souvent aussi, surtout dans le pays d'Attigny, la mariée, nous apprend M. Bruge-Lemaître, portait autour de son cou une petite chaîne dite « jouette. «N'était-ce pas là un souvenir du joug ancien du conjugium dont, à Rome, le jour des noces, devaient se parer les jeunes époux (2)?

Suivant l'usage établi dans chaque commune, les jeunes gens attendaient, soit

(1) Voici ce qu'à ce propos, dit M. Fertiault, Revue des Traditions populaires, mars 1889. Nous sommes en pleine Bourgogne :

a Aux environs de Verdun-sur-Doubs, comme dans nombre de localités de province, les garçons font la cour aux filles ostensiblement et en tout bien tout honneur. 11 en résulte qu'on sait toujours quand telle fille est courtisée. Plus des trois quarts du temps, le mariage sanctionne ces gentils préliminaires. Mais il arrive quelquefois qu'un gars change d'idée et porte ses hommages à une autre fillette qu'il a mieux trouvée à sa convenance pour la beauté ou pour la dot. Dans ce dernier cas, les camarades du volage se réunissent, vont couper de grandes branches de saule et les portent clandestinement devant la porte de la délaissée. Pourquoi ce choix du saule et quel sens railleur lui donnent-il dans cette malice ? Ces railleurs en sont venus à n'attribuer aucun sens à leur allusion. Ils plantent des branches, parce que c'est la coutume de planter des branches. Jadis c'était, non pas une branche de saule, mais une tige de sauge que l'on plantait à la porte de l' ex-promise. La signification était alors bienveillante. La*£auge était regardée comme curative : cela signifiait qu'on voulait calmer la douleur de la jeune fille. Mais le mot sauge désignant aussi le saule, il y eut confusion ; on ne s'est pas occupé du sens vrai de l'objet cueilli, et la branche d'arbre sans vertu s'est, inconsciemment, substituée à la tige bienfaisante. Quoi qu'il eu soit, la démarche est-elle généreuse ? La fillette n'est certainement pas sans ressentir le contre-coup de celte malveillante symbolisation. Ou se souvient volontiers des branches de saule, et les courtisans futurs sout par là, dûment avertis que la pauvre amoureuse à été abandonnée par un des garçons du pays. »

(2) Cet usage est si commun, si connu, que nous le retrouvons non seulement dans toute la France, en Europe, mais aussi dans bien des pays du monde. Comme preuve, nous nous contenterons de rapporter ce passage des : Coutumes de l'Asie mineure, par MM. Cahxoy et Nicolaïdks :

« Lorsque les nouveaux époux sortent de l'église après le mariage, les assistants leur jettent des poignées de grains de blé et des piécettes de monnaie. L'accomplissement de cet usage traditionnel amène la prospérité et la fortune dans le nouveau ménage. Les enfants du village ou de la ville, ne manquent pas de se précipiter sur les pièces de monnaie et de s'en emparer après une bataille furieuse. »

Dans le département des Landes, cette distribution de piécettes se fait particulièrement dans les circonstances suivantes; ou plutôt se faisait, car cet usage se perd de jour en jour. Quand arrive Noël, tous les petits gamins de la ville, en très grand nombre, s'attroupent devant chacune des maisons où, pendant le cours de l'année, a eu lieu une naissance, et crient : Pique haou ! Pique haou ! Pique haou ! Ou leur jette alors des piécettes, ou des fruits, ou des noix, qu'ils se disputent avec acharnement, avec force horions ; ils vont ensuite recommencer ailleurs leur charivari.

devant la mairie, soit à la sortie de leglise, les époux auxquels ils offraient un bouquet, principalement lorsque le marié était étranger au pays et, en échange, ils recevaient une « aubaine » qui ne valait jamais, nous l'avons dit, « les mérites de la demoiselle, » à moins que la jeune fille n'eût mauvaise réputation. En outre, un peu partout, les gamins du village, ou de la ville, attendaient devant la porte de l'église qu'on voulût bien leur jeter quelques sous ou quelques pièces blanches.

La bénédiction nuptiale terminée, la jeune femme prenait le bras de son beaupère, puis toute la noce allait diner (1).

A Renwez, autrefois, à peine la messe de mariage était-elle terminée que les nouveaux époux quittaient précipitamment la place qu'ils avaient occupée pendant l'office et, aux éclats de rire de tous les assistants, couraient à l'autel. Le premier arrivé baisait la nappe et avait, dès ce moment, le droit de « porter culotte » pendant toute la durée du mariage, c'est-à-dire jusqu'à sa mort.

Dans le nord des Ardennes, un ruban blanc était attaché aux alliances et, aussitôt les alliances bénies, on coupait les rubans en autant de morceaux qu'il y avait d'invités. Chaque invité attachait ce petit morceau de ruban sur le revers de son habit.

Il était aussi d'usage, dans quelques communes, que la mariée, lorsqu'elle était orpheline, revêtit à la messe de mariage ses anciens habits de deuil, quelque éloignée que fût la mort de ses père et mère. Tout au moins, lorsqu'elle portait une robe blanche, elle devait avoir à chaque bras un bracelet en velours noir.

A Saint-Etienne-à-Arnes, — nous dit M. Louis, professeur de philosophie au lycée de Charleville, — quand la noce sortait de l'église, elle trouvait devant le portail les garçons et les demoiselles d'honneur qui attendaient les mariés avec une tasse de bouillon ou un verre de vin chaud. Les époux buvaient dans le même verre ou dans la même tasse, ce qui signifiait : « Tout, désormais, sera commun entre nous. » Après qu'ils avaient bu, garçons et demoiselles d'honneur leur essuyaient la bouche avec une serviette dans laquelle, le plus souvent, on avait eu soin de mettre de la farine ou de la poussière de charbon. Plus anciennement, avec la tasse de bouillon ou le verre de vin, on apportait une soupière renfermant deux pigeons vivants. La mariée découvrait la soupière et les deux oiseaux s'envolaient ; ce qui signifiait : « Jeunes époux, Vous êtes libres, n'étant plus sous la tutelle de vos parents. »

A Bièvres, la messe de mariage terminée, les nouveaux époux buvaient dans le même verre un peu de vin. Puis le mari lançait fortement le verre à terre : s'il ne se brisait pas, c'était signe de malheur; s'il se brisait, c'était signe de bonheur, et plus les morceaux en étaient petits et nombreux, plus le bonheur devait être grand. Cet usage est, croyons-nous, toujours en vigueur dans cette commune.

Ordinairement, les nouveaux mariés ne se mettaient pas à table ; ils servaient les invités et ne pouvaient s'asseoir qu'au dessert, après avoir embrassé tous leurs parents.

(1) Ki'uscher — Mariage entre communes par enlèvement et achat, — croît que l'anneau nuptial est un symbole de l'ancien esclavage de la femme et qu'il représente, pour ainsi dire, une chaîne n'ayant qu'un anneau. 11 justifie son assertion par des preuves tirées des traditions germaniques. Chez les romains, dit-il, l'époux offrait aussi à sa fiancée* parmi les autres présents, un anneau de fer sans pierre; ce ne fut que plus tard qu'on le fit en or. C'est seulement dans les temps modernes, que l'époux, à son tour, a reçu un anneau de sa femme. En Angleterre, l'anneau nuptial n'est porté que par la femme. — Voir de Gibernatis : Histoire comparée des usages nuptiaux.

Lorsque les jeunes gens — ceux qui avaient offert le bouquet — prévoyaient que le repas lirait à sa fin, ils arrivaient devant la maison et, pour signaler leur présence, tiraient de nombreux coups de fusil. On les faisait entrer et on leur offrait à boire ; assez souvent, après avoir vidé leurs verres, ils les brisaient, voulant dire par là : « Vous faites un beau mariage, vous êtes assez riches pour payer la casse. »

Puis, on leur donnait quelques bouteilles de vin et le « pâté d'attrape » ou de « culage, » généralement rempli d'os de grenouilles, de pattes d'écrevisses ou de vieux chiffons.

Selon les usages en vigueur dans les différentes communes, la jeunesse pouvait réclamer ce droit de culage, soit le jour même, soit le lendemain du mariage. Ce n'était pas toujours un pâté, mais quelquefois un cul de veau, ou un gigot avec la queue, ou de nombreuses pièces de pâtisserie.

Introduits dans la salle du festin, les jeunes gens priaient « monsieur le marié et madame la mariée » de vouloir bien leur indiquer ce qui leur était réservé pour le culage. Et une fois les morceaux désignés, le capitaine de la jeunesse disait :

« — Nous permettez-vous d'embrocher ces morceaux ? »

« — Ils sont là pour ça, » répondaient « monsieur le marié et madame la mariée. »

Les morceaux étaient alors embrochés, puis les jeunes gens les portaient en triomphe, faisaient bruyamment le tour de la table, chantant des chansons bachiques, criant à tue-tête : « Culage ! culage ! » et sortaient enfin, se rendant non moins tumultueusement à l'auberge pour manger ce culage. Quelquefois aussi, ce culage était, jusqu'à l'auberge, majestueusement véhiculé sur une civière parée d'une belle nappe blanche et de fleurs.

A ce repas étaient invitées toutes les demoiselles de la commune, depuis la plus vieille jusqu'à la plus jeune. On disposait sur un grand plat autant de parts qu'il y avait de personnes présentes, et l'on présentait ce plat, d'abord à la jeune fille que l'on supposait être la plus amoureuse de la société. Chacun alors, à son tour, de se servir ensuite, s'arrangeant pour que toujours la queue du gigot restât à la plus bigote de la bande : petite jnalice qui engendrait une grande hilarité.

On chantait parfois, quand se terminait le banquet, une « Ronde du mariage, » dont nous ne reproduirons que le premier couplet, renvoyant pour les autres au Romancero de Champagne, qui la publie in extenso :

Jeunes filles de mon âge, Qui pensez à. vous marier, Pensez bien à ce que vous faites Aupai'avant de commencer (I).

On chantait encore le « Chant de grâces, » que l'on trouvera aussi dans le Romancero. Cette chanson essentiellement ardennaise paraît remonter au seizième

(1) Ces chanpous nuptiales sont un peu les mûmes dans tous les pays et traduisent les regrets qu'a la nouvelle mariée d'abandonner tout ce qui lui fui cher alors qu'elle était jeune fille. Voici, par exemple, l'ancienne chanson nuptiale bretonne telle que nous la trouvons traduite dans l'intéressant volume de Souvestre, Les derniers Bretons :

— Autrefois, dans ma jeunesse, j'avais un cœur si ardent !... Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais !

— J'avais un cœur si ardent! Ni pour or ni pour argent, je n'aurais donné mon pauvre cœur! Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais!

siècle. Elle ne semble pas être dite de nos jours dans son texte originel. Passot, qui vivait sous Henri IV, fait, dans ses Mémoires, allusion à ce chant nuptial.

Le soir du mariage arrivaient, tout naturellement, les plaisanteries d'usage, et les garçons d'honneur en étaient prodigues. Ils avaient surtout un objectif, c'était d'empêcher le mari d'aller rejoindre sa femme. Et ils y arrivaient quelquefois, si bien que « madame la mariée » passait absolument seule sa première nuit de noces. La chambre nuptiale, d'ailleurs, était presque toujours dans une maison fort éloignée de celle où s'était fait le repas de noces. Il fallait, en quelque sorte, imitant le simulacre romain, que l'époux fût censé entraîner de force son épouse jusqu'au domicile conjugal (1).

— Hélas! je l'ai donné pour rien! Hélas! je l'ai placé dans un lieu où il n'y a plus ni joies ni plaisirs... Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais!

— Peines et fatigues m'attendent : trois berceaux au coin du feu, fille et garçon dans chacun d'eux ! Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais !

— Trois autres au milieu de la maison, fille et garçon y sont ensemble!... Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais !

— Allez! courez aux fêtes et aux pardons, jeunes filles; mais moi, je ne le puis plus... Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais !

— Moi, vous voyez, il faut que je reste ici; je ne suis plus qu'une servante, jeunes filles, car je suis mariée!... Adieu, mes compagnes, adieu pour jamais!

(1) Ce simulacre de rapt est encore un souvenir des anciennes coutumes nous reportant à ces époques éloignées où la femme, étant en quelque sorte commune, il fallait l'enlever et s'en assurer la propriété par la force. — Voir Sociologie, par Letour.xeau ; la Civilisation primitive, par Tyi.or ; la Cité antique, par Fusïel de Coulaxges ; la Vie des sociétés, par Bordieiî ; Ko/ne au siècle d'Auguste, par Dezoiîry ; les Mœurs des Romains, par Fridlander ; le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, de Iticu et surtout d Humbert et Sagmo, etc.. etc.

Si, nous dit Bordier — ouvrage cité, — le rapt d'une jeune fille qu'on veut épouser ne se fait plus, le simulacre est resté dans beaucoup de pays après que les arrangements sont faits entre les deux familles. 11 faut alors que le jeune homme, entouré de ses amis, fasse le simulacre d'enlever sa femme. Le major Campbell, chez les Khonds d'Orissa, assista à un simulacre de combat livré par les jeunes filles à un jeune marié qui emmenait sa jeune femme sur fou dos, enveloppée dans un manteau d'écarlate. On lui dit que c'était la coutume. Il eu est de même dans beaucoup de tribus indiennes et africaines : chez les Kols, en Malaisie, chez les Tongousses, chez les Kamchadales, etc., etc. Le mari est censé poursuivre la femme qui fuit à cheval et la prendre de force, et pareil simulacre se retrouve encore dans certaines contrées de l'Europe.

George Sa.nd — la Mare au Diabli — a fait le récit d'une de ces vieilles coutumes encore vivaces vers 1858 dans les environs de Nohau.

« Quand, dit-elle, les parents de la mariée furent tous réunis, on ferma avec le plus grand soin les portes et les fenêtres; on alla môme barricader la lucarne du grenier. On mit des planches, des tréteaux, des souches et des tables en travers de toutes les issues comme si on se préparait à soutenir un siige... On entendit au loin des chants, des rires, des instruments rustiques... C'était la bande de l'épouseur... Quand les deux camps furent eu présence, une décharge d'armes à feu partie du dehors mit en grande rumeur tous les chiens des environs, et toute cette scène était si bien jouée qu'un étranger y eût été pris et eût songé, peut-être, à se mettre en état de défense contre une bande de chauffeurs. De longs pourparlers s'engagent ; les jeunes gens demandent à entrer, les femmes refusent :

Ouvrez la porte, ouvrez,

Mûrie, ma mignonne ;

J'ons de beaux cadeaux il vou- présenter,

Il élus ! ma une, laissez-nous entrer.

« A quoi les femmes répondent :

Mon père est en chagrin, ma mère en grande tristesse, Et moi, je suis fille de trop grand merci Pour ouvrir ma porte à cette lieurc-ei .

h On relire la cheville de bois qui fermait la porte à rmtérieur et les garçons se précipitcûl

Mais aussi, que de quolibets le lendemain, alors que ces garçons d'honneur mangeaient et buvaient la rôtie au nez et à la barbe du pauvre diable confus et que l'on forçait à « traîner le bloc » dans le village. Mais, s'il avait réussi à déjouer les ruses de ses malencontreux amis, c'est lui qui mangeait et buvait la rôtie et c'était la jeunesse invitée à la noce qui traînait le bloc. Faut-il dire que le bloc était une pesante souche d'arbre, la plus grosse qu'il fût possible de trouver. Ce bloc était lourd à traîner; aussi, pour stimuler ces chevaux d'un nouveau genre, leur appliquait-on force coups de fouet, inoffensifs, le plus souvent accompagnés de lazzis et de rires moqueurs.

Vous entendez bien que la mariée n'était pas épargnée davantage. L'usage, mais l'un des plus bénévoles, des moins salés, était de lui cacher les souliers ou les pantoufles qu'elle avait aux pieds au moment de se déshabiller pour se mettre au lit. Les trouvait-elle le lendemain, tant mieux! sinon elle était obligée de les racheter en offrant une petite collation consistant en café au lait ou vin chaud.

A Joigny, le soir d'une noce, la jeunesse invitée au repas, le garçon d'honneur en tète, cherchait à surprendre les mariés au lit. Et quelle joie quand ils s'étaient laissés surprendre ! Ils devaient, le lendemain, monter sur un âne et faire le tour du village. Mais, si cette « chasse aux mariés » ne réussissait pas, c'étaient les garçons et les demoiselles d'bonneur qui devaient enfourcher l'âne et faire cette promenade burlesque.

A Cbagny, il était jadis d'usage, le lendemain de la noce, d'aller faire un repas au lieudit La Gulee-Gilelte. La mariée était montée sur un cheval tout paré de rubans. Il y avait à la Culée-Gilette un chêne très vieux, si vieux qu'il était tout courbé par l'âge, et auquel on avait donné le nom de Bouc : voici pourquoi.

On fabriquait avec de la paille, de vieux linges, des éclats de bois, une espère de bouc que l'on suspendait à l'une des branches du chêne et, sur ce bouc, montaient à califourchon les garçons d'bonneur, chacun à son tour. Devant ce bouc, alors, venait caracoler la- mariée aussr gracieusement que possible lorsqu'elle était bonne écuyère ou comme elle le pouvait, pour peu qu'elle n'eût jamais monté à cheval. Mais il faut dire que les garçons d'bonneur n'enfourchaient le bouc que s'ils n'avaient pas su trouver, le soir même de la noce, la chambre nuptiale des nouveaux époux.

S'ils l'avaient trouvée c'étaient les garçons d'honneur qui caracolaient, sur le cheval, et les mariés qui enfourchaient le bouc. Puis une légère collation terminait ces exercices équestres. On se mettait ensuite en danse, et enfin, bras dessus, bras dessous, on revenait à Cbagny.

11 y avait encore les mariages qui se décidaienl, en quelque sorte, à la veillée des fileuses, un peu par force quelquefois, surtout lorsquil était notoire dans le village que tel garçon courtisait telle fille : on les savait assez amoureux l'un de l'autre pour prédire à peu près à coup sûr qu'ils s'épouseraient.

Donc, alors que les fileuses étaient dans tout le feu du travail, une voix qu'un rharioi (petit instrument composé d'un morceau de rot de tisserand recouvert d'une

sur le foyer de la cheiMiait'C pour y planter uni' broche ,ï rôtir, signe de possession. Mais ce uc fut pas sans combat, car les garçons cantonnés dans la maison se mirent en devoir de garder le foyer... Naturellement, la victoire reste au fiancé. » — Voir sur ce simulacre d'enlèvement l'une de nos notes qui précèdent à propos d'une coutume des Hautes-Vosges.

feuille de papier, qu'en parlant on effleurait des lèvres) rendait plus stridente et quelque peu semblable à celle sortant de la pratique de Polichinelle, criait du dehors :

— Bonsoir ! Bonsoir !

— Bonsoir ! Bonsoir ! repétaient les fileuses.

— Brrrrrrrrou Kiou ! Kiou ! — Brrrrrrrrou Kiou ! Kiou ! — Y n'y ai-t-y qué qu'un à marier? — Oui ! — Qu'est-ce? — Marie-Jeanne (on désignait la fdeuse qui portait ce nom) — Qu'est-ce que nous li donnerons? — Pierre et Jean (ou tel autre garçon que nommaient les ouvrières). — Rit-elle? — Oui, elle rit. — C'est entendu, ils se marieront.

Et bien des mariages ne se concluaient pas autrement. Mais cet usage de forcer deux amoureux à révéler leur doux secret n'était en vigueur que dans le temps gras, c'est-à-dire de la Noël au mercredi des Cendres, tous les jours, excepté le vendredi.

11 y avait aussi le « saudage, » dont, de nos jours encore, il reste quelques traces dans certaines communes ardennaises.

Le premier dimanche de carême, après les vêpres, les petits garçons se rassemblent et vont, par troupes, chercher des fagots, des branchages, qu'à n'importe quel prix il faut amasser. Les haies et les clôtures des jardins en souffrent un peu, mais qu'importe : on en veut « gros comme une maison. » Cette récolte est arrangée aussi « artistement » que possible en pyramide sur un point culminant près du village ; ensuite ils vont chez tous les laboureurs demander des bottes de paille qui ne leur sont jamais refusées, ils les ajoutent au monceau d'épines pour les rendre plus inflammables.

A la sortie de la prière du soir, un des gamins désigné par le sort met le feu au « buire » — ainsi se nomme cet amas de paille et de fagots.

Pendant que les flammes s'élèvent en tourbillonnant vers le ciel, projetant au loin une clarté rougeàtre qui donne au paysage un aspect fantastique, les enfants dansent autour, se tenant par la main, en chantant à gorge déployée :

Au buire ! Au buire !

Ceux qui n'y vinronl. pas aronl la fuira.

Et la foule qui entoure l'immense foyer répond en choeur : Au bu ii o ! Au buire !

Lorsque le feu commence à s'éteindre, les assistants se dirigent vers l'auberge où doivent se faire les « saudés » et, les yeux fixés sur une fenêtre du premier étage, attendent avec impatience l'annonce des futurs mariages pronostiques parle garçon le plus lettré de l'endroit, qui en a fait la liste d'avance.

La fenêtre s'ouvre et le « saudeur » se montre la tête découverte. Il tient d'une main la fameuse liste et de l'autre une chandelle allumée, puis, ayant demandé le silence, il crie d'une voix forte :

— > Saudage ! Saudage !

La foule répond en chœur :

— Qui voulez-vous sauder ?

Le saudeur. — Jean-Baptiste X... et Jeanne-Catherine Y..., n'sont-y pas bin saudés?

La foule. — Ma foi si fait !

Et un coup de fusil tiré en l'air annonce que le « saudé » est satisfait du choix qui a été fait pour lui.

Le saudeur continue avec le même cérémonial à crier les noms portés sur la liste, et lorsqu'elle est épuisée, il l'approche de la flamme et la brille en demandant :

— La liste et la chandelle sont-elles pas bien saudées? Et la foule répondait en battant des mains :

— Ma foi si fait (t) !

Cette cérémonie terminée, les jeunes filles emmènent leurs saudés et les con-

(1) Voici comment l'on « saude » dans les Hautes- Vosges ; le rapprochement est curieux : Le dimanche gras, à l'issue des vêpres, le gros de la population se porte sur la place de l'église. Accourus des premiers, les conscrits de l'année vont d'un groupe à l'autre, graves, affairés, interrogeant du regard les jeunes filles et feignant de recevoir d'elles de mystérieuses confidences. Après ce prélude, ils se rassemblent autour des chefs qu'ils se sont dounés pour la circonstance, se partagent eu deux bandes et envahissent, les uns à droite, les autres à gauche, deux maisons situées vis-à-vis l'uue de l'autre de la rue voisine. Presqu'aussilôt, on entend s'ouvrir daus chacune de ces maisons les fenêtres du premier étage et, à travers les persieuues closes, s'établit le dialogue s ni va ni :

— Donne qui donne.

— Donne qui donne.

— Je donne Pierre A. . . à Louise H. . .

— Je donne Léonard X. . . à Célestine Z. . .. etc.', etc.

Et les chefs des deux bandes s'envoient ainsi la réplique, jusqu'à ce que toutes les personnes de la commune, en âge et en situation de contracter mariage, y aient passé.

... Mais tout n'est pas terminé et l'heure va bientôt sonner pour les « Valeulins « (les jeunes gens) de faire connaître leurs bonnes ou mauvaises disposition5-. Celui qui est satisfait de son lot se met immédiatement en quête de la bouteille de vin qui, le soir venu, devra gonfler sa poche quand il se rendra chez celle qui lui est échue. Ce tribut est strictement dû, c'est ce qu'on appelle : racheter sa •< fehhnotte, » c'est-à-dire sa fiancée de carnaval. Celle-ci, qui s'attend à la visite du galant, a déjà dressé sur la table, pour le recevoir, d'appétissantes galettes. On s'assied, on boit, on mange, on trinque et, après avoir devisé joyeusement, ou va finir la soirée ensemble au bal public. Pour peu que l'accueil des parents ail été gracieux, le jeune homme peut se considérer comme ayant de droit, à partir de ce moment, l'entrée de la maison, et il ne tient plus qu'à lui de tirer parti de la situation.

« Si le Valentin. au contraire, est mécontent du partage, il ne si' gâne nullement pour aller chercher îles distractions ailleurs que chez sa « Valeutine. » La pauvre fille restera donc seule au logis, ou à peu près seule, ce soir là, car si quelques voisins indiscrets lui apportent de banales consolations, elle sait ce qu'en vaut l'aune et ne les écoute guère. » — P. -S. Sauvé, Folk-Lofe des Hautes-Vosges.

A Saint-Malo existe une coutume se rapprochant bien près do saudage. Le premier jour de l'année, nous dit .M. Herpin — Revue dés Traditions, — les petits gamins viennent en bandes, frapper aux portes des maisons et souhaiter la bonne année. Au premier gamin qui se présente, la jeune fille demande : « Comment se noiume-t-il ? " Le gamin interpellé cite au hasard — mais quelque fois aussi malicieusement — un nom de baptême, et ce nom est celui que doit porter le futur mari de la belle. Pour trouver sou fiancé, elle n'a plus, alors, qu'à chercher, à moins que son choix déjà fait ne cpneorde avec le nom cité, parmi les jeunes gens suFceptibfes de l'épouser, celui qui porte le nom de baptême prononcé par l'enfant.

Dans certains villages des bords de la Sarre, le jeu de la petite maman (Miltteschen) rappellerait notre saudage.

Daus les soirées d'hiver, une jeune fille s'approche d'une maison où se tient une veillée et frappe au volet, disant : « Petite maman ! » On ouvre la fenêtre et l'un demande ce qu'il y a. La jeune fille contrefait sa voix et répond : « Petite maman, donne moi uu mari ! » Quelquefois le dialogue a lieu en vers, l'on se consulte et l'on adjuge à la demoiselle mi vieux célibataire, un ivrogUc, un veuf, un personnage ridicule. La même scène recommence dans les maisons voisines. — Voir de Puy.maigre : Folfe-Lare.

(luisent chez leurs parents qui, à moins d'impolitesse grossière, les retiennent à souper.

A ce repas, on mange des « tourtelets. »

Quand un jeune homme a donné quelques sujets de mécontentement à ses camarades pendant le courant de l'année, on l'en punit en le « saudant » avec une vieille fille contrefaite ou méchante, et alors, au lieu de témoigner son approbation en tirant un coup de fusil, il se fâche et il en résulte une assez grande distribution de coups de poing, dont le résultat infaillible est de faire absorber par les combattants une assez grande quantité de bière — la boisson populaire du pays — suivant que la bataille a été plus ou moins longue, plus ou moins chaude.

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