LA CO COGNE
Même de nos jours, on croit encore à la Cocogne dans le pays de Machéroménil. La Cocogne est une vieille femme — d'une vieillesse invraisemblable — difforme, horrible, babitant un taudis d'où elle ne sort que si rarement, qu'elle est quasi invisible. En hiver, dit-on, elle se chauffe à la maigre flambée de deux — jamais plus de deux — petits morceaux de bois secs, toujours disposés en croix. L'apercevezvous à la tombée de la nuit dans les champs, dans une forêt, cachez-vous promptement, car si par malheur elle vous voyait, vous seriez ensorcelé. Quelquefois elle entre chez vous : il faut alors la fixer hardiment et, surtout, ne jamais cesser de la regarder ; car si vous aviez l'imprudence de détourner la tête, elle disparaîtrait aussitôt, laissant à sa place deux gros chats noirs, c'est-à-dire deux sorciers qui seraient toujours à vos trousses. Et surtout, pour que dans le cours de l'année il ne vous arrive aucune aventure fâcheuse, il ne faut jamais renvoyer la Cocogne, mais attendre qu'elle veuille bien s'en aller.