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LES FÉES DE LA CAVE

On voit sur le territoire de Saint-Aignan, dans la forêt de la Guêne, à proximité du chemin conduisant à Vendresse, un amas de rochers exploités depuis cinquante ans, environ, comme pierres à bâtir. Sur ces rochers, au temps jadis, se remarquaient des failles très profondes aboutissant, croyait-on alors, à une caverne

qu'habitaient des fées. Par crainte, on n'osait s'approcher. Cependant, quelques téméraires, supposant qu'à certaines heures du jour la caverne était déserte, osaient y jeter des cailloux et des éclats de bois qui faisaient résonner la vaisselle des fées.

Quand l'atmosphère était saturée de vapeur, il se dégageait tout naturellement de ces failles une buée parfois très intense laissant supposer que les fées cuisinaient et, plus particulièrement, faisaient de la pâtisserie, mais il leur fallait alors, bien que fées, du lait et du beurre, aussi avaient-elles des vaches qui, chaque matin, se trouvaient, on ne sait comment, au milieu du troupeau communal et, la nuit venue, disparaissaient tout à coup. Le dernier jour de la saison du pâturage, l'une de ces vaches portait, suspendu à une corne, un petit sac renfermant la somme due au pâtre qui la gardait.

Une fois, un pauvre laboureur, qui mourait de faim juste au moment où la caverne fumait, dit : « Si seulement les bonnes fées m'apportaient de la galette. » Le souhait était tout aussitôt exaucé. Arrivé au bout de son sillon, en effet, il vit à terre, sur une serviette blanche, une galette appétissante, dorée à point et toute chaude. Il la mangea sans en laisser une bribe et plia soigneusement la serviette qu'il laissa à l'endroit même ou il l'avait trouvée se proposant, son labour terminé, de la porter à l'entrée de la caverne aux fées. Mais quelle ne fut pas sa surprise, après un tour de charrue, de ne plus la retrouver. Evidemment, les fées étaient venues la prendre. Le lendemain, passant devant ces roches, il dit encore : « Si seulement ces bonnes fées m'apportaient de leur galette. » Mais jamais plus son vœu ne fut exaucé.

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