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LES POULES DU LAID-TROU

C'était, autrefois, dans la forêt de Boulzicourt. Une poule et ses poussins, à l'abri d'un chêne ombrageux, et tout proche d'un précipice que dissimulaient des branchages feuillus, picoraient du matin au soir. Un passant malavisé, étranger au pays, voulait-il s'emparer de cette poule ou de ses poussins, il les voyait s'enfuir sans qu'il lui fût possible de les saisir. Il les poursuivait ainsi jusqu'au précipice dans lequel, étant ainsi attiré, il tombait sans en pouvoir jamais ressortir, car il devenait alors la proie des fées malfaisantes qui s'y cachaient. Aujourd'hui, ce précipice est comblé, et cette légende des « Poules du Laid-Trou » n'existe plus qu'à l'état de souvenir très effacé.

LE NUTON

Jadis, à Montigny-sur-Meuse, se trouvait un rocher surplombant le fleuve et sillonné de failles donnant accès à des excavations profondes. Dans l'une de ces excavations vivait un sorcier que l'on appelait « le Nuton, » parce qu'on ne le voyait jamais de jour. A l'entrée de l'ouverture conduisant à son repaire, on déposait, le matin, de vieilles chaussures à raccommoder, puis, quand venait la nuit, un allait les rechercher, laissant au Nuton, pour salaire, des provisions de toute nature, mais jamais d'argent. Ceux-là seuls avaient à le craindre qui, faisant réparer leurs souliers, ne lui donnaient pas cette rétribution en échange de son travail. Ils restaient sous le coup des plus grands malheurs. De nos jours, ce rocher n'existe plus et, sur son emplacement, passe la voie ferrée de Charleville à Givct.

Même légende pour la Grotte de Nichct, dans le pays de Fromelennes, sur le versant d'une colline dénudée. Cette grotte, autrefois, était habitée par des nains invisibles. Quand venait le

LA SORCELLERIE

soir, on allait leur porter des outils à réparer, des chaussures à raccommoder. Le lendemain, le travail était fait. Pour paiement, du pain et des provisions de toute nature; jamais d'argent.

Dans le nord du département, principalement dans la vallée de la Semoy, on raconte les amours d'un Nuton avec une jeune Ardennaise, mais sans détails qui eussent pu faire de cette légende un gracieux récit comme celui de « la Gloriette » des Païens innocents. En tout cas, la légende ardennaise est loin d'être aussi poétique. Elle dit, en effet, que la jeune fille, h force d'être sollicitée, succomba, et que le Nuton mourut épuisé d'amour. Folle de désespoir, elle mutila le cadavre, emportant ce qui lui rappelait ses « doux moments, » pour le cacher, dans un sac d'ouate, au plus profond de son matelas.

« 11 y avait, chez les Grecs, un démon qui se nommait « Démon luicteur et agresseur des hommes ; » de là vient le nom de Lutin ou Luton. » — Le Loyer, p. 25, de Sceptris.

Le Nuton des Ardennes n'est sans doute qu'une corruption du mot Luitton. — Voir Monnier et Vingtmnier, Coutumes du Forey et du Buyey, ch. XC : « Le Luton des voyageurs. »

Le mot Luton est d'ailleurs l'ancien mot français.

Si n'est-il loup, louve ou louveton, Tigre, n'aspic, ne serpent, ne Luton.

(Marot : Espitre aux Dames de Paris.)

« Ceux que les Alemans nomment Nains terrestres, et les Français, Gobelins et Luttons, sont du rang des Lares '.et Larues... » — Jean Wier : Histoire des disputes et discours, des illusions et impostures des diables, etc., etc.

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