LE TROU DE MOX-HOUZY
Autrefois, un pauvre bûcheron de Yoncq regagnait, la nuit, sa cabane. Arrivé près du « Trou de Mox-Houzy, » il aperçut, venant à lui, un chariot étincelant de dorures auquel étaient attelés deux chevaux fringants et luisants comme le feu. Ce chariot faillit verser : « Holà ! l'homme, cria le cocher au bûcheron ; la roue va
partir de l'essieu, aidez-moi donc à la consolider ! » — « Bien volontiers, » répondit le bûcheron, qui croyait rendre service à quelque haut seigneur voyageant dans la Champagne. Mais, à peine la roue était-elle remise que, subitement, chariot et chevaux s'envolèrent à une grande hauteur et disparurent dans les nuages, laissant, comme bien l'on pense, le charbonnier stupéfait. Puis, une détonation terrible se fit entendre et dans l'eau du trou de Mox-Houzy un gros clapotement, des gémissements, des cris de détresse, de douleur, et.... un silence de mort. Effrayé, le charbonnier courut à Yoncq raconter l'aventure. Tout le village alors d'arriver, à l'instant même, où elle s'était passée. Mais on eut beau sonder le fond du Mox- Houzy, on ne trouva rien, absolument rien, car la légende veut que ces eaux si limpides cachent, sous leur lit de gravier, un abîme profond. Malheur à qui tombe dans cette eau : le gravier s'écarte et laisse s'enfoncer dans l'abîme un cadavre que l'on ne retrouvera jamais.
Une nuit, un jeune homme, demeurant à la ferme de Wârniforet, près Yoncq, revenant de voir sa fiancée, prit, pour couper au court, le sentier qui longe le trou de .Mox-Houzy. Mais quelle ne fut pas sa terreur de voir, en approchant « du trou, » une table dressée et chargée d'aliments aussi rares que succulents et, tout autour, une multitude de petites lumières pour éclairer ce festin auquel ne manquaient que les convives. Il prit alors la course, n'osant regarder derrière lui. Il raconta son aventure : on lui répondit, à Yoncq, que souvent les sorciers, avant le sabbat, banquetaient à Mox-Houzy et que, s'il n'avait pas eu la prudence de fuir, il aurait été attiré dans le gouffre, dont les eaux se seraient refermées sur lui. — D'après une note de l'instituteur de Yoncq.
On raconte aussi, à Blagny, qu'au Fond-de-Naive vivait, il y a de cela longtemps, « un être diabolique » dont voici la légende :
C'était un prince. Un jour qu'il se promenait en voiture attelée de quatre chevaux, il fut poursuivi par « un dragon monstre. » 11 allait être atteint par cette bête terrible quand tout à coup le sol s'entrouvrit et la voiture disparut dans le gouffre, aussi les chevaux et le prince qui les conduisait. Le prince put, ainsi, échapper au dragon. Dans ce gouffre, qui ne se ferma jamais complètement, vécut ce prince. 11 avait pris « une forme diabolique » et quelquefois, la nuit, sortait « de son entonnoir » pour se promener. S'exposer ù le rencontrer, c'était courir au-devant d'un grand malheur et, même, de la mort.