‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 94 sur 392 · LA BREBIS DE CHAGNY · texte numérisé non relu

LA BREBIS DE CHAGNY

Un soir, un homme de la Sabotterie, revenant de Chagny, rencontra, non loin de ce village, une brebis égarée. 11 tenta de la faire marcher devant lui et, comme elle s'y refusait obstinément, il la prit par les deux pattes de devant et la ficha à califourchon sur ses épaules. Puis il continua son chemin. Or plus il avançait, plus la bête devenait lourde; si bien qu'écrasé par ce poids, il voulut la déposer à terre. « Si tu ne me portes plus, lui dit la brebis, je t'étrangle. » Force lui fut de se remettre en route, peinant, soufflant, suant, marchant tout courbé, car de plus en plus cette charge devenait intolérable. Mais, pour peu qu'il s'arrêtât, la brebis le menaçait d'un « Si tu n'avances pas, je t'étrangle. » Et de fait, avec ses pattes, elle lui serrait le cou à l'étrangler. Enfin il arriva à la Sabotterie. Là, il voulut se débarrasser de son encombrant fardeau ; mais peines inutiles! La brebis restait comme clouée sur ses épaules. « Mon Dieu! mon Dieu! que faire? gémissait le paysan. — Rapporte-moi où tu m'as trouvée, lui répondit la brebis. » Et il dut revenir sur ses pas, toujours serré à la gorge et toujours les épaules écrasées. Arrivé à l'endroit où il avait rencontré la brebis, il tomba évanoui, autant de peur que de fatigue, et dormit d'un sommeil de plomb jusqu'au lendemain, longtemps après le soleil levé. Jamais plus il ne revit cette brebis. D'ailleurs, tout le restant de sa vie, il évita soigneusement de passer par le même chemin.

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