‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 95 sur 392 · LE QUINCAILLIER MIS A LA RAISON · texte numérisé non relu

LE QUINCAILLIER MIS A LA RAISON

11 y avait autrefois à Relhel, il y a de cela bien longtemps, un quincaillier si rageur, si méchant, qu'il accueillait à coups de marteaux les personnes assez mal avisées pour entrer dans son magasin. Et la femme de ce quincaillier, voyant que ses clients se faisaient chaque jour de plus en plus rares, alla trouver une fée et lui dit :

— Mon mari frappe à coups de marteaux ceux qui viennent pour acheter, comment le mettre à la raison ?

— Rien de plus facile, repondit la fée.

Et la nuit, pendant que le quincaillier dormait, elle envoya le trouver dans son lit trois petits lutins : l'un portait une scie, l'autre un couteau, le troisième des cuisses et des mollets à ressort. Ils coupèrent les jambes du quincaillier et lui adaptèrent des jambes artificielles.

Le jour venu il se leva, ne s'aperçut de rien, s'habilla comme à l'ordinaire et descendit à son magasin. Au même instant entrait une cliente qui lui dit :

— Je veux une tenaille.

Le quincaillier, pour être prêt à frapper, prit son marteau et alla chercher le tiroir dans lequel étaient les tenailles. 11 le mit sur sa tête et le poids fit que, ses jambes en acier s'affaissant, il se replia sur lui-même. Mais quand arrivé au

LA SORCELLERIE

comptoir il se déchargea du tiroir, les ressorts se détendirent brusquement et s'allongèrent si bien, que le malheureux quincaillier heurta violemment le plafond. Il eut presque le crâne brisé. La fée, car c'était elle changée en cliente, lui dit alors :

— A ton tour d'être frappé, toi qui as si souvent frappé les autres. Le quincailler demanda grâce. On lui rendit ses jambes de chair et d'os et, depuis ce jour, à Rethel, jamais marchand ne fut plus complaisant et plus poli.

Cette «facétie » — assez insignifiante, d'ailleurs — l'ait, je crois, le sujet d'une image d'Epiual, et nous ne la rapportons ici que parce que la tradition ardennaise Fa localisée à Rethel.

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