LES DEMOISELLES DE LÉVY
Vers le milieu du seizième siècle, existait au lieu dit Lévy, sur le territoire de Belval, une caverne que l'on disait être fréquentée, mais seulement la nuit, pardeux jeunes filles appelées « les demoiselles de Lévy. »
A différentes époques de l'année, surtout au moment des moissons et de la vendange, chacun se croyait obligé, dans le pays, d'offrir à ces demoiselles une grande partie de la récolte : blé, avoine, pommes de terre, œufs ou fruits, et, plus particulièrement le jour de la fête patronale, personne n'aurait manqué d'aller leur rendre hommage et de déposer, à l'entrée de la grotte qu'elles habitaient, des gâteaux ou des friandises.
Au jour tout avait disparu.
Une personne avait-elle des contrariétés, éprouvait-elle des revers de fortune; un propriétaire perdait-il quelques bêtes de son troupeau? vite d'aller implorer, à genoux, la protection de ces jeunes filles, qui souvent apparaissaient et disaient à celui qui les priait : « Allez ! et ne soyez plus inquiets ! » ou « Votre fortune vous reviendra !... Ne vous désolez pas, vous retrouverez vos moutons !. . . »
Cependant, aucune de ces belles promesses ne se réalisait. Au contraire, pendant de longues années, les moutons, les brebis, les chèvres s'égarèrent plus que jamais et de nombreuses fermes furent consumées par l'incendie.
Or, il arriva, au commencement du dix-septième siècle, que certains paysans moins superstitieux, voulant savoir au juste ce qu'étaient ces fameuses demoiselles de Lévy, réputées sorcières et ayant fait un pacte avec la mort, se cachèrent, à la brume, non loin de la caverne.
Quand la nuit fut venue, ils virent apparaître, comme ils s'y attendaient, plusieurs jeunes filles qui s'assirent sur l'herbe et, se croyant seules, causèrent et rirent sans contrainte.
« Pour sûr, dirent ces paysans, nous reconnaissons ces voix. »
Courageusement ils s'avancèrent et mettant la main sur l'épaule de ces demoiselles : « Eh ! les belles! que faisons-nous ici si tard. » Mais quelle ne fut pas leur surprise en reconnaissant quelques mauvais sujets de Belval qui, la nuit, s'habillaient en femme pour jouer leur rôle de « demoiselles de Lévy » et de sorcières.
Ils furent donc ramenés au village et livrés à la justice qui les fit pendre à l'endroit même où ils avaient, avec tant d'audace, exploité la crédulité publique.
A quelque distance de Lévy, au milieu des marécages, se trouvait un gros tronc de saule creux, hanté la nuit par une « dame blanche » que l'on disait être la mère de ces fameuses demoiselles. On la désignait sous le nom de « Dame blanche des Marais. » Ses apparitions cessèrent dès que ses « filles » eurent été pendues.