‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 97 sur 392 · L'HOMME-CHAT · texte numérisé non relu

L'HOMME-CHAT

11 v avait autrefois à Villers un homme qui possédait le pouvoir de se changer en chat. Il entrait alors, tour à tour, dans chaque maison, entendait ce qui s'y disait, surprenait les secrets les plus intimes ; aussi rien de ce qui se passait au village ne lui était-il étranger.

Or, un soir d'hiver qu'il avait, comme d'hahitude, pris la forme d'un chat, il vit entrer dans sa maison, revenant de voyage, un de ses voisins. Il lui passa entre les jamhes au moment où il ouvrait la porte et alla s'installer devant la cheminée, auprès du feu, bien décidé à ne pas perdre un mot de ce que son voisin confierait à sa femme.

— J'ai faim, commenca-t-il par lui dire, fais-moi cuire du jambon.

- Moi aussi j'ai faim, riposta la femme, je vais mettre deux morceaux de jambon dans la poêle, un pour toi, un pour moi.

— El mi? fil le chat, mais pas assez bas pour n'être pas entendu par le voisin qui avait l'oreille fine.

— Ah! c'est toi, pensa-t-il, qui te déguises en chat pour connaître les secrets de chaque ménage et qui va les colporter partout? Attends ! Attends !

Et, tout haut, il dit à sa femme :

— Femme, coupe un gros morceau de jambon aussi beau que possible et mets-le dans la poêle, ce sera pour le chat.

— Pour le chai ? fit la femme surprise.

- Fais ce que je te dis et surtout que le morceau soit beau et gros.

Tout en rechignant, elle coupa une large tranche de jambon et la jeta dans la poêle. Quand elle fut bien dorée, bien appétissante, bien cuite à point, le voisin, feignant d'être fort surpris, dit en se tournant vers la porte :

— Tiens ! tiens ! regarde donc !

La femme regarda et le chat aussi: mais, profitant de ce qu'il ne le voyait pas, le voisin prit la poêle et répandit toute la graisse bouillante sur la tête du chat qui cria douloureusement : Miaou ! Miaou ! et s'enfuit.

Le lendemain, il dit à sa femme qui regrettait encore son jambon perdu :

— Vas donc voir chez le prévenir que je l'attends; j'ai à lui parler.

La femme partit, puis elle revint.

— Eh bien ?

- Je n'ai pu voir que sa femme. L'homme est couché, il a une grande blessure à la tête et l'a entourée d'un bandeau.

— J'avais donc deviné juste, fit-il.

Puis allant chez cet homme qui se déguisait en chat et lui arrachant violemment le linge cpii couvrait sa blessure :

— Eh bien, l'ami ! j'ai échaudé la laide tête de chat. Comment as-tu trouvé mon jambon hier?

Confus, il s'excusa, promit de ne plus se changer en chat pour courir de maison en maison, et depuis, toujours, tint sa promesse.

D'après l'instituteur de Villers qui m'a conté celte légende, on ue se souvient plus dans la communes du nom de cet homme qui se changeait en chat.

Même légende à Autrecouit. L'homme — ou même la femme — se changeait non seulement en chat, mais aussi en lapin, pour tenter les chasseurs. Dés qu'on le visait, il disparaissait subitement, laissant les chasseurs dans la plus profonde stupéfaction.

LA SORCELLERIE

Aux Ayvelles. également, un homme se mélamjprphosail en chat cl s'i'ntrôduisait dans toutes les maisons; niais il suffisait, pour le faire revenir à sa forme naturelle, de lui répandre sur la tète uu liquide brûlant ou un aliment chaud. Voyait-on, jadis,' aux Ay.velles, entrer dans la maison un chat inconnu, on l'échaudait; on le brûlait à tout hasard, pour voir si, par hasard, c'était le fameux sorcier métamorphosé. Une fois, il reçut sur le dos une omelette sortant de la poêle ; il reprit subitement sa forme d'homme; fut chassé à grands coups et, depuis cette aventure, il n'osa plus se changer en chat. — Conw/uniqué par M. Doublet.

Même légende à Omont,

A Coulommes, au commencement du siècle, on parlait beaucoup d'un sorcier qui se changeait, la nuit, en mouton blanc. Tout, le village était lénifié. Pins, on apprit que cette bête mystérieuse n'était qu'un amoureux recouvert d'une peau de brebis et allant voir sa belle.

On fait, à Toure-rlles-Chaumont, nous écrit l'instituteur de celte commune, un récit à peu près semblable. Un homme était soupçonné se déguiser en chat. Un soir, on jeta sur h1 museau d'un chat qui semblait suspect, une casserole pleine d'eau chaude et le lendemain, la personne que l'on disait se changer eu chat portait sur sa figure îles traces toutes récentes de brûlure. Récit semblable à Grandham, seulement ce n'est pas un homme, mais une sorcière qui se déguise eu chat ; ayant été ébouillantée, elle disparu I de Orandham.

A Braux, il y eut aussi un mouton blanc. .Malgré toutes les ballues organisées, on ne put jamais le prendre. Il franchissait tous les obstacles et se réfugiait dans le cimetière où il disparaissait jusqu'au lendemain.

On conte aussi, au Tremblois-les-Rocroi, à Francheval, l'histoire de deux femmes qui, se métamorphosant eu chattes, entraient dans tous les ménages pour surprendre les secrets. On leur jeta sur la lèle de la graisse bouillante, et le lendemain, redevenues femmes l'une cl l'autre, elles portaient les cicatrices de la brûlure.

A Boulzicourt, au lieu dit « de la Viernelle, » des chats parleurs grimpaicnl sur un arbre avant de se rendre au sabbat. Un jour qu'un homme passait sous cet arbre, il entendit un chai disant : « Sommes-nous tous ici? — Non, lui ful-il répondu, il manque Colas. », Effrayé, cel homme courut chez lui raconter à sa femme cette singulière aventure. Mais à ce nom de Colas, son chat qui l'écoutait, prit la fuite en disant très distinctement : « Vite ! vite ! je' suis en retard. » — Communiqué par l'instituteur de Boulzicourt .

A Omicourt, ce n'est plus la fége'nde d'un homme se changeant seulement en chat, en chien, en cheval, inais'd'une femme prenant la forme d'une chèvre. C'était la tante d'un garçon d'Omicourt qui courtisait sa cousine. Elle voulait empêcher ci' mariage. Mais un soir que, métamorphosée en chèvre, elle barrait le chemin à son neveu qui allait voir sa belle, celui-ci lui asséna un vigoureux coup de bâton. Tout aussitôt, à la grande stupéfaction du jeune homme, sa tante reprit sa forme naturelle et ne put, qu'à grand'peinc, regagner sa maison, car elle avait été presque assommée sur place. Trois semaines après; elle mourut et les amoureux purent se marier.

La mère D..., au temps jadis, dans ce même village d'Omicourt, passait pour se métamorphoser aussi en chèvre, eu chat, en jument. Un jour qu'elle était changée en chèvre, elle reçut sur l'oreille un coup de bâton assez vigoureux et, le lendemain, on voyait la mère D... assez confuse et la lète enveloppée d'un mouchoir. Elle jetait aussi assez volontiers, affirmait-on, des sorts sur les chevaux. Lorsque ces bêtes étaient charmées, on n'avait d'autre ressource que celle d'aller trouver certain sorcier d'Ecordal qui conjurait le mal en faisant dépaver l'écurie. Sous l'une des pierres, il trouvait un crapaud qu'il faisait brûler vif, puis les cendres en étaient jetées au vent. Les chevaux, alors, étaient désensorcelés. — D'après, une communication de .M. Leclekcq. instituteur à Cannage.

A Stonne, nous avons également recueilli de nombreuses légendes de personnes se changeant en animaux, notamment en lièvre blanc ; mais ces légendes n'offrent rien de bien caractéristique.

Sur la route de Giraumont à Hardoncelle, on rencontrait, jadis, un mouton accroché par sa laine dans les haies et les halliers. Quand on voulait le saisir, il devenait subitement invisible.

Ces contes de personnes métamorphosées en bêtes, de chats parleurs, sont communs à toute la France". En voici deux exemples que nous prenons en Bretagne :

« Un soir, un homme de Plencé s'en revenait avec sa humée (attelage) ; en passant près d'une croix, il vit des chats sorciers qui dansaient autour; ils s'enfuirent à son approche, excepté' un qui grimpa sur le haut de la croix. L'homme lui frappa la tête de son fouet, le chat tomba. Les autres s'approchèrent de leur camarade et s'écrièrent : « Balthazar est mort ! » Quand le fermier fut rentré chez lui, il raconta cette histoire à. sa femme, en ajoutant surtout que les autres chats avaient dit : « Balthazar est mort ! » Son chat, alors, qui se chauffait devant le l'eu, entendant ces mots, se retourna vers son maître et lui dit : « Eh quoi ! Balthazar est mort ? — Et toi aussi, » dit l'homme en lui écrasant la tête d'un coup de son sabot. »

« Un homme, revenant de couper des ajoncs, passa auprès de la croix de Meurtcl et vit une centaine de chats qui dansaient en rond. 11 eut peur et lança au milieu de ces chats sa faucille qui en coupa un par le milieu et le tua. Aussitôt, tous les chats disparurent eu s'écriant : « Renault est mort! Renault est mort! >» L'homme de retourner chez lui raconter à sa femme comment il avait rencontré des chats et comme, après en avoir tue un, tous les autres s'étaient écriés :

« Renault est mort ! » Son chat qui, était couché dans le foyer et avait écouté avec attention, se leva tout à coup en s'écriant : « Ah ! Renault est mort ! » Et il disparut tout aussitôt par la cheminée. » — Cf. Séjîillot : Traditions de la Haute-Bretagne,

Dans Loys Bruyères, Contes de la Haute-Bretagne : le conte de « David Festgerald » et aussi le « Chat du Rendez-vous des Charpentiers. » Dans Sébillot, Contes Bretons : « Les Chats sorciers, » la « Danse des Chats. » Dans la Bévue des Traditions, numéro de janvier 1889, ire les « Légendes islandaises des Chats. » Sauvé : Folk-Lore des Hautes-Vosges, etc., etc.

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