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LE BERGER SORCIER

Autrefois, il y a de cela plus de cent ans, un petit garçon de douze ans à peine frappa : toc ! toc ! à la porte d'un fermier de Montcheutin et lui dit :

— Bonjour, fermier ; avez-vous besoin d'un berger "?

- Justement, garçon ! j'en cbercbe un et je te prends. Où es-tu né ?

— Je ne sais pas !

— Que fais ton père ?

— Je ne l'ai jamais connu !

— Comment t'appelles-tu ?

— Je n'ai pas de nom !

— Voilà qui est singulier, fit le fermier, mais enfin tu parais avoir de la bonne volonté, sois mon domestique et on t'appellera Trouvé.

Or, Trouvé n'était pas baptisé, aussi appartenait-il au diable et avait-il le pouvoir de faire des choses extraordinaires.

Un jour d'été que son maître, pour se rafraicbir, buvait sur la lisière du champ qu'il labourait, à même la source, une eau merveilleusement limpide :

— Oh ! la belle eau claire, s'écria Trouvé, et qu'on en ferait de gros grêlons !

— Et le pourrais-tu, riposta le fermier, toi qui te dis sorcier? ■ — Tout de même !

Et à peine Trouvé avait-il parlé que le ciel se couvrait de gros nuages. noirs, que le tonnerre grondait et que la grêle tombait.

Un autre jour, voyant une vieille femme qui faisait cuire une galette, il lui dit :

— M'en donnerez-vous un morceau ?

— Veux-tu te sauver, petit gourmand ! répondit la vieille.

— C'est bien !

Trouvé s'en alla, sans mot dire, la tète baissée, ayant l'air tout morfondu, pendant que la vieille enfournait sa galette. Mais quand, la jugeant cuite, elle voulut la retirer du four, elle n'y trouva plus que de vilaines bêtes noires qu'elle n'avait jamais vues.

Trouvé avait aussi le don d'ubiquité. Il gardait dans un champ les moutons de son maître en même temps que, dans un champ très éloigné de celui où ils paissaient, il surveillait la rentrée des récoltes.

Effrayé du pouvoir surnaturel de son domestique et ne voulant pas avoir le diable comme serviteur, le fermier alla trouver le curé et lui dit :

— Que faut-il faire ?

— - Qu'on le baptise, répondit le curé.

Trouvé fut donc baptisé et, depuis ce jour, il perdit toute sa puissance de sorcier.

Il y avait aussi à Omicourt, jadis, — nous écrit M. Lcclercq, instituteur à Connages, — un berger sorcier. Il s'appelait le « père Rouyon. » Une jeune (îllc ayant un jour, en termes plus que moqueurs, mis en doute ses pouvoirs de sorcier, il lui dit : « Je vais te faire danser toute nue! »

LA SORCELLERIE

Et au môme instant le jupon, la robe de la demoiselle tombèrent et, en chemise, elle dansa « follement » et danserait encore si elle n'avait demandé grâce au berger. Le père Rouyon faisait passer ses moutons à travers des haies épineuses sans que ses bêtes fussent écorehées ou perdissent de leur laine. On a mis d'ailleurs à l'actif de ce fameux sorcier, légendaire dans le pays d'Omicourt, tout ce que l'imagination crédule a pu inventer d'extraordinaire ou de mystérieux.

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