CHAPITRE XXVIII
par lui, les passages suivants : « L'Empereur est immuable dans ses plans; ce ne sont pas les mouvements de retraite de l'ennemi qui dirigent ses vastes projets. » Une telle prétention à l'immuabilité, en présence des événements si divers et si complexes que présente la guerre, pourrait paraître étrange, si ce n'était le génie qui parle, et on sait que le génie a de ces intuitions profondes qui semblent évoquer pour lui l'avenir et lui permettre d'asseoir ses jugements, régler ses projets avec une précision qui semble les rendre immuables.
Ainsi, dès que Napoléon a pu juger en Pologne de la nature du pays et des circonstances, il adopte un plan de campagne dont il ne se départ plus, quelles que soient les tentatives de l'ennemi pour l'en faire sortir , quels que soient les avantages que plus d'une fois il semble lui laisser prendre; enfin, lorsqu'il fait un mouvement rétrograde après Eylau, il s'établit derrière la Passai^e, sa droite couverte par rAUe,.deGuttstadt jusqu'à Allenstein. Là, quels que puissent être les mouvements des Russes, quelles que soient les inquiétudes de Ney placé
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dans une position aussi avancée que Guttstadt, i) fait établir d'une manière définitive ses cantonnementSj sachant bien que les Russes ne franchiraient pas cette ligne. Toutefois il admet encore cette hypothèse : le cas où l'ennemi, s'aveuglant assez pour la franchir, oserait l'attaquer, il le recevrait sur le plateau d'Osterode, où il pouvait en un jour et demi concentrer 90 mille hommes.
Ces deux points arrêtés, Napoléon reste immuable dans ses plans : aussi, à peine reçoit-il la nouvelle de l'évacuation de Guttstadt, qu'il ordonne à Ney de le reprendre. La lettre qu'il fit alors écrire par Berthier exprime d'une manière si nette la pensée de l'Empereur, dépeint si bien la position, donne une idée si juste de sa correspondance avec les maréchaux, que je la reproduis ici en grande partie.
Oiterod«, k aS Tévrier.
a L'Empereur, Monsieur le maréchal, m'ordonne de vous faire connaître que la position de Guttstadt est nécessaire comme tête de nos
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cantonnements; il faut donc te reprendre, mais ne l'occupant que comme avant-garde, en choisissant, s'il est possible, une bonne position sur la rive gauche de l'Aile dominant la ville et empêchant de s'en approcher; c'est là où doit être appuyée votre droite ; votre gauche doit l'être à la Passarge, du côté d'Ëlditten; vous devez occuper par des postes d'infanterie toute la rive gauche de l'Aile jusqu'à Allenstein ; vous , devez placer votre quartier général entre Deppen et Guttstadt.
a Tous les débouchés depuis Elditten jusqu'à Guttstadt doivent être occupés par de l'infanterie et de la cavalerie ; vous devez reconnaître les points les plus importants en arrière, pour y placer du canon et des réserves; te point de ralliement de votre corps doit être à Deppen ; par ces moyens vous abandonnerez toute la rive droite de l'ÂlIe, en vous contentant de la faire reconnaître tous les jours par de fortes reconnaissances; vos avant- postes seront couverts par l'Aile et vos troupes se trouveront plus serrées.
« fj* ennemi cherchera-t-il à pénétrer en force
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entre Guttstadt et Liebstadt, il se trouvera entre votre corps et celui du maréchal Soult.
s Âttaquera-t-ii votre position de Guttstadt, vous la soutiendrez avec tout votre corps; et si Pennemi, au lieu d'attaquer Guttstadt avec 1 2 à i5 mille hommes, l'attaquait avec un corps d'armée, vous auriez le temps de le voir se déployer, se former, et celui de vous replier sur la Passarge et sur l'armée.
a Vous voyez, Monsieur te maréchal , que vous formez l'extrême droite de l'armée, et si l'ennemi manœuvre sur la droite de l'Aile avec de fortes colonnes d'infanterie , il se disséminera quand nous nous concentrerons; mais tout porte à penser qu'il désire ainsi que nous du repos.
« Il serait à souhaiter que l'ennemi jetât beaucoup de forces sur sa gauche où il ne peut nous faire aucun mal. Le système de Varsovie n'étant nullement lié à celui-ci qui en fait un à part, l'Empereur ne manquerait pas de saisir cette occasion pour marcher sur l'ennemi.
c Guttstadt nous est donc nécessaire, car il ne faut pas que l'ennemi se serve de l'Aile
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