CHAPITRE XXTIII
te mois de mars et même en avril, les avantpostes furent toujours en présence, sur le qui* vive, que tous les jours il y eut des coups de fusil tirés, et que parfois même on entendit le canon.
Là toutefois , vers les derniers jours de mars, se termine la seconde période de la guerre de Pologne commencée le 30 janvier par l'attaque faite par l'armée russe sur les cantonnements de Ney à Schippenbeil et Bartenstein. Pendant deux mois, au fort de l'hiver, au milieu de la neige, passant de 10 degrés de froid à un temps de dégel qui rendait les marches des plus pénibles, sans magasins, souvent sans vivres, ni pour les hommes, ni pour les chevaux, les deux armées n'avaient cessé de combattre avec une héroïque et si égale opiniâtreté, qu'il serait ditBcile de proclamer le vainqueur, si les succès des Français n'étaient constatés par ce fait : que Napoléon fit toujours en définitive ce qu'il voulut, tandis que les projets des Russes furent constamment déjoués.
Voici comment Napoléon dépeint les difficultés, les souffrances, les horreurs de cette
D.qit.zeaOvGoOt^lc
campagne rude entre toutes : « Officiers d* étatmajor, colonels, ojBciers, ne se sont pas déshabillés depuis deux mois, et quelques-uns depuis quatre (j'ai moi-même été quinze jours sans ôter mes bottes), au milieu de la neige et de la boue, sans vin, sans eau-de-Tie, sans pain, mangeant des pommes de terre et de la viande, faisant de longues marches, sans aucune espèce de douceurs, et se battant à la baïonnette sous la mitraille, très-souvent les blessés obligés de s'évacuer en traîneau, en plein air pendant 5o lieues *. »
Si l'on se demande maintenant quel mobile poussait ainsi Russes et Français à affronter de pareils maux et les leur faisait supporter, ce mobile chez les Russes se trouve dans un patriotisme exclusif, barbare, dans lequel se confond le sentiment religieux, car à la haine de l'envahisseur se joint celle qu'ils ressentent contre ceux dans lesquels ils voient les ennemis de Dieu. Le soldat russe trouve sa forée dans son peu d'irapressionnabilité ou son manque d'imagination; les Français au fM>ntraire gran-
* Comspondanct de Napoléon, tome XIV, lettre II911.
D.qit.zeaOvGoOt^lc