CHAPITRE XXIV
à cette puissance , bien que cette proposition n'eût été suivie d'aucun acte, encore moins d'un traité, elle apparut à des esprits prévenus sous les couleurs de la plus noire et de la plus perfide trahison. A cette nouvelle, on en avait joint une autre qui n'était qu'un mensonge : «■ Des stipulations, disait-on, avaient été signées entre la Russie et la France, pour dépouiller la Prusse en rétablissant le royaume de Pologne. » L'exaspération des esprits fut alors à son comble ; le roi lûi-méme fut débordé, et le parti de la guerre l'emporta.
Ainsi la Prusse, après avoir pendant près de quatorze ans sacrifié tout à la paix, laissé échapper les occasions de faire la guerre avec avantage, s'être compromise avec ses alliés, brouillée avec l'Angleterre, allait, sans avoir d'autre espoir que le secours lointain d'Alexandre, s'attaquer seule à la France.
A la cour, dans l'armée, dans la ville, dans le pays tout entier , l'exaspération était à son comble. La Prusse, disait-on, se réveille donc euHn ; la belle reine Louise montait à cheval ^ passait des revues, brodait des écharpes pour de
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nouveaux paladins ; les jeunes ofHciers des gardes aiguisaient leurs épées sous les fenêtres de M. de Laforest, ministre de France. Ce n'est pas tout : les vieux généraux de Frédéric euxmêmes, par une singulière magie, se crurent tout d'un coup au lendemain de lieuthen. Il semblait que, sortant d'iuie longue léthai^ie, ils eussent oublié les revers de 179a, et que les prodiges accomplis par Napoléon en Italie et en Allemagne fussent non avenus pour eux ou bien lettre morte : « La tactique prussienne, disaiton, aurait bientôt raison de ces Français, vainqueurs, il est vrai, jusqu'ici des Autrichiens et des Russes, mais qui n'avaient pas trouvé en face d'eux l'armée de Frédéric et les traditions du grand roi. » 11 est des gens qui, parce qu'ils ne marchent pas, croient le monde immobile. Un jeune prince de la famille royale se montrait des plus ardents à cette guerre contre les Français ; c'était le pnnce Louis-Ferdinand, cousin germain du roi , doué par la nature des plus brillantes qualités, beau, brave, d'un esprit élevé, cultivé, avide de gloire ; les regards et les espérances étaient tournés vers lui. Quelle que
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