CHAPITRE XXIV
tiens lui prescrivissent dans ce cas de se retirer, ce qu'il lui était possible de faire, mécontent, irrité de la tournure que prenait une guerre à laquelle il avait poussé, il voulut, coûte que coûte, faire tête à l'ennemi.
Le 9 il écrivait au prince de Hohenlohe ' : « Puissions-nous, Hdèlesà l'ancien système prussien, toujours suivi avec tant de succès par Son Altesse, passera une offensive vigouretise, conforme à Tesprit du temps, de l'armée, de ses chefs, et commandée par les circonstances! Les forces dé l'ennemi s'accroîtront toujours, et tout délai de notre part ne (ait que paralyser nos moyens. >
C'était de la témérité sans calcul; comparez ces quelques lignes avec ce que Napo- It^on faisait écrire au même moment au maréchal Lannes, qui venait de recevoir l'ordre d'attaquer Saalfeld : c Si l'ennemi s'y trouvait en force supérieure, il ne devait rien engager que le maréchal Augereau ne l'eût rejoint, etdans ce cas même, suivant les nouvelles que recevrait l'empereur, celui-ci se proposait de marcher de
' Matbicn Domu, (. XVI, p. 45 {Pr^it des éènfmmti milUairts)
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80 TRADITIONS ET SOUVENIKS.
Saalbourg à Saalfeld avec a5,ooo hommes pen> daiit la nuit. L'ennemi^ ajoutait l'empereur, ne peut se hasarder à marehersur vous, ayant des forces si considérables sur son flanc gauche; cependant, s'il le faisait, vous devriez battre en retraite, parce qu'alors il serait pris en flanc par le corps du centre ; mais, si l'ennemi n'a que i5 à 18 mille hommes, vous devez, après avoir bien étudiésa position, l'attaquer; bien entendu que le maréchal Augereau sera avec vous *. »
Ici, c'est la fermeté calme et prudente qui assure le succès. Le résultat ne se fît pas attendre ; le prince fut défait et tué', laissant i,aoo hommes sur le terrain et perdant trente-trois pièces de canon. Pauvre jeune prince! il avait rêvé la gloire et ne trouvait que la mort, sans que les siens pussent même lui dire un dernier adieu, lui adresser un snpréme hommage! T^ général Suchet le fît ramasser sur le champ de batiiille, et ce furent ses vainqueurs qui lui rendirent les derniers devoirs.
Les conséquences du combat de Saaifed fu-
< Mathieu Dumai, t. XVI, p. 41.
* Voir le* pièi-M juMificalives {JVole tnr la mort du prinet Loulà).
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rent plus désastreuses encore que le combat lui-même. Il faut lire dans le journal de M. de Gentz' l'effet produit au quartier général de Weimar. « Nous sommes, dit-il, entrés à Weintai* à onze heures, et j'ai été frappé de surprise et d'épouvante par le spectacle qui s'est offert à mes yeux: une bagarre, comme je n'en avais pas encore rencontré ; les rues gorgées de troupes, de chevaux, de chariots; au milieu de cela des ofticiers de toutes armes, des généraux, des personnes de la suite du roi, que je n'avais pas attendues ici. Les voitures s'arrêtent ; je vois arriver le conseiller du cabipet Lombard, qui, pâle et défait , me demande si son frère est dans la mienne ; puis, s'approche, et me dit : s Vous ne savez pas ce qui se passe.'* Nous avons perdu une Imtaille; le prince Louis est tué. » Ce coup subit était hors de mes calculs et au-delà de mes craintes; j'en ai été comme anéanti. J'avance sans sa-
■ Genlz,iloiil j'ai déjà parlé, iiû sujet prussien, était passé vers i8u'j au service de l'Autriche; au commencemfnt de ta guorre de 1806, il rula|)pelé prés du rui de Prusse. Dans ce qu'on appelle le Maniiicril du m/lit d'ùciolrr, Gcnli a raconicjour par jour tout ce qu'il a tu et entendu. Sun talent, la connaissance profonde qu'il avait des hommes et de* choses, font de ce journal un des Uocuments historiques les plus précieux, /'njrz Gardeo, t. X, p. do et saiv.
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voir ce que je fais; je vois M. de Scbladen et M. le comte de Gœrtzau milieu de la foule. On me dit : Le quartier général est ici ; le roi et la reine viennent d'arriver ; la marche des troupes est suspendue ; le duc fait former un camp, tout est dans la plus grande consternation. Â ces mots, mes forces m'abandonnent; quelques faibles débris d'espérance qui s'étaient cachés dans mon âme disparaissent comme un rêve trompeur et l'abîme s'ouvre devant moi.
« Le tourbillon me pousse en avant; j'arrive à cequ'on appelle l'Esplanade. J'y vois trois ou quatre cents officiers ; j'y trouve aussi des hussards prussiens et saxons, plusieurs d'entre eux grièvement blessés ; j'apprends successivement tous les détails de la malheureuse affaire de Saaifcid. J'apprends en même temps les nouvelles fâcheuses du corps de Tauenzien. Je rencontre le général Kalkreuth, qui me dit : « Venez me voir ce soir; a bientôt nous ne compterons plus par jours, mais par heures. Je rencontre un moment après le général PhuU, qui, d'un ton mêlé de -fureur et de rage, me dit : « On perd la tète, eela ira furieusement mal. u
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