‹ Traditions et souvenirsChapitre 39 sur 160 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Entin, revenant au prince Louis, Gentz dit : « La triste fin de ce prince admirable inspira en général très-peu d'intérêt; parmi ceux qui, pour le bien de la chose, aur^iient dû le regretter le plus, il y en eut^dont les calculs personnels étoufTaient les sentiments; d'autres étaient trop fortement frappés de l'imprudence et de la témérité de sa conduite pour s'occuper du juste tribut dû à tant de rares qualités et à un dévouement aussi héroïque; plusieurs se livrèrent même sur son compte aux propos les plus indécents et les plus atroces ; tous enfin étaient tellement pénétrés du danger de leur propre position qu'ils ne trouvaient pas le temps de jeter un regard en arrière ; de sorte que cet événement cruel et décisif (car il le fut bien plus qu'on ne se l'imaginait dans le premier moment) passa comme un événement subalterne*. »

Certes la peinture est saisissante, la nature prise sur le vif; et pourtant Gentz ne disait pas tout et ne savait pas tout encore. Les troupes qui avaient été battues à Schleitz et à Saalfeld

' Histoire gta^ralt dei tmilés i/f pair, |iir GarilcD, I, X, pag. tS?

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n'étaient pas seulement en retraite^ elles fuyaient dispersées, portant au loin la terreur des Fran- 4;His ; la panique grossissait de proche en proche ; partout on croyait les voir arriver ; des cotcnnes saxonnes qui avaient conservé quelque ordre furent prises pour l'ennemi ; les Saxons criaient hautement qu'on les avait sacri6és ; le désolidre .gagna jusqu'à Wcimar, où le prince de Hohenlobe eut beaucoup de peine à arrêter cette espèce de sauve-qui-peut.

Pendant que Lannes et Bernadette balayaient ainsi devant eux les corps insuffisants qu'on avait si imprudemment livres à leurs coups, les colonnes de droite de Davout, de Soult et de Ney achevaient, sans rencontrer d'obstacles, le grand mouvement de conversion par lequel ils débordaient l'aile gauche des Prussiens.

Le 12 au soir, Davout occupait Nauenbourg; le grand-duc de Berg, avec la cavalerie de réserve, avait atteint Zeist, envoyant des coureurs sur Leipzig; Soult occupait Géra; le maréchal Ney, parti le matin de Schleitz avec le général Colbert et son avant-garde, bivouaquait entre Mittel et Wolfsdorf ; les deux divisions d'in-

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