CHAPITRE XXVI
Sans doute ces considérations étaient puissantes, Napoléon fut sur lepoint d'être entraîné; mais il en existait d'autres non moins sérieuses pour l'arrêter, ou tout au moins pour te faire hésiter.
Proclamer l'indépendance de la Pologne, c'était s'attaquer aux trois grandes puissances qui s'étaient partagé ses dépouilles, c'était à tout jamais cimenter leur alliance^ Et d'ailleurs, sufBsaît'il de proclamer l'indépendance de la Pologne, pour la faire renaître, pour la constituer, pour créer un État puissant, solide^ sur lequel on pût réellement s'appuyer? Toute son histoire n'était-elle pas là pour démontrer le contraire ? Comment se faisait-il qu'une nation brave, chevaleresque, héroïque sur les champs de bataille, qui autrefois avait possédé un immense empire, s'étendant de ta mer Baltique à la mer Noire, qui plusd'une fois avait planté ses étendards sur les murs du Kremlin, qui avait protégé l'Europe contre les Turcs et sauvé Vienne et l'empire, eût cependant constamment décliné depuis plusieurs siècles, perdant peu à peu ses provinces, et 6ni par tomber dans un tel état de désordre.
D.qit.zeaOvGoOt^lc
168 TRADITIONS ET SOUVENtRS.
d'anarchie, d'affaissement, qu'elle subit le joug, et fut partagée, alors qu'elle comptait encore près de i4 millions d'habitants?
Le secret de ces tristes destinées ne s'explique que trop par la constante faiblesse du pouvoir exécutif, par les périls sans cesse renaissants d'une monarchie élective, au milieu d'une noblesse dévorée par la jalousie, l'esprit de faction, et qui considérait comme le plus précieux de ses privilèges cette insigne folie qu'on appelait le liberum veto, c'est-à-dire le droit qu'avait tout noble d'arrêter par son seul vote l'élection du souverain, de telle sorte que la haine ou le caprice d'un seul pouvait s'opposer au vœu de tous. Ajoutez à cela que la Pologne n'a jamais eu ni classe moyenne, ni frontières naturelles: c'était un édifice sans base et sans défense.
Tout eût été à refaire, à créer, à constituer, et l'expérience des siècles n'avait que trop démontré que c'était dans l'état social de la Pologne et dans le caractère de ses habitants que se trouvaient les causes de dissolution et de ruine.
Était-ce donc bien là un allié sur lequel la
D.qit.zeaOvGoOt^lc