CHAPITRE XXVI
France pouvait s'appuyer et qu'elle pût opposer avec succès aux grandes puissances duNord ? Napoléon ne le crut pas. Quelques mots prononcés dans l'abandon d'une conversation intime résument sa pensée à cet égard : « J'aime les Polonais, disait-il à RappS après avoir reçu une de leurs députations: leur ardeur me platt, je voudrais leur rendre leur indépendance, mais ce n'est pas aisé. Trop de nations ont partagé leurs dépouilles : l'Autriche, la Russie, la Prusse. Une fois l'étincelle enflammée, on ne sait où s'arrê-' terait l'incendie. Mes premiers devoirs sont envers la France, et je ne puis les sacrifier à la Pologne; cela nous conduirait trop loin. » Napoléon revint donc un instant à la pensée première, de se servir de la Prusse pour former cet État intermédiaire qu'il voulait opposer comme barrière à la Russie. La Prusse, depuis deux siècles, avait présenté un spectacle tout opposé à celui de la Pologne : elle n'avait cessé de progresser, tandis que l'autre déclinait. En rendant à la Prusse tout ce qu'il venait de lui prendre, l'agrandissant même encore^ il eût pu former
I Mémoires du général Rapp.
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un État qui répondit à ses vues; mais, lorsqu'il vit les armées prussiennes aussi rapidement dispersées ou détruites, les forteresses honteusement livrées, la monarchie tout entière disparaissant en quelques jours, il crut qu'il n'y avait plus de fonds à faire sur la Prusse, dont la faiblesse s'était montrée trop manifeste. D'ailleurs l'injure était trop grande, le ressentiment trop vif, pour qu'on pût jamais espérer de s'en faire une amie ; enfin le roi de Prusse ne voulait plus -traiter, et, dans le cas où il y eût consenti, une paix partielle débarrassait - elle Napoléon des Russes et de l'Angleterre?
Il résolut donc de poursuivre la guerre, et, ce parti une fois pris, de la porter en Pologne , au milieu d'un peuple disposé à le seconder, plutôt que d'attendre l'ennemi dans la Prusse maintenant abattue, mais qui pourrait bien au moindre échec de nos armes tenter de se relever. Il fallait à la fois tirer parti de la Pologne, sans cependant se fermer toute possibilité de rapprochement avec la Russie et sans fournir à l'Autriche prétexte de se mêler à -la lutte. Il y aurait eu d'ailleurs une compensation à lui
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