CHAPITRE XXIII
c'était la face de l'Allemagne changée, le gothique édifice de l'empire germanique écroulé, c'était l'Europe, enfin, confondue de tant de génie et de tant de fortune.
Napoléon rentra en France par le pont de Kehl et Strasbourg. Une immense population couvrait les deux rives du Rhin, qui semblait désormais ne plus séparer l'Allemagne de la France. Paris, enfin, l'attendait : sa population impressionnable, ardente, toujours avide d'émotion et amoureuse de gloire, avait appris avec un sentiment d'orgueil la nouvelle de nos triomphes ; mais, lorsqu'on vit les trophées dont s'était fait précéder le vainqueur, ces amas de drapeaux conquis à Ulm, à Austerlitz, encore tout couverts de la poussière et du sang des batailles , l'enthousiasme fut au comble. Le peuple, le sénat s'apprêtaient à recevoir l'empereur au milieu d'arcs de triomphe, mais il se déroba à ces ovations et rentra inopinément aux Tuileries dans la soirée du a5. Le lendemain , après une nuit tout entière passée au travail, le jour naissant l'y retrouvait encore.
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U TRADITIONS BT SOUVENIRS.
En arrivant, par le fait le plus imprévu, il avait trouvé le trésor public pour ainsi dire vide et la banqueroute presque menaçante. Le ministre, Barbé-Marbois, avait eu l'idée de faire valoir les fonds dn trésor en plaçant i4o millions en obligations espagnoles sur la Véra-Cruz ; elles n'avaient pu être réalisées, la banque de France avait été impuissante à venir au secours de l'État, et la foule effrayée assiégeait les portes du trésor, demandant son remboursement. La présence de l'Empereur, des mesures énergi* ques, quelques ressources provisoires qu'on fut assez heureux pour se procurer , arrêtèrent la panique et la confiance se rétablit.
On dit que ce fut à partir de cette époque que Napoléon conçut la pensée, qu'il réalisa, d'un trésor, d'une réserve métallique pour parer à de semblables accidents. Ce recours à une réserve métallique peut paraître bien primitif et faire sourire les financiers; cependant nous avons vu ce moyen , traditionnel en Prusse , la servir grandement lors des événements de 1866, et lui faciliter singulièrement le suc-* ces.
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Ces légers nuages furent bientôt dissipés, et le vainqueur et la France purent jouir désormais sans partage de 1 éclat incomparable de leur triomphe. Où allait-on ? nul ne le demandait alors; on se laissait entraîner par le génie et par la gloire, et le poids de cette gloire ne se faisait pas encore sentir. Nos pertes avaient été relativement peu considérables dans cette rapide et décisive campagne. Enfin l'ennemi en avait payé les frais.
Napoléon savait-il lui-même où il allait? avait-il fixé des bornes à l'ardeur inquiète de son génie, qui, dès qu'un horizon nouveau s'entr'ouvrait devant lui, s'y précipitait avec fougue pour bientôt en découvrir de nouveaux : semblable au joueur, qui, à mesure que les millions s'entassent sous ses mains avides, les prodigue toujours pour courir à des chances nouvelles?
Napoléon subit alors un entraînement de ce genre; sans doute, il roulait déjà dans sa tête de vastes projets , mais les succès inouïs qu'il venait d'obtenir contribuèrent à les grandir encore. Ce fut alors qu'il rêva l'empire du monde : il l'a dit plus tard ; il alla plus loin
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et se crut une Providence : il l'a avoué luimême *.
Un événement survint à cette époque, qui, pour quelque temps, sembla devoir modifier les conditions qui pesaient sur les destinées Aê l'Europe et de Napoléon. Pitt, l'âme de toutes les coalitions, l'instigateur de cette guerre à outrance contre la révolution française et Napoléon, était mort le ai janvier 1806, usé par le long et laborieux exercice du pouvoir, dévoré par les luttes incessantes de la vie parlementaire. Déjà frappé par le désastre d'Ulm, un instant ranimé par le canon de Trafalgar, Austerlitz fut pour lui te dernier coup. En mourant, il voyait ses combinaisons anéanties et put se croire vaincu.
A sa mort, Fox, son éloquent rival, qui n'avait cessé de combattre ses idées de guerre sans trêve contre la France, forma, avec quelques hommes modérés dont les idées se rapprochaient des siennes, une administration qui pouvait faire concevoir des espérances de pais.
Itémorial r/t Sfiinte-Héliitê. Voir, ■ propos des a(Taii'C8 il'Espagoe. I. IV, p. 387 el 188.