CHAPITRE XXV dS
Dès le 14» Murât, avec ses dragons, ses cuirassiers et
Ja cavalerie de Ney, était entré dans Weimar à la suite de ceux qu'il poursuivait. La ville de Gœtlie, de Schil- • 1er, ce séjour de la poésie, des rêves, de Tesprit, de la littérature, naguère encore si paisible, retentissait sous les pieds des chevaux du vainqueur.
Le général Rapp, que l'empereur avait envoyé près de Murât, raconte qu'ils allèrent trouver la duchesse Amélie qui n'avait point voulu quitter Weimar. Ils la trouvèrent entourée de ses dames et furent frappés de son calme et de sa dignité. Murât £ut logé au château. Quant au maréchal Ney, toujours un peu offusqué de la dignité d'Altesse et par le souvenir de ses vieilles querelles avec Murât, il se contenta d'une auberge de la ville.
Mon père, après avoir poussé son avant-garde sur la route d*Erfurth, était venu le rejoindre. La blessure qu'il avait reçue, un peu plus sérieuse qu'elle n'avait paru d'abord, l'empêcha de marcher et même de monter à cheval pendant quelques jours. Ce fut de Weimar qu'il donna de ses nouvelles. Je lis dans cette lettre: « J'ai été trop occupé pour écrire, Edouard s'en est chargé. J'ai clé assez heureux pour bien servir. Un (1) de mes aides de camp a été blessé, l'autre (2) a eu son chapeau percé de balles. J'ai été légèrement blessé , dans huit jours j'en serai quitte ; tout cela n'est rien, je repars ce soir, »
de qu'il ne dit pas, d'autres se sont chargés de le
(1) Le capitaine Desfossés, (â) Le lieuteuaut iiruuel.
aao TRADITIONS ET SOUVENIRS
dire. Que de fois j*ai entendu parler dléna, de cette
chaîne du 10® de chasseurs, qui, sous le feu de la ligue eimemie, eapréseucc d uue nombreuse cavalerie, s'empare d*uue batterie, la réduii au silence, tandis que le 3^ de hussards, habilement posté, attendant au passage les cuirassiers ennemis qui ramenaient les chasseurs^ se jette hardiment sur leur flanc, les arrête et dégage à la fois le 10® de chasseurs et ies petits carrés d'infanterie, au milieu desquels Tintrépide maréchal Ney faisait tôte à Torage.
C'est d'ailleurs le maréchal lui-même, qui dans son rapport donne tous ces détails, et qui, après avoir prodigué tous les éloges à son avant-garde, demande pour son chef le grade de général de division. Les termes dont il se sert, à la fois simples et sévères, témoignent d'une opinion depuis longtemps formée : « Le général Ck>lbert a, ditr-il, soutenu sa réputation de talent et de courage ; il fera un ezeellent général de division. »
Doib-je ajouter ([uc Jomini, qui était présent, dit, dans son PrMs de Vwti d$ la gnerre (1) : « La charge audacieuse de la faible cavalerie de Ney sur l'artillerie du prince de Hohenlohe, à la bataille dléna, est un exemple de ce qu'on peut foire en parefl cas. »
Enfin, comme on a pu le voir, la journée ne s'était pas terminée là pour le général Ck>lbert ; ce fut vers la fin de la bataille qu*il fournit ces charges réitérées, à outrance^ qui lui valurent l'insigne honneur d'être cité en ces termes dans le 2® bulletin de la grande armée : c< Le général de brigade Golbert, à la tête du 3*
(1) Tome II, p. 577 et 578.