‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 102 sur 139 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

d«hu88ftrds et du 10« de ehaflBeuis, a (ait sur Tinfiinte*

rie euuemie plusieurs charges qui ont eu le plus grand succès» (1). 0& voit qu'il était en droit dédire « qu'il avait Ixen servi »; expression modeste sans doute, mais qui, par sa simplicité même, fait mieux juger de la satisfaiction intérieure qu'il éprouvait.

Si peu de capitaines ont su, comme Napoléon , gagner des batailles, nul peut-être ne sut comme lui tirer parti de la victoire. Ainsi qu'il Ta dit luinnème, ^ès une baUiille, ce qui fait la diiïérence entre deux années qui en sont venues aux mains, ce n'est pas la perte matérielle que Tune d'elles a subie. La difféimce est souvent peu sensible ; ainsi à Auerstœdt, si les Prussiens laissèrent 10,000 hommes sur le champ de bataille, les Français eurent plus de 7,000 hommes tués ou blessés; parfois même il est aiTivé que c'est l'armée victorieuse qui a fait les plus grandes pertes. A Albuera(2), où les Anglais furent vainqueurs, ils avaient perdu plus de monde que nous. 11 en avait été de même, en remcmtant plus haut, à Malplaquet, une des plus sanglantes batailles qui aient jamais eu lieu, où la perte de Tennemi fut plus considérable que la nôtre (3).

Ce qui constitue la véritable différence, c*est que d'un côté, il y a des vainqueurs, et de lautre côté il n'y a {dus que des vaincus, que la victoire exalte les uns, double, décuple leurs forces, tandis que la dé-

(1) 8« bulletin de la grande armée. Carrespandmce de Napoléon^

t. XIII, 11,018.

(2) Espagne, 1811.

(3) I/arrnée frangaise, coiumaiulée par Villai s, perdit 13,000 hommes; les alliés vain(|ueurs, couduils par £u^ène et Marlborougb, en perdirent plus de 30,000 ,1709}.

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Digitizcd

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Sûteabat, détmii, dans une proportion plus grande encore celles des autres. En un mot, le vainqueur a con* quis Tascendant moral. C*estal<»r8 qu'il faut frapper sans relâche, précipiter le désordre qui s'est emparé des esprits, désordre qui s'accroît par lui-môme, et finit par arriver au comble, livrant alors les bataillons, les corps

entiers à quel(|ues mains hardies, et faisaut tomber Icb remparts des villes devant quelques hussards.

Napoléon n'était donc pas homme à s'endormir sur le doux oreiller d une double victoire. Aussi, dans la nuit du 14 au 15, avait-il déjà donné Tordre au grandduc de Berg, soutenu par le maréchal Ney, de s'emparer d'Erfurth, à Soult de se porter sur Buttelstedt, à Lannes et à A.ugereau de se former en avant de Weimar, à Bernadotte, dont les troupes n'avaient pas encore combattu, de se porter d'Apolda sur Halle, <c donnant tète baissée sur tout ce qu'il renoontreiait. »

Dans l'ardeur de cette poursuite, de graves excès furent commis. De môme que la panique s^était emparée des vaincus, de même une espèce de rage, de fièvre, s'était emparée des vainqueurs, et il fallut que la voix des plus illustres chefs se Ht entendre pour arrêter ces désordres. Il me parait digne d'intérêt de voir quel était leur langage, à quels sentiments ils croyaient devoir s^adresser.

« Je dois, disait le maréchal Ney, rappeler les soldats français à Thonneur et à leur devoir : des dégâts inouïs ont été commis, quelques misérables souillent un nom dont tous les militaires doivent soutenir l'éclat. » Puis, après avoir fait appel à la vigilance et à la fermeté des officiers^ il ajoute : « Plein de confiance

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dans i'iionacur des grenadiers français, je recoin mande à chaque compagnie la surveillance sur les traînards et les pillards i>(1).

Si le maréchal paillait aix^, c'est qu'il savait qu'il se* rait entendu. Sans doute, il y avait derrière ses paroles uue :?aaction terrible, mais avant tout, il s'adressait aux sentiments d'honneur, de devoir, au respect dû au nom firançais.

Depuis lors, on s'est moqué de Texaltalion de tels sentiments, on a cherché à les ridiculiser en leur donnant uu nom ridicule. Grâce à Dieu, on n'y a pas encore réussi, et j'aime à croire que l'armée française de nos jours comprendrait encore le langage du maréchal Ney.

Davout devait gagner Leipzig et se mettre en mesure

de devancer Tennemi sur TElbe. Dès le 16, Erfurih, où s'étaient réfugiés le vieux maréchal Molleudorf et le prince d*Orange, capitulait, ainsi que les deux forteresses qui dominent la ville. On y trouva 14,000 hommes dont 8,000 blessés.

Blûcher n^éehappa, à Weissenstein, à la division de dragons du général Klein, que par uu subterfuge et en affirmant sur l'honneur qu^un armistice avait été conclu. Souk ne se laissa pas ainsi abuser par le général Kalkreuth et lui enleva dans divers combats, à Greussen et à Nordhausen, 4,000 hommes et 25 pièces de canon.

Le 1 7 octobre, Bernadette forçait les portes de Halle et dispersait, après une énergique résistance, un corps de

(i) NordbâttMD, IS octobre iS06. Arcfairet 4a dép6t de la guene.

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12,000 hommes, commandé par le duc Eugène de Wurtembetg. Davout eniin eulrait dans Leipzig.

Pourpeu qu'on jette les yeux sur la carte, on verra quel avanlage douuaieat à Napoléon, non pas seulement les grands succès qu^il venait d'obtenir, mais la conception primitive de son plan stratégique, qui, tout d'abord, l'avait placé sur le flanc de l'armée prussieniie et sur le chemin le plus court pour la devancer sur Berlin et sur l'Elbe.

L'empereur, en se rendant à Weimar, où il établit son quartier général, avait reçu en route une lettre du roi de Prusse qui demandait uu armistice. Il se contenta de répondre « que la campagne était à peine commencée, et qu'il voulait d^abord recueillir les fruits de sa victoire». Un des premiers fut la neutralité delà Saxe, et bientôt son entrée dans la confédération du Hhin. Dès le début de* la campagne, Tempereur Kteàt adressé aux Saxons une proclamation où se remaiv quaient les passages suivants: «e Saxons, les Prussiens out envahi votre territoire ; j'y entre pour vous délivrer* Us ont dissous violemment le lien qui unissait vos troupes, et ils les ont réunies à leur armée. Vous deves répandre votre sang, non seulemeul pour des intérêts étrangers, mais encore pour des intérêts qui vous sont contraires*..

« Saxons, votre sort est maintenant dans vos mains. Voulez-vous rester incertains entre ceux qui vous mettent sous le joug, et ceux qui veulent vous protéger?

« Mes succès assureront l'existence et Tindépendance de votre prince, de votre nation. Les succès des Prussiens vous imposeraient d'éternelles chaînes. Demain

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ils dâmanderaieut la Lusace, et aprèâ<-demaiii la rive de PElbe ; mais, que dis-je? N^onl-ils pas tout demandé ? N'ont-ils pas tenté depuis longtemps de forcer ▼otie souyeraia à reconnaître une souveraineté* qui, vous étant imposée immédiatement, vous eiïacerait du rang des nations? Yotre indépendance, votre constitution, votre liberté^ n^existeraient plus qu^en souvenir, et les mânes de vos ancêtres, des braves Saxons, s'indigneraient de vous voir réduits sans résistance, par vos rivaux, à un esdavage préparé depuis longtemps, et votre pays rabaissé jusqu'à devenir une province prussienne. »

Paroles prophûliques, dont la réalisation s'approche de jour en jour* Dés lors, elles touchaient trop au vrai des choses pour ne pas produire une impression profonde. iSéanmoins, les troupes saxonnes, réunies aux Prussiens, exposées aux premiers coups, s'étaient vaillamment conduites.

On se rappelle qu^à la bataille dléna, le corps commandé par le lieutenant général Zeschwîtz, qui formait Pextrème droite, après avoir tenu ferme jusqu'à la fin, ayant été complètement isolé et entouré, avait été fait prisonnier presque en entier.

L'empereur ât réunir à Weimar la plupart des ofiiciers de ce corps (trois cents environ), et, s^adressant à eux, leur dit : « Je n'ai pris les armes que pour assurer rindépendance de la nation saxonne et m'opposer à ce que votre pays soit incorporé à la monarchie prussienne ; mon intention est de vous renvoyer tous chez vous, si vous me donnez votre parole de ne point servir contre la France. Votre souverain, dont Je connais les

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qualités, a montré une extrême faiblesse en eédaniaux

menaces des Prussiens et en les laissant entrer sur son territoire. 11 faut qu'ils restent en Prusse et ne se mêlant en rien des affaires de rAllemagne. Les Saxons doivent être réunis à la confédération du Rhin, sous la protection de la France; cette protection n'est pas nouvelle, puisque depuis deux cents ans, sans la France, ils eussent été envahis par TAutriche ou par la Prusse. »

Tous s'empresstont de prêter le serment qui leur était demandé, et s'engagèreut également pour leurs soldats, ^empereur les renvoya au nombre de six mille, et, le 12 décembre suivant, Féleeteur de Saxe, faisant alliance offensive avec la France, entrait dans la confédération du Rhin avec le titre de roi.

Tandis que les colonnes éparses de Tarmée prussienne, sous les ordres de liohenlohe, Kalkreuth, BliXcher, pressées par Murât, Soult et Ney, s'étant jetées dans le Harlz, étaient obligées de parcourir un grand arc de cercle pour gagner Magdebourg, Napoléon, occupant la corde de cet arc, poussant rapidement sur Berlin avec les corps de Lannes, Bernadotte, Davout et sa garde, allait s'emparer de la capitale et les devanctf sur rOder en les coupant de toutes leurs communications.

Six jours après léna, TElbe avait été franchi à Dessau

et à Wittenberg. Le 24 octobre, les Français entraient -dans PoBtdam, vainement défendue par l'ombre du grand Frédéric. Napoléon y prit Tépée du grand capitaine, et renvoya à Ibôtel des Invalides, à Paris. Pourquoi ? Ce trophée arraché à une tombe ajoutait-il à sa uioire ?

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