‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 11 sur 139 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ployant en cette circonstance ce courage froid qui voit le danger, la mort, et Taitend avec constance.

« Arrivé à la hauteur de la division Desaix, la brigade des 6^, 2^ et 20® de cavalerie, réduite à 150 chevaux, fut réunie à un peloton du l*"^ et à 2 escadrons du 8« de dragons; je les formais sur une seule ligne suivant la division Desaix à 200 toises à droite de la route. J'aperçus rinfanterio qui, marchant sur la gauche de la route de Marengo, à hauteiu: de Cassina-Grossa, commençait à fléchir, et que les grenadiers ennemis la chargeaient à la course ; je pensai qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et qu*un mouvement prompt pouvait ramener la victoire sous nos drapeaux. J'arrêtai la ligne ; je corn-mdinddLÏ peloton à gauche et en avant ! Les 2"" et le 20^ de cavalerie se trouvent alors avoir la tète de colonne qui se précipita avec impétuosité sur le flanc des grenadiers autrichiens au moment où ils venaient de faire leur décharge : le mouvement fut décisif ; la colonne anéantit en un instant trois bataillons de grenadiers et le régiment entier de Walis ; tout est sabré ou pris ; le citoyen Riche, cavalier au régiment, fait prisonnier le général en chef de l'état-major, G drapeaux, 4 pièces de canon sont enlevées : cependant je ralliai un parti de 200 chevaux pour faire face à la cavalerie ennemie, qui pouvait nous attaquer avec avantage ; elle fut contenue ; elle commença même à se retirer ; je la suivis pas à pas jusque vers la nuit où, nous étant réunis à la cavalerie de la garde consulaire, nous fîmes une nouvelle charge sur la cavalerie ennemie, dans laquelle elle tai taillée en pièces, et ne 4ut son salut qu'à la nuit

as TRADITIONS ET SOUVENIRS

Maintenant pentse-t-on que ce qui a été si habilement et si intrépidement iait par Kelieriuaim, ne puisse encore 8*accomplir aujourd'hui? Invoquera-t-on la précision des armes à feu actuelle et les effets de Tartillehe à longue portée? Mais on sait que ces armes de précision, excelleiiLes pour tirer avec calme sur un but éloigné, perdent de près une grande partie de leurs avantages. Par cela même que ce sont des armes de précision et queles conditions de leur tir varient avec les distances, elles demandent du sang-froid et du calcul pour être employées avec succès. Aussi semble- L-il que de près, dans le tumulte du combat, les nouveaux fusils ne produisent pas, au moins jusf ju'à présent, un effet égal à celui des anciens. Pour les canons rayés le fait est certain (1).

Dira-t-on que la cavalerie sera décimée par ces aimes

(1) Voici ce (jin^ dit à cet égard le général Ambertdans sa brochure intitulée : Réponse aux aUaques dirigées contre l'amie de la cava*

lerie^ Paris, iJenlu, 1863.

« Pendant la cauiiJiii;ne d'Italie, les Français étaient armés de canons rayés ; des deux côtes les iusils avaient subi les perfectionnements modernes ; cependant le nombre des tués a été inférieur àoe qu'il était dans les batailles du premier Empire*

c K Austerlits, la perte des Français est de 14 pour cent de Telièclif combattant ; celle des Russes de 30 pour cent, des Autrichiens de 44i pour cent.

« A Wagram, les Français perdent 13 pour cent; les Autriehiens

14 pour cent.

« A ia. Mosicowa, les Français, 37 pour cent ; les Russes, 44 pour cent.

« A Eiautzen, les Français, 13 pour cent ; les Russes et les Prussiens, W pour cent.

« A Waterloo, les l'ranrais, 36 pour cent; les alliés, 31 pour cent.

« A Majjenta, les Français, 7 pour cent; les Autrichiens, 8 pour cent.

• A SoUérino, les Franco-Sardes, 10 pour cent ; les Âutrtcbieai| 8 pour cent.

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à longue portée avant d'arriver sur le champ de ba« taille? Je répondrai à cela que la cavalerie arrive vite el

qu'il vaut mieux se faire tuer de près que de loin, ce que fit la cavalerie de Kell^rmann, qui fut non pas seulement décimée, mais qui, de 400 chevaux environ qu'elle avait au commencement de la bataille, avait été réduite à 1 50 avant la fameuse èharge. Observons en passant que dans cette charge même, on ne perdit que vingt himmies.

Il y a donc lieu de penser qu'un Kellermann pourrait faire aujourd'hui ce qui fut £3dt en 1800, et que la cavahorie peut encore être appelée à jouer dans nos armées et sur les champs de bataille le rôle que lui ont assigné Frédéric et Napoléon, je pourrais ajouter tous les grands généraux.

Maintenant il est peut-être curieux de se jdacer à un autre point de vue et d'examiner quel parti les Autri-

« Chose remarquable 1 let Français, avec leur artillerie supérieure à

celle des Autrichiens, perdent à Soliérino plus d^hommes que leors adversaires qui font usage de l'ancien système d'artillerie.

■ Ces calculs sont puisés dans une publication allemande extr«>mement sérieuse et savante (Die Cavalerie der Jetztzeit). Mais la théorie, le raisonnement prouvent la vérité de ces ot>servatious, et on aurait pu les prédire.

• Kn effet, pendant les émotions de la bataille, l'homme armé d'un fusil vise et tire instinctivement comme le chasseur, c'est-à-dire que Pobjet sur lequel il fait feu apparaît à rextrémité du canon au mo- ■nsQtoii il appuie le doigt sur la détente. Ainsi employé, le fusil per* feetioDBé du soldat serait loin de Tsloir raneieii ftisil à balle libre. Ce fiisil rayé atteint un bat placé à mille mètres, mais à la condition que la soldat ealeuleim parbitement la diiUmee; û fàiidra encore que Vnmb soit eo bon étal. Autrefois la batte était dngereuse depuis sa sortie du canon josqu*sa but qu'elle frappait. U n*en est plus ainsi. U trajectoire est très élevée pour les grandes distances, le projectile décrit sa courbe, plonge et atteint une z6ne assez étroite» qui est le »eul endroit dangereux. »

chiens tirèrent de leur cavalerie et ce qu^elle fit à Marengo. Mêlas, le matin de la bataille, commence par se priver de 2,400 chevaux qu'il envoie courir vers Acqui, croyant à une attaque de Suchet. Ce qui resta sur le terrain, ne sut ni pousser notre infanterie lorsqull fallait peu de chose pour convertir notre retraite en déroute, ni résister même à notre cavalerie en paralysant ses attaques ; plus d'une fois même la cavalerie autrichienne évita le combat. En présence de pareils résultats, il est très possible qu'il ne manquât pas alors d'habiles dans l'armée autrichienne et à Vienne pour proclamer que la cavalerie n'était qu'une vanité coûteuse et inutile.

Concluons que, pour apprécier les services que peut rendre la cavalerie, il faut d'abord vouloir s'en servir, puis savoir bien s'en servir, et au besoin, ne pas l'épargner. C'est pour ne 8*ètre pas épargnée que la cavalerie a eu une si grande part dans la victoire de Marengo. « Il n'y a pas eu d'escadron, dit Murât dans son rapport, qui n'ait eu à soutenir dans la journée plusieurs charges de cavalerie, toutes ont été données et reçues avec le plus grand succès.» Dans ce rapport, il constate qu'il eut 800 hommes ou chevaux mis hors de combat, sur un total de 3.220.

Le nombre des officiers supérieurs blessés fut très considérable. Âpres avoir, dans ses éloges, donné la plus grande part au général Kellermannqui, dit-il, « par ime charge faite à propos, a su fixer la victoire encore flottante, » Hurat rend hommage à Tintrépidité du général Champeaux, qui fut blessé mortellement.

Parmi ceux qu'il cite et pour lesquels il demande des

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i récompenses, se txouve le colonel Bessières (1) : il sollicite pour lui le grade de général de brigade.

j « Je demande aus.-i, ajoute-t-il, le grade d'adjudant général pour mon aide de camp Colbert. » Berlhier dit ^ement dans son rapport : « Le ehef d'escadron Col*

, bert a mérité le grade d'adjudant général »

' Je regrette de ne pas savoir d*une manière précise ce qui valut à mon père ces éclaLants et glorieux témoignages : rbonneurest grand, carie nombre des officiers cités est fort restreint. Hais les renseignements me man-* queat. Dans une lettre écrite de Torre di Garofolo (3), il dit seulement : « Nous avons eu hier kbataillede Marengo, bataille terrible ; le succès est brillant, iiiai.-^ nous avons eu à regretter le général Desaix, avec lequel je vivais depuis cinq mois ; j'étais revenu avec lui d*Ëgjrpie, il est mort au champ d'honneur, je Tai pleuré amèrement. 3» Quant à ce qui le r^;ardeparticulièrement,

I il se contente d'ajouter : « J'ai échappé heureusement à tous les danvers. » U ne donne aucun autre détail.

Le lendemain de la bataille, le général en chef Mêlas signait à Alexandrie une convention par laquelle les Autrichiens abandonnaient aux Français le Piémont,

' l'État de Gènes, Parme, Milan et presque toute la Lom* bardie. Leur armée devait se retirer au delà du Mincio.

I Un mois de campagne avait suffi pour mettre à néant

I tous les triomphes des Autrichiens et des Russes en

(1) Quatre ans après, maréchal de Franoe, puis duo d*Isftrie, tué l6 mai 1813y UireiUe de la bataille de Lutzen.

(2) Voir iM rapports de Mtiiat et de fimrtiiier à la fia du YOlume (aote C).

' Datée du m prairial ao Vlll (IS juin 1800).

1799 et 1800, et pour nous rendre encore une fois les

arbitres de Tltalie.

Les généraux autrichiens avaient préféré de conserver à leur pays, par cette convention, une armée qui, avec les corps épars, montait à cinquante mille hommes au moins, plutôt que de courir les chances désormais bien peu favorables que leur offrait la continuation de la lutte avec des troupes battues, démoralisées, cernées de toutes parts, contre les soldats victorieux et la fortune de Bonaparte.

Le 1 7 juin, le premier consul partit pour Milan, où il assista dans la cathédrale' à un ^ Dêum solennel.

L'estrade sur laquelle il était placé ressemblait déjà à un trône.

Après avoir consacré quelques jours à la réorganisation de la Képublique cisalpine, il se mit en route le 25 juin pour Paris, accompagné de Murât et de Lannes. Auguste Golbert les y suivit. Il demanda et obtint le commandement d'un régiment, au lieu du grade d'adjudant général pour lequel il avait d'abord été porté. Le . 29 messidor an VIII (18 juillet 1800) il fut nommé colonel du 10^ régiment de chasseurs à cheval*

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