‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 12 sur 139 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Auguste Colbert rejoint su mure. — Il part pour rAllemagne. — PrenVu^ros opérations de Moreau en 1800. — Armistire de Parsdorf. — Convention de Hohcnlinden. — Le 10" de chasseurs, — Le grade de colonel, — Bonaparte et Moreau. — Reprise des hostilités. — Plan et préparatifs de rAutriche. — L'archiduc Jean prend le commaudement de Tarraée. — Mouyemeot de Moreau ; il est attaqué par Tarnée autridiieBne. — Bataille de HolieilUndeiL Audadeuae féaofaitien de Richepance. — Les généraux Lecourbe» Ney. Gudin, Decaen, Grottchy, Grenier. — L*anDée française franehit riun, TAlsa et la Salxa. — Ra|>port de Deoaen. ^ Comliats de Salzbourg. — Deoaea et Lecourbe occupent Salzbourg. — Combats de Schwao8tadt,de Lambadi, etc. L'archiduc Charles succède à son frèro dans le commandement de Tarmée autriobienne. — Convention de Steyer. — Auguste Colbert à Ratisbonne. — Brune et l'armée d'Italie. — Macdonald au Splugen. — Armistice de Trévise, — Paix de Lunévilie. — [/année d'Allemagne rentre en France. — Auguste Colbert à Fontainebleau.

Depuis la Révolution, M'^® de Colbert habitait,

l'été, une maison des plus modestes à Aclières, près de iSaint-Gcrmain; partagée entre les regrets du passé, les craintes du présent et les incertitudes de Tavenir, elle y vivait dans une retraite profonde. De ses cinqeufauts, plus un n'était là : elle avait perdu sa fille; Talné de ses fils, poussé par l'émigration, était allé chercher un refuge en Amérique; quant aux trois autres, nous n S

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bavouâ de quelles auxiétés les hasards qu'ils couiaieut remplissaient le cœur de leur mère.

Uuc seule cousolaliou restait à M'"^ de Golbert dans son isolement : c'était sa petite-Me, enfant qui avait coûté la vie à sa mère en venant au monde, et sur laquelle sa grand'mère et ses oncles avaient reporté la tendre aflection qu*ils avaient pour une Me, pour une sœur chérie. Il n'y a pas une lettre écrite de l'Italie ou du fond de TÉgypte par mon père, qui ne lui envoie un souvenir. Ses joies enfantines interrompaient seules parfois le calme habituel de la triste et silencieuse maison, lorsque le 8 juillet, elle se remplit tout à coup d'un mouvement inaccoutumé, et M"^*^ de Golbert entend répéter ces mots qui la font tressaillir : a Monsieur Auguste est anivét » et peu d'instants après il était dans ses bras.

Ahl si notre âme est ouverte à de cruelles douleursf de quelle ineHabie félicité ne se remplit-elle pas lorsquW pîesse sur son cœur Tétre chéri pour lequel on a longtemps tremblé, pour lequel on a souvent versé des larmes silencieuses 1 Elle le contemplait avec avidité, et ses yeux se remplissaient alors de ces larmes qui se mêlent aux sourires ; elle le trouvait encore plus beau que lorsquUl Tavait quittée deux ans auparavant : sa taille s^était élancée, ses traits avaient pris plus de netteté et de finesse; le soleil d'Égypte avait à peine bruni son teint, ses cheveux étaient aussi blonds, ses yeux bleus aussi doux, et si parfois son regard montrait cette fermeté que donne Thabitude de contempler en face le danger, il n en paraissait que plus charmant lorsqu'il se tournait vers une mère adorée» « Voilà donc, peu-

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sait-elle, cet euijaut que je croyais si frêle, dont il m'a tant coûté de nie séparer : je redoutua tooi pour lui; le voilà homme, grandi au iiiiliou des dangers, des épreuves de loute espèce; il comioaude à des hommes; son nom est insi^it xmrmi ceux des plus braves! et dans sa joie maternelle, elle remerciait Dieu de l'avoir fait si beau, si brave, et surtout de l'avoir fait aussi tendre et aussi bon.

Après ces premières émotions, toutes ses pensées se tournèrent vers ceux de ses enlànts qui étaient restés en Egypte ; elle était insatiable de détails sur leur position, leur vie, leurs espérances. On ignorait encore l'assassinat de Eléber; Tincertitude la plus complète régnait sur le sort réservé à l'expédition, et de ce côté bien des inquiétudes et une longue attente étaient réservées à M"'^ de Colbert.

ËUe ne jouit môme que bien peu de temps du bonheur d'avoir Auguste auprès d'eUe : le 22 juillet, il recevait l'ordre de rejoindre à l'armée d'Allemagne le 10^ régiment de chasseurs dont il venait d*ètre nommé cokmel.

Obligé de faire ses prépai'atifs de départ, il la voyait à peine, et sept jours après, le 29, en quittant Paris, il lui écrivait : « Je vous fais mes adieux, ma bonne mère ; encore une fois, je regagne la route des combats. . • Je ne regrette que vous. — Je ne saurais trop me louer du premier consul; je tâcherai de reconnaître ses nouvelles bontés par un nouveau zèle. » Puis il ajoutait : « Je n*ai pu apprendre sans frémir Faffreux assassinat du généi al Kiéber. : quelle horreur l quelle perle 1 »

L'armée commandée par Moreau était alors en Ba-

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vlèret en avant de Munichi attendant la paix, ou toute

prête à reprendre les hostilités à rexpiration de Tarmistice conclu à Parsdorf le 15 juillet précédent.

Si le génie de Bonaparte avait d^im seul coup reconquis ritalie, Moreau, avec une habileté parfois lente, indécise, n'avait pas cessé depuis deux nuMs de combat ire et de vaincre, et avait enfin pénétré au cœur de l'Allemagne. Voici très rapidement ce qui setait passé :

On se rappelle qu après les succès que Moreau avait obtenus à Ëngenetà Stoekach, il avait dû détachor une portion de son aile droite destinée à aller rejoindre Tarmée dltalie. Ce détachement de 12,000 hommes avait été placé sous les ordres du général Honcey. Depuis lors, Moreau, devenu plus circonspect, n'avait fait que guerroyer autour d'Ulm, où le général en chef autrichien avait établi un camp retranché. Cependant, vers le milieu de juin, il avait commencé un grand mouvement par sa droite, avait été s'emparer d'Augsbourg, puis achevant sa conversion à gauche de manière à couper la ligne d'opération de l'armée autrichienne, et passant sur la rive gauche du Danube, il avait livré la bataille d'Hochstaedt. Les trophées de cette victoire fiumt 5,000 prisonniers, 20 pièces de canon, plusieurs drapeaux et étendards, et, « chose inouïe jusqu'alors, la cavalerie française culbuta la cavalerie autrichienne et lui ht vider le terrain » (1).

Qu'on le remarque en passant, il avait fallu huit

(1) Baron do Canitz : Histoire CfUique des exploits et vicissitudes de la cavalerie pendant les guerres de la EévoiuUaneéde r£mpirê, i. 1, p. 90. (Paris, J. CorréATd, 1S48.)

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années de guerre pour qu'on fût arrivé à savoir bien se servir de cette arme. Les batailles de Iforengo et d'Hochstaedti livrées à cinq jours de dislance, l'une le 14 juin^ Tautre le 19, manpient donc Tépoque où la cavalerie française atteignit une supériorité qui ne fit que se développer pendant les guerres suivantes et qu'elle conserva pendant toute la durée de l'Empire.

Le général Kray, enfin débusqué d'Ulm, se hâta de repasser i*Iser. Moreau, Tayant prévenu à Munich, le iurça de se replier sur l'Inn, et c^est alors qu'avait été conclu l'armistice de Parsdorf (15 juillet 1800).

Du champ de bataille même de Marengo, le premier consul avait envoyé à Vienne l'un des officiers généraux bits prisonniers, M. de 8aint<Julien, pour &ire en« tendre qu'il serait disposé à entrer en arrangement sur les bases du traité do Gampo-Formio, Saint-Julien, renvoyé à Paris par l'Empereur, ayant signé des préliminaires sur ces bases, fut désavoué par le premier ministre autrichien Thugut, bien qull fût muni de lettres de créances de son souverain. Bonaparte ordonna alors au général Moreau de dénoncer rarmistice. La cour de Vienne hésitait, elle demanda une nouvelle prolongation, qui ne lui fut accordée que sous la eon* dition expresse que les places d'Ulm, d'Ingolstadt et de Philipsbourg serai.ent remises aux Français. Le premier consul consentit, pajr une nouvelle convention passée à Hohenlinden, le 20 septembre, à prolonger l'armistice de quarante-cinq jours en Allemagne et en Italie.

C'était un peu avant cette époque qu'Auguste Golbert avait rejoint Tarmée ; il était à Freisingen, en avant de Munich, lorsqu'il écrivait : « Il £aut remettre encore

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Tépée dans le fourreau. Je crois cette fois à une paix. L'armée est de 120,000 combattants, tous bien disposés à cueillir de nouveaux lauriers sur la route de Vienne : voilà, j'espère, de bons plénipotentiaires. » C'était en effet un redoutable argument que cette armée éprouvée par de nombreux combats, enorgueillie de ses succès, et conduite par des hommes tels que Moreau, Lecourbe, le vainqueur des Russes de Souvarov dans ces terribles luttes du Pont-du-Diable, au milieu des précipices des Alpes; Ney, Decaen, Gudin, et cet admirable Richepance, trop peu connu et trop peu vanté,- que nous allons bientôt voir à Toeuvre, tous hommes jeunes, la plupart ayant trente ans à peine, mûris déjà par une longue expérience et rivalisant entre eux de vigueur, d'audace et de talents militaires (1). Lecourbe commandait l'aile droite, le général Grenier l'aile gauche; le général en chef Moreau s'était réservé le centre, composé des trois divisions Richepance, Grandjean, puis Grouchy et Decaen.

Le 1 0^ régiment de chasseurs à cheval, dont Auguste CoUjert venait de prendre le commandement, faisait partie de cette dernière division. Depuis le commencement de la guerre il était aux avant-postes; officiers et soldats avaient l'allure de gens vivant depuis longtemps en vainqueurs en pays ennemi. Le dernier colonel, Ordener, y avait débuté comme soldat et successivement y avait conquis tous ses grades. C'était une vieille moustache. Ce fut donc une espèce d'événement lors-

(i) Lecourbe, né en 1759, mort en 181S; Gudin (1768-48i2) ; Ney (1709-1815); Decaon (1709-1832); Richepance (1770-1802).

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qu'on vit arriver pour le remplacer ce grand jeune

homme de vingt-deux ans, venant de l'armée de ^naparte, et n'ayant pas même de baxbe. Que de motifs de prévention! Il y avait d'ailleurs dans le régiment d'anciens che£s d'escadroui l)raves soldats, qui se voyaient enlever une position qu'ils avaient pu considérer comme devant leur appartenir. Heureusement que si le jeune colonel n'avait pas de barbe au menton, il possédait largement toutes les qualités qui passent pour en être Tapanage, que de plus il avait de l'esprit, et dans le propos cet entrain, cette verve qui ont toujours sédiMt la soldat dans tous les temps. Proûtaut donc de la première occasion où les balles siCOaient de façon à rendre sérieux les plus hardis, il se mit tranquiUunent à &ire à ses chasseurs et ^ ses officiers une petite allocution d'un style tout militaire, dans laquelle il leur disait en terminaot : a que s'il n'avait pas de poil au menton..*, il saurait cependant leur fidre voir l'ennemi d'aussi près qu'ils pourraient le désirer. » Ceci n'est qu'une traduction très pâle de qudques mots fort éner^^iques (1).

Un instant après il revint^ ses boites, ses babils percés de eoups de baïonnette. On comprit que ce blanc-bec pourrait bien en remontrer à des barbus, et comme à une entraînante valeur, aux brillants dehors

de l'homme de {iiiorrc, il joignait les qualités les plus solides, un grand fond de bonté et de bienveillance, l'union entre le colonel et le régiment fut bientôt intime, et peu de temps après son arrivée, il écrivait déjà :

(i) Vol? ta sole D, à ta fin du volume.

« J^aime mes eliasseurs comme un amant aime sa

maîtresse. »

Le grade de colonel est un de ceux qui laissent le

plus de souvenirs. Il n'est pas rare de voir ceux-là même qui sont arrivés au sommet de la carrière militaire se reporter avec plaisir à Fépoque où ils commandaient un régiment, et la considérer comme une des plus belles et des plus heureuses de leur yie. Ce grade réclame d'ailleurs un ensemble de qualités difficiles à rencontrer. Un colonel n'a pas s^emenl à mener son régiment à Tennemi, avant d'en arriver là, il faut qu'il l'y prépare de longue main par les soins incessants, minutieux, qu'exige d'abord la partie matérielle, puis par tous ceux que demande une instruction toujours à refaire, à entretenir, à développer, sous peine de la voir déchoir; il faut qu'il fasse vivre en bonne harmonie un grand nombre d'honunes différents d'esprit, de caractère et de tendances, qu'il relève le moral et les sentiments .des uns, calme l'effervescence, l'impétuosité des autres, qu*il sache entretenir l'émulation tout en modérant les ambitions, calmant les jalousies, et communique à tous ua môme esprit, de manière que cette réunion si multiple, si diverse, ne forme que ce qu'on a si bien nommé un carpSi doMt le colonel est Tàme et la providence.

Rencontrer chez un jeune homme dé vingt-trois ans à peine la sagesse, la connaissance des hommes, le tact nécessaires pour accomplir ime telle œuvre, semble chose difficile. CSependant Auguste Colbert ne montre dans ses débuts ni tâtonnements ni embarras : était-ce présomption inspirée par sa jeunesse? Non, puisque moins de deux années après, il était reconnu, de l'aveu de

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