‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 112 sur 139 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ottTerte, par fourtoneb, par artifices, étendu son pouvoir

sur des contrées qu'il dévaste, menace la Russie que le ciel protège. C'est à vous d'empôcher que ce destructeur de la paix, de la foi et du bonheur des peuples, séduise les chrétiens orthodoxes. Il a foulé aux pieds tout principe et toute vérité ; il a prêché en J^ypte le Coran de Hahomet, proclamé son mépris pour les ministres de la sainte Église de Jésus-Christ, convoqué en France des sjnagognes juives. Vous aimez vos semblables, fuyes le persécuteur des chrétiens ; vous désirez être sauvés, opposez des obstacles insurmontables à Texécution de ses desseins. Il ose se lever contre Dieu et contre la Russie ; prouvez que vous êtes les défenseuis du Très- Haut et de votre patrie. Chassez ce monstre, punissez sa barbarie contre tant d^innocents dont la voix crie et s'élève vers le ciel. Dieu entendra la prière de ses fidèles ; il vous couvrira de son pouvoir, il vous environnera de sa grâce, et vos exploits seront célébrés par rÉglise et par la patrie ; des couronnes immortelles et un séjour d'éternelle félicité vous attendent » ( 1 ) .

Ces paroles retentirent d'un bout à l'autre de Tem* pire et remuèrent profondément T^thousiasme leligieux et patriotique.

Voici maintenant le langage que Napoléon tenait à ses troupes : « Soldats, il y a aujourdlmi im an, à cette heure même, que vous étiez sur le champ mémorable d'Austerlitz; les bataillons russes, épouvantés, fuyaient en déroute, ou enveloppés, rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendemain, ils ûrent entendre

(1) Mémoires d'un homme d'État, p. 375 et 376, t. IX.

M TRADITIONS ET SOUVENIIIS

des paroles de paix ; mais ellds étaient trompeuses : à

peine échappés, par Peffet d'une générofritépeut-^ètre condamnable, aux désastres de la troisième coalition, ils en ont ourdi une quatrième. Mais Fallié sur la tactique duquel ils foQdaienl leur principale espérance u'esl déjà plus. Ses places fortes, ses capitales, ses magasins, ses arsenaux, 280 drapeaux ,700 pièces debataille, cinq grandes places de guerre, sont en notre pouvoir. L'Oder, la Warta, les déserts de la Pologne, les mauvais temps de la saison n'ont pu vous arrêter un moment. Vous avez tout bravé, tout surmonté ; tout a fui à votre approche.

a C'est en vain que les Russes ont'voulu défendre la capitale de cette ancienne et illustre Pologne : Taiglc firançaise plane sur la Yistule. Le brave et infortuné Polonais, en vous voyant, croit revoiries légions de Sebieski de retour de leur mémorable expédition.

« Soldats, nous ne déposerons point les armes que la

paix générale n'ait affermi et assuré la puissance de nos alliés, n'ait restitué à notre commerce sa liberté et ses colonies. Nous avons conquis sur TBIbe et sur 1*0der Pondichéry, nos établissements des Indes, le cap de Bonne-Ëspéranee et les colonies espagnoles»

« Oui donnerait aux Russes le droit d'espérer de balancer les destins? Qui leur donnerait le droit de ren* verser de si justes desseins? Eux et nous, ne sommesnous pas les soldats d'Austerlitz (1)?

« Napoléon. »

C'était ainsi que, faisant l'un et l'autre appel à la jus*

(1) C9mtpmd§m$ dê NèpfMm^ u XIV, n. li,m

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lice de leur cause, les deux souverains, dans un lau^a^e fort diUéreut, surexcitaieul Tardeur de leurs peuples.

Depuis trois mois, Tarmée française n^avait cessé de marcher ou de comballre ; arrivée sur les bords de la Yistule» au lieu du repos qu*elle pouvait espérer, elle y trouvait la guerre. L'aspect des plaines glacées de la Pologne, et la perspective d'une lutte dont on ne pouvait prévoir le terme, jetèrent un instant Tincertitude et le décourageiiioul dans les esprits. Mais bientôt ces mois de gloire qu'on faisait entendre, ces grands intérêts de la patrie présentés à tous les yeux, eurent ranimé les cœurs, fait disparaître les nuages, et l'entrain et la gaieté française ne tardèrent pas à reprendre le dessus.

A cette même date du 2 décembre, Napoléon faisait publier le décret suivant : t Sur remplacement de la Madeleine, uu monument sera élevé à la grande armée, portant sur le frontispice du temple : L'empereur Napoléon à la grande armée. » Dans l'intérieur du monu* ment seront inscrits les noms de tous les liommes par corps d*acmée et par régiments, qui ont assisté aux batailles d'Ulm, d*Austerlitz et d'Iéna, et sur des tables d'or massif, les noms de tous ceux qui sont morts sur les champs de bataille. »

Le 28 novembre, Murât, comme nous l'avons déjà dit, était entré dans Varsovie avec sa cavalerie. L'empereur avait placé sous ses ordres le corps de Davout €[ui marchait à une journée en arrière. Les corps de Lannes, d*Augereau et de Soulti s'échelonnant, remontaient la rive droite de la Vistule. Eu portant sa droite vers Varsovie, Napoléon avait Tavantage d'avoir son Hanc

m THÂDITIONS £T SOUVËNIHS

droit protégé par les frontières autrichiennes de la Gal«

licie, dont la neutralilé avait été déclarée.

Le 2 décembre, le jour mAme où la proclamation de l'empereur était lue à Tarmée française, Benniugsea | doimait à ses troupes Tordre d'abandonner Praga et tous les postes qu'elles occupaient le long de la Yistule* Voyant les colonnes qui s'avançaient sur lui, et craignant que Napoléon, sans tenir compte de la neutralité de la Grallicie, ne profitât de son voisinage pour le tourner par sa gauche, il avait pris le parti de se retirer sur Pultusk, te rapprochant ainsi de l'armée de Buxhowden qui était dans les environs d'Ostrolenka.

Murât lit aussitôt passer ses troupes en bateaux pour occuper Praga dont le pont avait été brûlé; Lannes .passa également et fut s'établir isur le Bug. Ce ne fut qu'après de grandes difficultés que 8oult et Augeieau passèrent la Vistule entre Modlin et Wisigrod.

Pendant ce temps, le maréchal I^ey s'approchait de Thorn^ précédé par le général Golbert avec sa cavalerie) le 27® de ligne et une batterie. Le maréchal, ayant re- ^ joint, le 4 décembre, son avant-garde à Bromberg, fut reconnaître lui-même le cours de la Vistule, à partir de l'embouchure de la Braba, en descendant le fleuve, puis ordonna au général Golbert de s'étendre par Fordon jusqu'à Scliweidnitz pour garnir la rive gauche du 1 fleuve, surveiller ce qui se passait sur la rive droite et rassembler enfin tous les bateaux qu'il pourrait trouver.

Thorn, désigne pour le point principal du passage des troupes, est situé sur la rive droite de la Vistule, fort large en cet endroit : on y aboutit par un pont de 340 toises i ce pont avait ete fort endommagé, mais pouvait

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