‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 116 sur 139 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

qu^aundt pu rassurer en d'autres dreonstanees la com-

Linaison de Tempereur. Il n'y eut pas là uue de ces catastrophes, un de ces coups d edat auxquels avait harbitué son génie. Toutefois, en six jours il avait atteint son but, qui était de jeter les Russes hors de la Pologne ; il leur avait tué ou pris 25,000 hommes, et 80 pièces de canon étaient restées entre ses mains. On a pu remarquer que la formidable artillerie des Russes, fort supérieure comme nombre et comme calibre à la nôtre, fut un de leurs principaux moyens de résistance; aussi Napoléon^ à partir de cette campagne, s^occupa d^augmenter la sienne.

Les deux armées n'avaient cessé de combattre, le jour, la nuit, au milieu de tourbillons de neige ou de torrents de pluie glacée, faisant les marches les plus longues et les plus rudes, dans les ténèbres, au miheu d'une boue liquide, sous laquelle le sol semblait se dérober et qui rendait tous les mouvements difficiles. Ce n'était pas tout encore : les transports de vivres ne pouvant arriver, souvent elles avaient à souffrir de la faim.

Les Français conservèrent leur entrain, leur gaieté, mais ils se rappelèrent longtemps les boues de la Pologne. Les Russes supportaient tout passivement et montraient, contrairement à ce que pensait Napoléen, que la défaite d'Âusterlitss n'avait nullement frappé leur imagination.

Pendant ces six jours, Fempereur ne cessa de mar« cher par tous les temps au milieu de ses soldats, partageant avec eux les fatigues, les périls, leur parlant, s'amusant'de leurs propos, «c U fiaut tout de même que voua ayez un fameux coup dans la tète, pour nous men SIS.

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ner sans pain dans des diemins comme ça! » Im di«

saient-ils. « Encore quatre jours, répondit Tempereur, et je ne vous demande plus rien, vous serez cantonnés. T» — « Allons, encore huit jours, mais souvenez* vous-en, parce que nous cantonnerons tout seuls après. » Il aimait cette liberté de langage de la part des soldats, et était persuadé que ceux qui lui parlaient ainsi étaient les plus braves (1).

Si les corps d'armée formant Taile droite avaient manœuvré par leur gauche pour tourner la droite de l'armée russe, les trois corps de BemadottO} de Ney et de Bessières avaient manœuvré par leur droite pour tourner la gauche du corps prussien du général Lestocq. Le 23 décembre» les trois corps étant sous la direction du maréchal Bernadette, le maréchal Bessières se porta avec sa cavalerie par Ruppin sur Biezun, point important sur la haute Wkra, par lequel les Prussimis pouvaient se lier à rariuée russe. Lestocq de son côté y dirigeait un corps de 6,000 hommes d'in£auteri6; lemaréehal Bessières les voyant arriver en plusieurs colonnes, les ût charger par les dragons du général Grouchy, avant qu*ils pussent se former. Cette charge impé^ tueuse les rompit : on prit environ 500 hommes et 5 pièces de canon.

La division Dupont et la division Drouet avaient passé la Drevenz à Gollup , Ney avec son infanterie occupait Strasbourg et faisait éclairer sa gauche jusqu'à Gamsee par le général Golbert. Comme il eouvndt rextrème gauche de Tarmée, il avait, pour me servir

(1) Mémoires du duc de Rovigo^ t. III, p. 23.

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des expressions de Tordre du maréchal Ney, <c l'honneur d'adresser des rapports directs et journaliers à Son Altesse le prince de Ponte-Corro. N'ayant que peu de monde avec lui, ajoutait l'ordre, et beaucoup à surveiller, il ne pourra rester à poste ûxe, et sera toujours obligé d'être en alerte, d

Le maréchal partit des environs de Strasbourg le 23, jour du combat de Biezun, avec les divisions d'infante- * rie de Marchand et de Grardanne. Ayant rencontré une avaut-garde prussienne qu'il entama à Kinsbrock, il apprit que le général Lestocq, repoussé de Biezun, avait replié ses troupes et s*était concentré, occupant Mlawa et Soldau.

Il se trouvait encore fort rapproché des Russes, à

sept ou huit lieues de Cliorzel et de Golymin ; le maréchal résolut de l'en séparer entièrement, en portant la division Marchand sur la droite à Mlawa, tandis qu*il faisait attaquer Soldau par le 76° et le 69° de ligne.

On ne peut arriver à Soldau que par une chaussée longue et étroite qui traverse des marais ; les Français, malgré une vive résistance, s'emparèrent de la ville. Mais, dans la nuit, Lestocq, ayant appris qu'il n'avait eu affaire qu'à une avant-garde, voulut la reprendre. Ayant stimulé au plus haut degré l'ardeur des siens en leur faisant jurer de vaincre ou de périr, par trois fois, mais en vain, il tenta d'y pénétrer et fut définitivement repoussé. Le 69® de ligne avait montré dans cette affaire un élan, une intrépidité digne de la vieille ré* putation qu'il avait acquise à l'armée d'Italie. Le général Marchand s'étant de son côté emparé de Mlawa, Lestocq, déûuitivement séparé des Russes, tourné par

sa gauche, n'eut plus d'autre parti à prendre que de faire sa retraite par la route de Neidenbourg.

Si les efforts des Prussiens avaient été vains, toutefois le courage, ropiniàtreté qu ils montrèrent dans ce combat, commencèrent à relever Thonneur des armes prussiennes, bien compromis par leur récents désastres.

On peut être étonné que Lestocq u*ait reçu aucun secours des Russes et ait été ainsi abandonné par eux. Ils étaient, il faut le dire, trop occupés eux-mômes, ayant sur les bras toute la droite de Tarmée française.

Le maréchal Bernadette, sachant que le maréchal Ney n'avait pas de cavalerie, s'était empressé de lui renvoyer le général Golbert. Il arriva le 26 à CSulm, le 27 à Soldau. Le maréchal, lui donnant le 69^ et le 76®, le mit immédiatement à la poursuite du général Lestocq. Ayant rencontré Tarrière-garde prussienne un peu en avant de Neidenhourg, après une légère escarmouche, il pénétra dans la ville, où se trouvaient de nombreux blessés abandonnés par les Prussiens : parmi eux étaient deux aides de camp du général Lestocq, dont Tun était mourant. Le bruit courait dans la ville qu'une colonne de 12,000 Russes était à Prasnyc, et que Willenberg, qui renfermait des magasins considérables, était peu défendue. Le général Golbert, étant parti de très bonne heure, trouva l'entrée du bois de Klein-Schimauen défendue par cinq escadrons et un bataillon d*infanterie légère. Dès qu'il eut lecuana la position de l'ennemi, il ût attaquer les avant-postes, charger et sabrer l'un des escadrons, auquel on prit deux officiers et 15 cavaliers ; le reste s'eUiit réfugié dans le village de Gross-Schimauen ; il le fit canonner, et les

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