CHAPITRE XXTI
« Je me léiouia de retrouver notre garçon marchant et balbutiant. Aies-en bien soin, et eonserve-toi ansd pour rameur de moi. Je jette quelquefois un regard en arrière sur vous, et ma eeole joie est de vous savdr
bien chaufiFés, soignés et secs, quand je suis froid, négligé et mouillé; en cela nous faisons tous très bien notre afEûre. Demain je vais à Guttstad avee Tavantgarde que je commande, nous devons y rester quelques jours. On parle d'arrangement avec les PrussienSi qui sont bien fatigués. Les Russes se retirent... »
c Bartenakein, 16 janvier,
« Il y a bien longtemps que je n avais eu de vos { nouvelles; il voos est cependant plus aisé d'écrire qu'à moi, errant toute la journée, me battant chaque jour pour avoir un village, mangeant des pommes de terre pour rassasier ma faim etdormant parce que j*en ai grand 1 besoin et que mon lit est toujours fait.
« J^uard est colonel d'un beau régiment de hussards : vous voyez qu*il ne &ut t[u'un moment. Je suis joyeux de cet avani^ement, que je viens d'apprendre ce matin.
« Je ne suis pas bien loin de Kœnigsberg, et bientôt j'en serai plus près. J'ai un fort beau commandement. On vient de me donner quarante compagnies de grenadiers et de voltigeurs, dix pièces de canon et mes deux régi-
i ments de cavalerie. J'espère obtenir avec de tels moyens les louanges des Athéniens. On veut à toute force me £aire valoir ; je tâcherai de répondre aux bontés du maiéchalf et si je ne réussis pas, je pourrai, soyez-en
' sûrs, paraître encore la tête haute.
411 mDITIONS ET SOUVENIBS
« Ma chère mèref je vous aime beaucoup, mais je n'ai paatoujours le temps de vous le répéter: ne tous fâchez pas de celte impolitesse d'avant-garde. Ma femme m'écrit un peu, elle est enrhumée, ça dure bien longtemps ; il faut lui donner du jus de réglisse et que ça finisse. Je crois que rinquiélude la tourmeute ; chacou son mal; moi, c est le ^oidet la diète.
«c C'est une vie bien agitée que la mienne. Tout en me louant des liens que j'ai formés, je les regrette ; je ne suis pas assez tranquille pour être bon époux... »
€ HdiQiitteiii, 26 janvier.
(c Je reçois à Tinstant les deux lettres où tu me parles
de la maladie de notre enfant. Je sais heureusement qui! est hors d'affaire ; je suis très calme et assez Dort pour supporter toutes les vicissitudes du temps et du hasard. Cependant, j'ai frémi successivement de terreur et de joie. Je t'ai bien plaint ; ton pauvre cœur avait trop d'agitations à la fois, mais tout est heureusement fini ; puisque ton enfant a pu soutenir une crise aussi forte, il sera bientôt rétabli
c< Je suis en marche depuis plusieurs jours et bien occupé ; le temps est froid, je soutiens très bien ce rude dimaty et l'activité me préserve.
« Ma mère m'a écrit ; elle te plaignait sincèrement et t'aime de môme
« Je me suis très bien rappelé Tanniversaire de notre mariage ; ces souvenirs sont déjà vieux, ils sont attristés par le présent: c'est un mauvais lot qu'un mari militaire
« Je suis tout dans Taveuir; lui seul m'inquiète, en-
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core ce n^est pas pour moi, et mes affections sont plutôt les tiennes que les miennes.
« Parie-moi souvent de toi, de ton fils ; je vous porte dans mon cœur, et yotie bonheur peut seul caresser ma misère. x>
Il y a dans Taffection que porte aux siens Tliomine qui chaque jour expose sa yie, dans la tendresse qull leur exprime, quelque chose de celle du mourant qui presse plus étroitement sur son cœur les êtres chéris qu^il ya quitter; et cependant ici, malgré ce vague sentiment de tristesse, non seulement l'âme conserve sa fermeté, mais Tesprit sa gaieté, son entrain, cette yerve militaire qui au milieu des souffrances sait réveiller les courages.
A e6té des expressicms d'une tendresse charmante, le sentiment qui respire dans ces lettres, qui domine tout, s'impose à tout, est celui du dévouement au devoir simplement accompli. Ënûn, à la manière dont Auguste Colbert parle de gloire, on sent que, si elle passe poux lui avant l'ambition, il est une chose qu'il préfère à tout: rhonneur.
NOTES
BT