‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 13 sur 139 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tous, pour un des meilleurs colonels de Tannée. Le

fait d'un colonel de vingt- trois ans peut nous paraître extraordinaire, mais il faut penser qu'il y a des époques où les hommes se forment vite. Sans doute, Auguste Colbert était fort jeune d'années, mais qu on songe à ce qu*il avait déjà vu et £sdt, aux dreonstances au milieu desquelles il s'était trouvé, aux hommes avec lesquels il avait été continuellement en contact, et Ton sera moins étonné qu'une nature aussi heureusement douée que la sienne se soit aussi rapidement développée. Les lettres qu'il éoivit alors d'Allemagne montrent une raison ferme, éclairée, dont le calme dénote la précoce maturité. Contrairement à ce qu'on peut attendre, ce jeune homme qui nu>ntre tant d'ardeur sur le champ de bataille, qui en cherche si avidement les émotions, comme homme, comme citoyen, aime, désire la paix et l'appelle de tous ses vœux. E suit, attentif, les progrès du gouvernement réparateur et créateur qui s'établit eu France, et semble couver des yeux le premier consul en qui se personnifient pour lui Favenir at la grandeur de la patrie. 11 frémit à tous les bruits de conspiration qu^on ne cesse de faire circuler, et toutefois son Ame repousse l'idée du crime, « auquel 51 ne croît que lorsqu'il est avéré. » Encore, lors même que le crime est avéré, le dédaigne-t-il en quelque sorte, il le regarde comme impuissant contre les destinées de son héros, et c'est avec un véritable bonheur d'expression qu'il s'écrie à propos de la machine i^/èrnàh : « Jamais ils ne réussiront contre lui, il est cuirassé de fortune. »

Tel était Auguste Colbert lorsqu'il arriva à l'armée du Bhin« n y avait en lui des qualités et des contrastes

faits pour attirer i attention. Il se tnmya que ce jeune

homme avait toute rexpérieiice crun vieux soldat, d*im chef éprouvé) que ce blanc-b^c montrait une crânerie à donner à réfléchir aux phis audaeieux, que oet homme élégant et poli maniait la langue du soldat de manière à se fiftire jalouser par les plus éloquents en oe genre.

Eulin, à côlé des sentiments d'admiralioii, d'enthousiasme sans partage pour Bonaparte qui convenaient à un soldat d'Italie et d'Egypte, il y avait en lui une raison élevée, froide, un patriotisme sincère et pur, capable de satisMre les plus difficiles de Tarmée sévère et encore toute républicaine de Moreau.

L'épreuve redoutable et alors fort redoutée (1) qu^avait eu à subir Auguste Golbert avait donc tourné à son avantage : ce fut un succès, et le succès eut assez d'éclat pour que quelques personnages ecdstant encore aujourd'hui en aient gardé le souvenir. Auguste Golbert forma bientôt à l'armée du Rhin des relations, se créa des amitiés qui devaient plus tard influer sur sa cairière et tenir une grande place dans son existence.

Enfin arriva le mois de novembre, époque où l'armistice devait expirer. De part et d'autre on s'était activement préparé à de nouveaux combats.

On a beaucoup répété que Bonaparte était jaloux de Moreau : c'est mal connaître Bonaparte. H avait, et à juste titre, un txap haut sentiment de sa supériorité pour être jaloux d'un homme d'un grand mérite sans doute, mais qui reconnaissait lui-même son infériorité, tout

(1) V<»ir dans les Méinoirei de U duchesse d*Abraiitès les craHites fixiMmées par junot à ce si^et^

Diyiiizea by

Page 1