‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 14 sur 139 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

eu faisant de ces résexves que lanaour-propre personnel n'abandonne jamais. Moraau disait au général Mathieu Dunias, et cela peu de temps après IIohenliQden : a Pour la couceplion des plans, pour la conduite des grandes opérations et pour la politique de la guerre, c^est notre maître à tous; mais pour la guerre méthodique, sur un théâtre déterminé, pour la partU d' échecs^ c'est autre chose : là je croîs valoir mieux que lui » (1).

Le général Moreau passa à Paris presque tout le temps des armistices qui se succédèrent; ce fut alors qu'il épousa M"^ Hulot, et à partir de cette époque, dit-ou, sous rinfluence de sa jeune femme et par celle de sa nouvelle &mille, se développèrent ses -sentiments de jalousie contre Bonaparte*

Quelques contemporains ont raconté une anecdote qui peut faire juger de leurs rapports à ce moment. Un jour, vers la Un d'octohre ou dans les premiers jours de no* vemhre, le premier consul était au conseil des ministres, lorsqu'on lui annonça le général Moreau. Il le fit immédiatement entrer, Moreau était en redingote hleue, chapeau rond, la cravache à la main : «t Vous arrivez à propos, général, dit Bonaparte, le ministre de l'Intérieur vient de m*apporter une paire de pistolets que le Gouvernement destinait au roi d'Espagne; je ne crois pouvoir mieux faire que de les offrir à un général quia si bien mérité de la République. Seulement, citoyen ministre, ajouta-L-il en se tournant vers son frère Lucien, alors ministre de rinté|;ieur, faites 6ter quelques-uns des diamants (^i liss cQuvirent,aftn 'depouvoir y inscrire

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des noms de victoires remportées par le général ; ne les mettez pas toutes, il ne resterait plusde diamants : ce

n'est pas que le général y tienne, mais enfin, il faut conserver le dessin de Tartiste. » Moreau sembla hésiter un instant, puis accepta avec uu grand air d'indifîérence, sans ajouter un mot. Dira-t-on que cette scène était préparée, jouée? mais, en tous cas, elle n'exprimait qu'une intention fort gracieuse pour Moreau.

Non, Bonaparte n'était pas jaloux, mais Moreau eut le tort de se poser en rival de Bonaparte : de là F irritation et bientôt Tanimosité de celui-ci, choqué dans Torgueil de son génie de voir une prétention à pane admissible au point de vue militaire et absurde à tout autre. Dans les notes qu'il écrtvii à Sainte-Hélène sur la belle campagne dont nous allons parler, il est plus que sévère et évidemment partial; mais à Tépoque dont il 8*agitici, les sentiments d*animo8ité n'existaient pas plus que ceux de jalousie. Le premier consul fournit au général Moreau tous les moyens de succès : non seulement il fit de l'armée du Kli in l'armée la mieux équipée, la plus belle de celles qu*on eût vues depuis la Révolution, mais encore l'ensemble des opérations militaires fut combiné de manière à placer Moreau dans les conditions les plus &vorables à sentaient, et à lui fournir Véchiquier sur lequel il manœuvrerait comme il l'entendrait.

En e£fet, sa gauche et ses derrières étaient couverts par Augereau placé en Franconie, sur le Mayn, avec "20,000 hommes; Macdonald, avec 15,000 hommes pro^

venant de l'armée de réserve, occupait le pays des Gri-» sons, couvrant à la fois la droite du général Moreau et

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