CHAPITRE XV
sur les bordfi du Danube, yers Landsliut, était le .général Sainte-Susanne avee trois divisions; de telle
sorte qu'il n*y avait, à bien dire, que les trois divisions du centre et le corps de Greniw qui fuissent placés immédiatement sous la main du général en chef.
Llnu pouvait être pour raru^ée autrichienne une ligne de défiMise fiormidable : de Kufstein à Muhldorf, deux points fortiûés avec soin, dans une étendue de vingt lieues; cette rivière, qui va se jeter dans le Danube, coule dans un lit profond que ses eaux torrentueuses se sont creusé à travers une chaîne d'énormes rochers coupés à pic et semblables à d'immenses murailles. Le passage n'est possible qu'à un ou deux endroits. Quant à tourner ce front par un de ses points extrêmes, il n'y avait pas à y penser, Kufstein étant appuyé aux montagnes du ïyrol, rempli d'une population guerrière et dévouée, et de Tautre c6té Muhldorf touchant à la Bohème et à la chaîne du Rohnenwald, où Tarchiduc Charles organisait des forces considérables.
Il y avait donc un parti indiqué, c'était de se tenir derrière une barrière qui semblait infranclùssable; ce ne fut cependant pas celui auquel s'arrêtèrent le conseil aulique et le nouveau général, l'archiduc Jean, qui recevait ses inspirations du grand maître de Tartillerie Lauer et du général Weyrother, sorte de pédants militaires doul les Autrichiens se sont souvent infatués.
Lorsque, dans un art quelconque, un bonmie de génie ouvre des voies nouvelles, la foule des esprits s'efforce de l'imiter. Bonaparte avait donné aux conceptions ^tratégîc^ues des jjroportioi^ jusqi^'alQrs inconnues: 1^
grandeur, hardiesse de ses plans, la nouveauté de ses
combinaisons, les immenses résultats qu'il avait obtenus, empêchaient i'état-major autrichien de dormir; Timagination du jeune archiduc était également frappée et entraînée: il voulut aussi faire du grand, de Timprévu. Au lieu donc de rester derrière Tlnn, ce qui eût été moins brillant, mais plus sûr, il conçut le projet de le franchir rapidement et de se jeter avec 60,000 hommes sur la gauche de Moreau, tandis qu'il ferait débouché de Ratisbonne Elenau, avec 30,000 hommes et la plus grande partie de la cavalerie, pour aller ensuite le rejoindre à Dachau* Ce projet, on le voit, avait pour but de tourner Tarmée française et de lui couper la retraite après ravoir écrasée. Voici, au reste, comment Thabile chef d*état-major de Moreau, le général Desselles, ré-' sume dans une lettre adressée au ministre de la Guerre la situation des deux armées :
« Sans doute on ne saurait se dissimuler que la ligne qu'occupe Fennemi derrière Tlnn est très forte et qu'en mettant de l'habileté dans ses manœuvres, il peut combattre avec avantage, mais le géuéral eu chef sent aussi très bien la supériorité de sa position actuelle, tout le que lui donnent les deux armées placées sur ses lianes (l'armée d'Augereau et celle de Macdouald) et rimmense ayantage de manœuvrer à cinquante lieues de Vienne. Ne pouvant se remuer sans découvrir Vienne, Tennemi est forcé de venir toujours au devant de lui et d^obéhrà tous ses mouvements. Uarméede réserve tenant la tète des Grisons el du lac de Constance, il peut, sans inconvénient, découvrir momentanément sa droite, par laquelle il a dû toujours manœuvrer jusqu^à