CHAPITRE XV S
mesure de recevoir l'enneiDi, dans la supposition où il attaquerait Tarmée sur k route de Haag à Hobenlinden
et d'Isen sur Hohcnlinden. Votre objet sera de combattre
r^t^nemi après son débouché sur Hohenlindm^ s'il eaé^ euUtUeemowmneni.
Comme complément de cet ordre, Laliorie écrivait à Decaen : « Le général en chef me charge de te prévenir que le général Richepance a ordre de quitter sa position, de manière à être rendu à huit heures du matin sur SainP-CkrisUtphe paur^ de là^ reeenair et eomàaitre V ennemi qui se dirigerait sur Ilohe/ilinden, »
Le 12 frimaire (3 décembre) au matin, Lahorie écrivait encore à Decaen : <k Le général Richepance a ordre d'attaquer de bonne lieure, et avec la plus grande vigueur, par Saint-Christophe sur Mattrapot, et de faire tous ses efforts pour être maître de la communication de Haag sur Bolienlinden, Je n'ai pas besoin de l*eugager à presser ton mouvement et à suivre avec la plus grande vigueur celui du général Richepance.
« Si votre mouvement combiné réussit, Tennemi payera cher sa tentative sur la chaussée de Hoben* linden » (1),
Voilà ce que contenaient de plus précis les ordres et
instructions donnés aux généraux Richepance et Decaen. Ce n'est qu'après l'événement qu'on trouve dans le rapport de Moreau : a J^avais donné ordre aux généraux
lUcliepance et Decaeu de déboucher par Saiul-Cbris-
(1) Cm lettrM du général Lthorie te trouTent au dépôt de la Guerre. Carrion-Nisas les a reproduites dans les pièces justificatives de son ouvrage intitulé : Campagne des Français en Allemagne,, amtéè 4800,
tophe sur Mattenpot et de lo^nher avec vigueur sur les derrières dê cette otiafMe. » C'est évideininent 1» pcemièro fois qu'on rencontre l'expression que je viens de souligner, qui précise le mouvemeiil que doit faire lUehepance.
Telles étaient donc les dispositions prises par le général Moreau, dispoaitioiks, comme on peut en juger, essentiellement défensives. Jl n'avait avec lui que les deux tiers de son monde; il avait bien rappelé Sainte- Suzanne, mais celui-ci était loin, et Lecourbe ne devait arriver que le 4 ; on conçoit donc que Moreau, tout en ' prenant les meilleures dispositions pour recevoir Tennemi dans le cas où il serait attaqué, n'ait pas eu Tiu^ tention de provoquer immédiatement une affiiiie générale, et cependant la destinée lui réservait un de ses plus glorieux triomphes.
Pour joindre les Français, l'armée autrichienne devait s'engager à travers une foret épaisse, profonde, traversée par une seule route, la chaussée de Muhldorf à Hobenlinden. Partout ailleurs, il n'y avait que des chemins d'exploitation, et la pluie qui les avait défoncés depuis plusieurs jours s'était changée ea une neige qui tombait à gros flocons. Rien n'arrêta Tarchiduc, persuadé que les Français étaient en pleine retraite et qu'il n'aurait k combattre que des arrière-gardes.
U fut résolu que l'armée impériale, formée sur quatre oolonnes, pénétrerait dans la forêt : à l'extrême droite, Kienniayer venant deDorfen; plus à gauche, Baillet La Tour se dirigeant sur Bm^iain ; à Textiéme gauche, le { corps de Riesch devait gagner la route de Wasserbourg, en passant par Aibaching et Saint-Christophe ; enûni
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raichidoe au centre, avec 40,000 hommes, cent pièces
de canon, les parcs, les bagages, el suivi par la cavalerie de réa^e, devait a^avaneer par la chaussée qui traverse la forêt, de Mattenpôt à llohenlinden.
Le 3 décembre, les colonnes auLricbiennes se mirent en mardie à deux hmues du matin, remplies de confiance par leur succès de lavant- veille et croyant n'avoir qu*à pousser Tennemi devant elles. La colonne de Tai^ chiduc marchant sur une chaussée, atteignit avant les autres Textrémité de la forêt ; il était environ huit heures du matin. Accueillie vigoureusement par la division Grouchy, la tête est arrêtée, les masses qui la suivent continuent cependant à marcher, et cette longue hle dliMnmes, d'artillerie, de bagages, avançant toujours, vient se presser, se heurter sur l'obstacle qui lui barre le passage» sans pouvoir se déployer ni à droite ni à gauche, ni se frayer un chemin en avant. La colonne de Baiilel La Tour arriva bientôt également : le général Grenier la fit aborder par la division Ney. Le combat se soutint de part et d'autre avec vivacité, les Autrichiens redoublant d'efforts pour sortir de la forêt, les Français pour les empêcher de déboucher et de se déployer.
Le général Moreau, placé dans la petite plaine d'Hohenlinden » suivait avec attention les moindres mouvements de Tennemi, avide d*y découvrir quelque signe qui lui indiquât l'effet produit par le mouvement qu^il avait ordonné sur Mattenpôt.
Cependant le général Richepance était parti de Saint- Christophe avant le jour, se dirigeant sur Mattenpôt. La marche était incertaine et des plus pénibles à travers le bois^ par des chemins à peine tracés uu disparaissant
SOUS la neige qui continuait à tomber. Il avait dépassé Saint-Christophe avec la 8^, la 48® de ligne et le P'" de chasseui*s, vers les sept heures, lorsque le corps de Riesch, qui se portait sur Alhaching, prend en flanc sa colonne et la coape en deux, le sépaient ainfii de sa 2*^ brigade commandée par le général Drouet.
Riehepance s'arrête, mais son parti est bientôt i»ris : il fait dire a Drouet de tenir ferme, qu'il va être dé^^agé par la division Becaen, et il poursuit sa route sur Mattenpot. En y arrivant, il trouve quelques cuirassiers faisant partie de l 'arrière-garde ennemie, qui avaient mis pied à terre; on les prend, mais bientôt l'alerte est donnée, les Autrichiens se forment; ils sont chargés par le 1^' de chasseurs qui^ attaqué en flanc, est ramené.
Ainsi Riehepance avait devant lui une forte arrièregarde, et derrière lui était le corps de Kiesch, le séparant du reste de sa di vison et du général Decaen. La position était critique, a/freiise, dit Napoléon. Riehepance avait trois partis à prendre : ou combattre les troupes qui étaient devant lui, ou se replier sur Drouet et Decaen ; prendre Tun de ces deux partis, ce n'était peutr-être pas une défaite, mais à coup sûr ce n'était pas une victoire ; restait un troisième parti qui seul pouvait y conduire : se jeter résolûment, témérairement sur la queue de la grosse colonne engouffrée dans la forêt.
irUchepance, avec une audace et un coup d'œil qu'on ne saurait trop admirer, n'hésite pas, il ne pense plus à Drouet, laisse le général Walther avec la 8*^ et le l'^'" de chasseurs pour contenir Farrière-garde autrichienne, puis avec la 48* (2,400 hommes au plus), il tourne à gauche et, suivant la chaussée, se précipite à la suite
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de 1 eiiuemi et le joint : celui-ci, étouué de celle âllaque imprévue, tente de Tarrèter par la mitraille de trois pièces de canon: la avance toujours, trois bataillons hongrois formés en colonnes se portent à sa rencontre, Richepance est à la tète des siens, Tépée haute : « Grenadiers, leur dil-ii eu les regardant aux yeux, que pensez-vous de ces gens-là? — « Ils sont f... I » lui crie-t-on. — « Ils sont morts! » dit à son tour le général, et les grenadiers, la baïonnette en avant, fondent tète baissée sur les Hongrois qui, refoulés, culbutés, portent le désordre derrière eux.
Qu'on se figure cette longue colonne d^infiBoiterie, d'artillerie, de cavalerie, déjà confuse, pressée sui' une étroite chaussée, attaquée à la fois en queue et en tèle..« Le désordre, la panique s'en emparent, les canonniers coupent les traits de leurs attelages, et bonunes et chevaux cherchent à fuir, à s^échapper par la forêt.
Ney, du côté d'ilolienlinden, s'apercevant du désordre, redouble d'efforts $ il se fait jour enfin, rencontre Richepance, et les deux intrépides, en s'embrassanl, se félicitent de leur victoire.
Tout le centre de l'armée autrichienne était pour ainsi due anéanti, 87 pièces de canon et 7,000 prisonniers étaient au pouvoir des vainqueurs.
Richepance, alors, retourne sur Mattenpot pour secourir Walther ; il le renconUe grièvement blessé, porté par ses soldats. La brigade Drouet, dégagée par le général Decaen, avait rejoint la division^ et bientôt l'ennemi, que Richepance fit charger par sa cavalerie, se retira sur Ilaag.
La division Decaen, composée de la 4^ et lOO"" demi-^
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brigades de ligne, de la 1 i*" légère (1), du 17*^ régiment de dragons, des 6® et 10^ de chasseurs, âoim de la légioa polonaise commandée par Eniasewitch, était psurtie à cinq heures du matin de Zornotlingen, suivant le mouvement du général Richepance. En passant à Steinlioring, Decaen y laissa un corps de 1,200 hommes et 600 chevaux et quelques pièces d'artillerie pour éclairer la route de Wasserbourg et couvrir son mouvement sur SainL-Ghrislophe. Vers dix heures et demie du matiu, ayant rencontré la brigade Drouet séparée de sa division et luttant avec peine contre le corps de Riesch, il envoya à son aide un bataillon de la 14^ et un escadron du 6« dechasseurs, qui, soutenus par la légion polonaise, dégagèrent Drouet et lui permirent de coulinuer sa route sur Mattenpot.
EntendauL le feu redoubler du côté de Holieulinden, Decaen ordonna au général Durutte de se diriger avec sa brigade (6® et 10® de chasseurs, 14® légère) sur le point où le ieu était le plus vif. Celui-ci rencontra bientôt un corps de 900 hommes qui, ooupé d'Hoheaimden, cherchait à se faire jour; il envoya contre eux deux compagnies de la 14^. L'adjudant^msgor Ck>rnil, qui les commandait, apercevant les ennemis qui semblaient décidés à se frayer un passage, leur cria en allemand que « s^ils ûdsaient feu, ils seraient passés au lil de répéc. » Intimidés par cette menace, les Autrichiens mirent bas les armes (2).
(1) Un bataillun seulement de la 14® légère faisait partie le jour do la bataille do la division Hichepancc.
{^) Archives du dépôt de la guerre, Bulletin histori(^ue du 44 au SO frimaire an IX de la République,
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Le général Durulte allait continuer son mouvement sur la gauche, lorsqu'il rencontra les troupes de Grouchy marchant sur Haag. La journée était décidée, Decaen fit également prendre cette direction à sa division, aiin d'empêcher la communication de Tenn^i avec Waaserbourg. Il se porta donc mr Âlbaching, précédé par le 10<* de chasseurs, et menaçant ainsi la droite du corps de Riesch, il débarrassa par ce mouv^ent le général Kniazewitch, au moment où un combat qui avait duré presque toute la journée, semblait reprendre at^ une nouvelle vigueur.
La division Decaen avait pris plus de 3,000 hommes et sept pièces de canon, ce qui s'explique £aGilem«it par la position qu'elle oceapait sur la lisière de la forêt, du côté par lequel les Autrichiens devaient faire leur retraite* EUe avait obtenu ces résultats, n'ayant eu qu'une portion de ses troupes engagée.
A l'aile gauche, le lieutenant général Grenier avait eu à soutenir, contre ks troupes de EJenmayer et de Baillet La Tour, une lutte des plus vives et des plus disputées, dont le succès sembla longtemps indécis, lorsque enfin la nouvelle de la défaite de leur colonne du centre acheva de vaincre la résistance des Autrichiens. Leur retraite se fit sur Muhldorf, Dorfen et Neumarckt, puis par les ponls de Kraibourg et Neu Œttingen. Leurs troupes étaient dans un extrême désordre, mêlées, confdsesr et si le jour eût été plus long, leurs pertes eussent été plus considérables, le désastre plus grand, bien qu'ils laissassent aux mains de leurs vainqueurs, 11,000 prisonniers, 100 pièces de canon; enfin 6,000 des leurs jonchaient le champ de bataille, n 4
t>2 TKADlïiUiNb ET SOUVENiKS
Dans cette grande et méoumble lutte, habilement
préparée par le général eu chef, chacun joua sau8 doute admirablmnent son lèle, mais il faut leeonnaUre que le coup de foudre fut Tattaque imprévue de Riéhepance. C'est ainsi, au reste, que le considérait le général Moieau; avec une équité dont on ne sauçait trop
faire l'éloge, il a répété souvent (1) que la victoire était d'abord due à Tintrépidilé du général Rich^ance; il ajoutait avec convenance : aux belles manœuvres du général Grenier, et à la brillante conduite des généraux Ney , Decaen, Qrouchy.
Le général Mathieu Dumas dit dans -son Priek des événements milUaires: « Celte bataille fut complètement gagnée par rexécuti(m la plus rigoureuse et la plus littérale du plan prémédité , exemple rare dans les fastes militaires. » C'est peut-être aller un peu loin. Le programme n*était pas aussi nettement arrêté qu*on veut bien le dire. Nous avons vu en quels termes était conçu Tordre donné à Richepance : il £mt convenir qu'il donna à la Mire de cet ordre une interprétation, un esprit qui n'y était pas contenu ; rien ne lui prescrivait de se jeter sur les derrières de Tennum^ et cette expression, ainsi (|ii'ou l'a déjà fait observer, ue fut employée pour la première fois qu'aprèà révénement, par Moreau, dans son rapport. Richq^ee obéit à tme inspiration soudaine, héroiij[ue et pleine de sens, qu il aceomplit avec un bonheur inoi:û, car le moindre hasard pouvait tourner contre lui.
D'un autre cùté, Napoléon à Sainte-iiéiène, mettant
(Il Mathieu Duiuaâ; Précis des événemnts militaires, t. Y,