CHAPITRE XV
plaint de sa saatéi puis rêve de nouvelles entreprises, de noaveaux combats. Sa mère ayant cru, sur je ne
sais quelles auuonces, qu'uue expédition allait se faire en Hongrie^ il lui répondit par la lettre suivante :
« Vos presseaLimenls sur rexpédition de Hongrie soQt jusqu'à ce moment peu fondés, et il ne se fait à l'armée aucune disposition qui semble Findiquer. Il est vrai que, si elle avait lieu, je ne serais pas fâché d'en être; je n'ai pas encore besoin de repos, et d'ici à dix ans je peux encore faire la guerre; après ce temps je viendrai planter des choux et conter à mes enfants mes prouesses, si j*ai l'esprit d'en faire. N'allez donc pas, ma chère maman, vous effrayer d'avance des nouvelles expéditions ob je chercherai à me faire employer; il est bieu sûr que je tâcherai de ne pas être spectateur oisif des trophées des autres : sans avoir de l'ambition, j'ai l'habitude d'une vie active, et cela ne passera que lorsque, fatigué et usé par le temps, mon corps débile ne pourra plus seconder mon imagination vagaboude. »
. Après cet élan de jeunesse et d'ardeur, il en vient à ce
qui fait la préoccupation incessante de sa mère, au sort more bien incertain réservé à ses deux ûls, Edouard et Alphonse, restés en Egypte ; lui-même partage cette préoccupation, toutefois il cherche à la dissimuler :
« Ainsi que vous, dit-il, je pense souvent à mes frères, mais ma raison (autant que je le puis) a l'usage de l'emporter sur ma sensibilité; je connais les ressources que Varméed'Égyple a encore dans ce moment, j'espère dans les secours envoyés, et je ne désespère nullement de les revoir avant longtemps.
« Calmez-Yous donc, ma chère maman, et sur les
craintes dii moment et sur les craintes à venir; je sais que les circoustances vous privent de vos vrais amis, c*est^à-(lire de vos enfanls; je sais que dans votre position actuelle cette privation est plus sensible, mais réiléchisseas-y bien, et vous conviendrez que dans aueun temps vous n'auriez eu vos fils près de vous. Quand on est jeune comme nous, les soufiiances s'endurent, et puis cela n'est pas du nouveau. »
Enfin il touche à une douleur qu'il sait toujours vivante au cœur de sa mère, la perte d'une Me jeune, belle, charmante, si prématurément enlevée; répondant aux plaintes que souvent encore elle laisse échapper à ce sujet : a Pardonnez -moi, lui dit-il, mais je voudrais vous retremper un peu l'âme ; vous vous laissez trop aller pour ne pas finir par vous rendre tout à fait malheureuse, plus par des souvenirs que par des disgrâces présentes... Je conçois bien vos chagrins, mais il y a un terme à mettre à tout, et il ne iaut pas que les morts donnent une vie agonisante aux vivants. Chérir la mémoire de quelqu'un que Fou a perdu et que Ton regrette, ou faire de cette mémoire un poison moral, cela est bien différent; la sensibilité et la faiblesse ne doivent pas être conlondues.
<c Au reste, vous ne pouviez jamais mieux vous confier qu'à un fils, qu'à un ami qui donnerait sa vie pour votre bonheur et votre contentement
Je me suis laissé aller à citer cette lettre presque 4aqs SQU entier, parce qu elle Tait ccinn^tre Auguste
(1) Stejrer, |Q ventOM an IX (10 mm