CHAPITRE XVI
raies que physiques. Ferme Liez -moi de citer uq fait qui vient à l'appui de mon opinion.
a Un brigadier fourrier, jeune homme de bonne famille, bien élevé, mais sanguin et iraseibie, finit par manquer à un adjudant soua-officier au point de le frapper. En envoyant ce jeune homme à une commission, je donnais l'aflsuranee de l'impunité, dans le cas où il aurait été absous ; était-il condamné^ la lecture de son jugement laissait à peine un vain souvenir; d'ailleurs je perdais un homme qui pendant ans avait rendu des services à la patrie et qui pouvait encore lui en rendre. J*ai donc assemblé le régiment, le brigadier a été dégradé par mes ordres par le plus ancien sousoffieier de son grade ; les couleurs distinctives étant arrachées de ses vêtements, il a été conduit à la porte de la ville par quatre hommes et un brigadier, avec défènse de reparaître.
« Dans celte punition, tout était militaire, sagement réiléchi et appliqué ; les larmee coulaient des yeux aux sous-officiers, les soldats étaient mornes et pénétrés de crainte.
«c Voilà l'effet que devait produire le* châtiment du
plus grand crime contre la discipline ; de toute autre manière on ne serait point arrivé à un résultai aussi
heureux. Le soldat ne croit que ce qu'il sent et éprouve.
<c J'ai pris dans cette seule occasion le droit de faire un exemple, et je ne le regrette pas. La subordina* tion est le salut des corps ; devant cet intérêt, tout se
tait.
a En me résiunant, je crois, citoyen ministre, qu'il
est d'une sagesse réfléchie de 8*éloi^er des moyens extrêmes : la vérité se trouve toujours entre deux.
n En délestant la police que M. de Saint^Germain (i) avait voulu introduire dans tous les corps, police qui démontrait combien cet homme était peu philosophe, puisqu'il n^avait pu saisir les nuances du caractère national, je pense qu'il faut également, et surtout dans rétat militaire, se garder des abstractions; elles ont fait trop de mal et en feraient encore. Enfm, il faut : 1^ punir modérément, mais sans rémission, chaque faute ;
mesurer les punitions sur le caractère connu de riioinme ; avoir un moyen de chasser les hommes déshonorés, et joindre alors la plus grande rigueur à la plus grande ignominie, pour frapper et rendre Texemple plus salutaire ; 4^ assurer la discipline par l'administration.
« Ici une question nouvelle se présente : l'homme physique a tellement d'influence sur Thomme moral que^ chez le soldat, il faut commencer par régler et as« surer ses besoins. Cette partie, la plus essentielle, a été jusqu'à présent négligée.
«L'administration générale se divise en politique et économique. Le but de l'administration économique, sous le
(1) Le comte de Sainl-Germain, ministre de la Guerre sous Louis XVI, en 1775, voulut introduire dans notre armée les coups de plat de sabre comme cblirîment militaire. Cetnsage, emprunté à la discipline allemande, révolta tous les sentiments français, et M. de Saint-Germain Ait obligé de quitter le ministère qu*il avait occupé deux ans. C'était d'ailleurs un homme de mérite, militaire distingué. Il fit restreindre à certains cas la peine de mort contre les déserteurs.
11 ne faut pas le confondre avec un comte de Saint-Germain, aventurier fameux, qui prétendait avoir vécu plusieurs siècles, et posséder le secret de la pierre phiiosophale.