CHAPITRE XVI
ration. Je sais que le bon exemple est le meilleur moyeu pour parvenir à ce résultat. Je sais que i'homieur et la honte sont de puissants moyens pour faire agir les hommes ; mais encore il faut leur douner une idée vraie de Ton et de Tautre de ces deux mobiles, il faut surtout exciter Famour-propre.
« Je suis loin d'avoir à me plaindre du résultat de mes efforts, et je me plais à rendre aux officiers du régiment la justice qui leur est due et à leur dunuer les éloges que méritent les soins qu'ils ont mis pendant cette dernière saison à leur instruction particulière et à celle du corps » (1).
line m'appartient peut-être pas de juger ce mémoire, mais on comprendra pourquoi je l'ai cité : il fournit sur 1 époque où il a été écrit des renseignements qui ont de Tintérèt, et on y reconnaîtra, je peuse, un remarquable esprit d'observation et d'analyse, je serais tenté de dire une méthoié philosophigue^ si le mot ne paraissait bien gros, bien sérieux, lorsqu'il s'agit d'un colonel de vingt-trois ans, botté, éperonné, qu'on peut croire plus disposé à se servir de son sabre qu'à lire Montesquieu et à creuser des idées.
Auguste Ck)lbert sut accomplir son œuvre, et, au bout de deux ans, le 10^ de chasseurs comptait parmi les régiments les mieux organisés, les plus disciplinés de l'armée. Ce résultat n'avait pu toutefois s'obtenir sans rencontra des difficultés et sans queli^ues moments de crise.
J ai entendu raconter par des témoins, et je regrette
(I) Fontamebieau, 3 friunaive an ^| i^>y* l§Oâ),
104 1 BADITIONS ET SOUVENIRS
de n'avoir plus bien présents les détails, qu'un jour un
assez grand nombre de soldats du 1 0^ de chasseurs, entraioés par de mauvais conseils, et ne voulant pas se plier à je ne sais quel ordre, qudle réforme, abandonnèrent le terrain de manœuvres, malgré les efforts de leurs of&ders, et coururent à leurs quartiers. Le odonel pré* venu arrive, il iail souuer le rassemblement ; sa pré* senee en impose aux mutins : « Je croyais avoir affaire à des hommes, à des soldats, leur dit-il ; si vous aviez quelque griei', il fallait venir trouver votre colonel, le sabre, le pistolet au poing ; vous ne Faves pas osé, vous vous êtes sauvés comme des écoliers ! » Son attitude, ses énergiques paroles, eurent bientôt Mi rentrer tout le monde dans le devoir. Cette scène avait fait uue vive impression sur ceux qui me la racontaient.
J'ai été en garnison à Fontain^eau en 1830, c^est^à* diredebien longues années après l'époque dont je parle : le souvenir dueolonel dulO® de chasseursy était encore vivant, j'gserai dire en quelque sorte passé àTétat de légende; on le fiadsait le béros d'une foule d'anecdotes, d^ave&tures plus on moins vraies, les unes skieuses, comme celle que je viens de raconter, les autres parlois fort gaies ; car il fiiut Tavouer, le grave auteur du mémoire qu un a pu lire toutàrheurenecommenlaitpas toujours Montesquieu ou Montecueulli, et l<»8qu^il voulait mettre son monde en gaieté, personne ne montrait plus d'entrain, témoin le jour où, après un déjeuner où les bouteilles de vin de Champagne avaient été débouchées à coups de pistolets, il sauta par la fenêtre d'un premier étage en disant : c Qui m*aime me suive I »
On lui a beaucoup prêté en ce genre, qui au fond