CHAPITRE XVi m
I eharme des manières, répondaient parfaitement à cette idée qu'on peut se faire de l'homme du monde. La fin da siècle en possédait encore quelqaesf-uns, tels que les Talleyrand, les Ségur, les Narbonne, etc., qui pouvaient servir de modèles.
On ayait pu voir, un peu après la Terreur, tous les rangs, toutes les conditions, enlrainés par une même firénéûe, eounr pèle-mèle au plaisir* A l'époque dont
I nous parlons, le mondes le plaisir s'organisaient avec plus d*ordre et de calme ; la société commençait à se classer, à se hiérarchiser ; autour du premier consul se groupait déjà une sorte de cour, dans laquelle il s'eiforçait de ra* mener le ton et les manières de Tancien régime ; il est curieux de voir avec quel soin cet homme, occupé d'ailleurs de si grandes choses, en recherchait les traditions* Ce fut une des raisons de la faveur dont jouirent alors quelques personnes, qu'on vit, pour ainsi dire, cour-»
I tisées par lui» Telle fut, entre autres, M"^ de Mon» tesson (1), Elle avait, comme on sait, épousé le duc d*Orléans, grand-père du roi Louis-Philippe : c'était une feimne d'esprit, douée d'un grand charme personnel, tjpe d'élégance, tradition vivante des usages du grand
! manie. Bonaparte lui rendit ses biens, et se plut à lui
I voir tenir une maison brillante qui pût servir de modèle* Lui-même y allait parfois^ et prenait plaisir à s'enquérir,
I près de la maîtresse de la maison, de ces usages du
i (1) Charlotto-Jeanne Béraud de la Haye de Riou, marquise de Mon-
' tesson, née en 1737. Veuve du marquis de Montesson on 17fi9, elle épousa en 1773 le duc d'Orléans, petit-fils du Uégent. qui mourut en 178o. Madame de Montesson était laute de madame de Genlis. Klle mou^ tut eu 1806.
i06 TBADlïiONS Et SOUVENIRS
monde et de la cour, que quelques années de révolution semblaient avoir fait si complètement oublier.
On trouvera peut-être que, pour un si grand homme, c était s'occuper de bien involes détails : quon réfléchisse pourtant que le premier consul Bonaparte n^était pas homme à agir sans un motif sérieux. Il voulait que la France, si grande au dehors, apaisée au dedans, et rentrant dans la grande famille européenne, reprît tous les genres de prééminence ; et n'était-ce pas faire revivre une des causes de sa prééminence, de son influence en Europe, que de rouvrir ses salons et d'y ramener l'élégance des manières et la politesse des mœurs ?
Il trouva facilement autour de lui, et môme dans la disposition générale des esprits, ce qui pouvait l'aider dans ce dessein. M"^ Bonaparte, par sa grâceet sa bonté, exerçait autour d'elle une grande séduction ; elle portait dans tous les détails de la vie, une recherche, un goût délicat, qui devait hienlôt donner le ton à tout ce qui l'approchait* Un grand nombre des généraux les plus en évidence et la plupart des aides de camp du premiw consul s'étaient mariés depuis la paix ; leurs femmes étaient jeunes, plusieurs étaient belles, ainsi que quelques autres qui approchaient de M*"® Bonaparte. A peu d'époques, en effet, on a pu citer un plus grand nombre de femmes remarquables par Téclat de leur beauté* Parmi elles, il faut compter les deux sœurs du premier consul, Pauline, M"^ Lederc, depuis princesse Borghèse : rien n'égalait la puieté de ses traits et la beauté de toute sa personne; sa sœur Caroline, H"^ Murât, était moins régulièrement bdle, mais charmante.