CHAPITRE XVli iii
injures, les libelles les plus odieux dirigés contre lui parla presse de Londres, anglaise ou émigrée« créèrent encore pour lui de nouveaux griefs, l'ardeur pleine de menaces avec laquelle il allaqua les prélentious anglaises, la forme inusitée qu*il employa, ne firent que provoquer, irriter davantage l'orgueil et la susceptibilité de notre vieille rivale. Ainsi, mettant de côté, froissant tous les orgueils diplomatiques, il prend un jour face à face lord Withworth, l'ambassadeur d'Angleterre, et, dans un entretien de plus de deux heures, il examine la situation, l'état des deux pays, tantôt avec colère, tantôt avec une franchise et \m abandon complets, laissant voir sans ménageuient ses craintes comme ses espérances.
En premier lieu, il se plaignit de la non évacuation de r£gypte et de Malte : « Jamais, dit-il, je ne céderai sur ce point et ne consentirai à une telle infraction au traité ; j'aimerais mieux vous voir en possession du faubourg Saint-Antoine (1) que de Maltel... Chaque jour mon irritation contre l'Angleterre s'accroît, parce que chaque 8ou£Qe de vent qui en arrive n'apporte qu'animosité et hainecontre moi. Si j'avais voulu m*emparer dePEgypte, j aurais pu le faire il y a un mois, en envoyant vingteinq mille hommes à Aboukir, qui se seraient rendus
(i) Ces paroles et d^aatres sembUblei, qu*il dit plus tard lorsque reaiieiiii était déjà à nos portes, ont été amèrement critiquées : quelquesuns n'y soient qœ l'expression de cet orgueil indomptable qui le conduisit à sa chute et nous entrslna a¥eo lui. Je ne partage pas cette opi- BioQ : la signification de ces paroles me parait assez claire, elles équivalent à dire qu'il aimerait mieux être vaineu que déshonoré. La forme, sans doute, est vive^ mais enfin je ne vols pas là ce qui mérite Un t)iàme si sévère.
m TRADITIONS ET SOUVENIRS
mattres du pays, malgré les quatre mille que vous avez
à Alexandrie. Au lieu de protéger l'Egypte, cette garnison ne me fournit qu'un prétexte pour l'envahir. Je ne le ferai pas, quelque désir que je puisse avoir de posséder cette colonie, je ne le ferai pas, parce que je ne pense pas que cela vaille de courir la chance d*une guei re.dans laquelle je pourrais paraîtreavoir été l'agresseur, et où j'aurais peut-être plus à perdre qu'à gagner. D^ailleurs, tôt ou tard TÉgypte doit appartenir à la France^ soit par suite du démembrement de V empire turc ^ soUpar suite de quelque arrangement atee la Porte.
« Qu'ai -je à gagner à vous faire la guerre? Faire une descente chez vous est mon seul moyen d'attaque, et il faut alors supposer que je me mettrais à la tète de l'ez* péditioo ; uiais peut-ou penser que, parvenu à cette hauteur où je suis, j'aille risquer ma vie et ma réputation dans une entreprise aussi hasardeuse, à moins que poussé pnr une absolue nécessité?
« Je suis plus puissant que vous sur terre, ajoula-t-il, vous dominez les mers : si nous nous entendions bien, nous gouvernerions le monde, et par nos luttes nous pouvons le bouleverser. Si je n'avais pas éprouvé à chaque occasion Tanimosité de l'Angleterre, j'aurais tout fait pour [prouver mon désir de vivre en bonne intelligence : participation aux indemnités, influence sur le continent, traité de commerce, en un mot tout ce qui aurait pu témoigner de ma confiance; mais rien n*a pu vaincre l'hostilité du gouvernement anglais, et nous en sommes arrivés à ce point : aurons-nous la paix ou la guerre? Pour conserver la paix, il faut que le traité VAmiens soil exécuté, que les injures des journaux