CHAPITRE XIV
posée en ordre oblique par échelons, à grands inter^ valles, la gauche en avant. Cette gauche se retirant, taudis que le centre suivait peu à peu le mouvement de conversion, toute Tarmée pivotant sur Taile droite se serait trouvée placée obliquement sur le flanc des Autrichiens engagés à la poursuite de notre aile gauclie et de notre centre en retraite. Nos réserves étant arri- . vées alors et s'élant précipitées sur la gauche de l'ennemi, à la fois attaqué de front et en flanc, l'auraient mis en déroute.
On le voit, les différentes phases de la bataille sont représentées dans cette relation comme des manœuvres prévues à Tavance: « Dès dix heures du matin^ y est-il dit, les mouvements de toute cette journée étaient décidés dans la pensée du premier consul. »
Ce récit fut adopté par le général Mathieu Dumas dans son Précis des événements militaires ; je me suis même en grande partie servi des expressions qu*il emploie pour formuler ce qu'on peut appeler le système de la bataille. Il en prend texte pour vanter Tordre oblique par échelons.
M. Thiers suit à peu de chose près cette même narration dans son Bistoire du Consulat et de VBm^
pire.
On en était donc généralement resté là : les documents dont j'ai parlé étaient à peu près les seuls connus ; la
plupart, les plus importants des rapports faits par les généraux présente à Marengo, n'existaient pas aux archives de la guerre, lorsque ces rapports et de nouveaux documents jusque-là inédits, retrouvés et publiés en 1846 par le duc de BeUune, fils du général Victor, sont
i6 TRADITIONS ET SOUVENIRS
venus éclairer d'un jour complet la bataille de Marengo
et ses diverses phases (1).
Voici maintenant ce qui semble désormais acquis : Bonaparte^ préoccupé de la pensée que Mêlas chercherait à lui échappe!, ne comptait pas, le 13 juin, sur une
action générale, et lorsque le lendemain les Autrichiens attaquèrent, aucune disposition particulière n'avait été prise depuis la veille, aucun plan, aucun ordre de bataille
n'avait été arrêté.
Des trois colonnes autrichiennes qui avaient débou-
(1) Le duo de Bellune, trouvant non sans raison que M. Thiers, dans
son récit, était loin d'attribuer à son père sa juste part de gloire, se mit, avec toute l'ardeur que lui inspirait son sentiment filial blessé, à faire de nouvelles recherches. Les papiers qu'il possédait lui fournirent des renseignouïents ; il (il appél à toutes les personnes qui pouvaient lui apporter (|uel(|ues lumières, et parvint enfin, grâce surtout à M""* la comtesse Dupont, veuve du général Dupont, qui avait été chef d'état major de l'armée de réserve, à retrouver tous les rapports officiels faits par les généraux et par les commandants de corps a Marengo. Ces rapports, reconstitués aujourd'hui aux archives du dépét de la Guerre, forment désormais la base de toute étude sérieuse sur la célèbre ba* taille. C'est d*après les éléments qu'ils lui ont fournis que le duc de Bellune a tut lui-même une narration de la bataille et écrit une suite d'observations sur le récit de M. Thiers, où il relève avec vivacité les erreurs dans lesquelles a pu tomber Phistorien.
Te livre de M. de Bellune, qui contient presque tous les authentiques et im|)ortants rapports dont je viens de parler, ainsi que les documents autrichiens, a donc une véritable valeur historique ; il est mtiluXé li^vira its de Mémoires inédits de feu Claude-Victor Perrin^ duc de Mellune, pair et maréchal de France. J. Dumaiae, IH'iO,
Le duc de Valmy, fils du général Kellermann^ a également publié unu intéressante SisMre de la campagne de 1800. J. Dumaine, 1854.
On ne peut omettreà ce sujet de parler du général Jomini, qui , dès 1824, dans son HUtoire critique et militaire des guerree de la RévolutUm (t. XIII), rétablissait la vérité sur la bataille de Marengo prise dans aon ensemble, bien qu'en l'absence des rapports dont j*ai parlé, quelques détails aient pu lui échapper.
Un travail ordonné par le maréchal Gouvion Saint-Cyr et publié dans le tome IV du Mémorial du dépôt de la ^«tfrftf(1828) avait également déjà fait faire un grand pas à cette étude.