‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 40 sur 139 · CHAPITRE XVti iâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVti iâ

Avoir vingt-cinq ans» être coloneli porter les paroles de Bonaparte à un des plus puissants souverains du monde, être chargé de Tentretenir des queslions les plus élevées, il y avait cerles là de quoi faire concevoir bien des rêves ; aussi éerivait-il en partant : « Tout semble se réunir en ma faveur ; je saurai m'attacher la fortune par ma conduite. »

Le 13, il rencontra à Metz le général Duroc, puis il se dirigea sur Berlin par Mayence.

On voyageait alors fort lentement; que faire en si longue loulQf à moins que l'on ne songe I Voici quelquesunes de ses notes de voyages :

« En passant par les gorges de Kaiser siauLeru, j'éprouvai des émotions pénibles : le temps était pluvieux, la terre couverte de neige, les arbres sans feuilles; à ce spectacle se joignait le souvenir des sanglants combats qui s'étaient livrés sur ces lieux ; les traces de la guerre sont encore visibles; les arbres coupés à hauteur d'homme» les maisons détruites, les jardins dévastés, attestent que des années y sont restées.

« La misère est grande dans tous les villages : Ton peut détruire en un jour, mais il faut des années ou des siècles pour recréer. Les habitudes françaises seront longues à s^établir dans les nouvelles possessions, car le caractère est différent.

« Le vallon de Kaiserslautem offire un assez beau développement, je n'ai pu reconnaître qu'imparfaitement les positions des deux armées. Ces champs si incultes ont été cependant arrosés du sang d'un assez grand nombre de victimes 1 Pauvre espèce, comme on te mène» comme on dispose de ton sangl Encore les Fran»

m TRADITIONS KT SOUVENIRS

çais combatLaieut pour eux, le sentimenl de rindépendance èe leur pays les animait; mais les Prassiens et les Autrichiens... Pauvre race humaine i « Lés gttems se finissent sans plus de raison cfct 'elles

ne s'claicut commencées : dix mille hommes sont tués de part et d^autre, et Ton en revient au point d où Ton était parti. »

Puis il ajoute ; « Et vous, philosophes présomptueux, vous écrirez longtemps ^yant cfue les idées lil)érales fassent des progrès chez les Allemands : leur sang lourd, leur épaisse bonne volonté..., ils resteront toa« jours tels qu'ils sont, parce qu'ils ont besoin de Irop de temps d'abord pour avoir la pensée, et ensuite pour Texécution. »

11 passa successivement par iianau, Eisenach, Gutha^ Leipsig, Potsdam :

<( Depuis Leip^siiT, le pays électoral de Saxe ne m\i point paru d'une agriculture riche; le sol est ingrat et ressemble à celui de la Prasse, les postes sont mal servies, les routes mal entretenues... Des petits princes danseraient plus que leurs revenus, s'ils étaient obligés de faire les premiers irais nécessaires pour de tels établissements publics. » Ces sérieuses léilexions ne l'empêchent pas de remarquer ensuite en terminant que c( les femmes sont belles en Saxe. »

A Berlin, il assiste à une parade : « Air milieaire« dit-il, mais dénué d'élégance; il n'y a point de passions sur eaes visages... Nous serons toujours les maîtres de TEurepe sur terre, avee un système de guerre hivasif..» Une armée n'est point une chose purement mécanique, car, dans une machine, Fefifet est lovQom» en raison der

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la puisâaace produite par le moteur, au lieu que chaque soldat <fime armée a une yolonté à lui, indépendante du tout; il faut donc savoir ramener à un même but ces dîBérentes volontés, et cet art est la philosophie de la guerre, art èublime, et qui est nécessairement trop Bâgiigé lorsqu'on veut donner tout au mécanisme et

^ rien au moral. »

Le 23 mars, il quittait Berlin, après avoir vu ILBîgnon, l'enroyé de France, et fait une visite à • M. Dalopeus, ministre de Russie. Jusqu'à Polangen, la loote lui parut longue, interminable, il est souffrant, et

; jeKô ces lignes : « Sans la santé, il n'existe plus rien,

I Hmagination est paralysée par la douleur et incapable

I de pmourir. son vaste domaine ; le pauvre souffrant reste tout entier à ses maux... » Puis il ajoute : « 11 iaut de la force dans ia volonté : en général, je crois que la nature se soumet à cette honorable opiniâtreté qui risque tout pour arriver au résultat ûaal. » En traversant Gourlande, il est frappé de Tasser^ . vi^ibement des paysans, de l'apathie avec laquelle ils supportent les plus mauvais traitements. <f Les philoso* phes du pays, dil-il, aussi glacés que le pôle dont ils approchent, disent que la houte n'est point dans le

I d&tfanent, mais bien dlans la feute. Oui, mais il est des châtiments qui ilétrissent sans corriger, qui ravalent et

j hni dégénérer Tespéce. Sont-ce donc là des amis de la ^gesse et des droits naturels, ceux qui savent aussi adroitement colorer les abus les plus opposés à la dignité' dellionnnet Non que je veuille me laisser aller aux

I erreurs de mon imagination; je sais qu'il serait ridicule de proclamer aux Gourlandais les dnriis de thomme^ le

temps n*est point venu, et il ne faut pas renverser un édifice quelque mauvais qu'il soit, sans avoir les matériaux propres à en construire un autre; mais on pourrait les proclamer aux souverains, on pourrait leur répéter que si le hasard les a placés sur le trône, ils ont des devoirs nombreux et relatifs, et le premier n^est-il point le bouheur de tous et le respect pour leur espèce? »

Le 17, il se trouve à Narwa, « champ de bataille célèbre, vaste étendue de plaines, élévation oii est située la ville, marais. Quelle folie à Charles XII de s'enûler dans un pays semblable, sans ressources, sans mo3rens de se développer, avec une armée fatiguée de la route !. . . Beaucoup de princes livrent des batailles, mais bien peu savent conduire une guerre. Alexandre n'était point un fou comme Charles! »

Enfin, le 11 avril il arriva à Saint-Pétersbourg, et descendit à Tambassade de France. L'ambassadeur, le générai Hédouville, semblait fort craindre la guerre, et attendait avec impatience des éclaircissements sur la pensée du premier consul, el des instrutions. Il se loua de la manière dont il était traité par TEmpereur, s*em* pressa de montrer avec complaisance un cadeau qu'il venait d'en recevoir, se loua également de ses rapports personnels avec le vice-chancelier Yoronaof , tout en laissant entrevoir que sa position à Saint-Pétersbourg n'était pas agréable. De suite, il écrivit au comte Yoronzof , pour Tav^tir de Tarrivée de Fenvoyé du premier consul.

Dès le lendemain, ils furent reçus : « Nous entrâmes, raconte mon père, dans des appartements enfumés d'encens; le vice-chancelier nous reçut dans son cabinet,

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